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La planète foot

Montevideo, Berne, Paris... Moscou !

Publié ou mis à jour le : 2018-07-08 14:01:28

Billet de banque de 100 roubles en référence à la Coupe du Monde 2018Nombre de nations revendiquent l'invention du football : les Florentins, avec le calcio, jeu traditionnel très violent, les Français avec la soule qui se jouait, là aussi avec brutalité, entre villages, mais c'est incontestablement l'Angleterre qui a vu naître le jeu, au moins sous sa forme moderne, plus civile mais ô combien populaire.

Le football est aujourd'hui à la fois une religion, une industrie et un fait politique de première importance.

Depuis sa création en 1930 par Jules Rimet, la Coupe du Monde réunit de quatre ans en quatre ans un public chaque fois plus nombreux et plus enthousiaste. La finale de 1998 est devenue un élément de l'identité française, comme celle de 1954 de l'identité allemande. Qu'en sera-t-il de celle qui se jouera le 15 juillet 2018 à Moscou ?...

Partie de calcio florentin

Une origine obscure

Le nom apparaît à la fin du Moyen Âge et se retrouve sous la plume de Shakespeare (dans le Roi Lear, I, 4, le comte du Kent insulte l'odieux intendant en le traitant de « vil joueur de football », avant de lui faire un croc-en-jambe).

Mais c'est dans les public schools huppées et les universités que se développe, au XIXe siècle, le football que nous connaissons. Les sports sont alors un passe-temps favori de l'aristocratie mais le football, alors appelé football-association, va très vite lui échapper, contrairement à sa variante, le rugby - à l'origine on parle de football-rugby - qui reste longtemps une activité de la bonne société.

L'avance britannique

En 1857 est créé le premier club, le Sheffield Football Club. La fédération anglaise suit en 1863, sous le nom de Football Association. Elle est chargée d'unifier le règlement et organise à partir de 1871 sa coupe, puis, en 1888-1889, le premier championnat.

En 1901, la finale de la Cup, qui se déroule au centre sportif de Crystal Palace, accueille environ 110 000 spectateurs ! À celle de 1923, lors de l'inauguration de l'Empire Stadium de Wembley, se pressent 200 000 personnes. L'Angleterre n'a durant ces décennies qu'un rival, l'Écosse, contre laquelle elle dispute le 20 novembre 1872 le premier match international officiel de l'histoire (0-0).

Football et révolution industrielle

La diffusion du football suit les ingénieurs et hommes d'affaires britanniques employés dans les chantiers et ports européens, puis sud-américains. Elle passe aussi par la Suisse, où sont implantées de nombreuses écoles anglaises.

Les clubs fondés par les Britanniques expatriés s'ouvrent progressivement aux étrangers, comme Naples ou Gênes en Italie, ou Le Havre, premier club français (1872). Ses couleurs « ciel et marine » sont le fruit d'un délicat compromis entre les anciens étudiants d'Oxford, qui portent encore aujourd'hui les maillots bleu foncé (dark blue), et ceux de Cambridge, adeptes du bleu clair (light blue).

Progressivement, ces clubs s'ouvrent aux « locaux », alors que de nombreux aristocrates et industriels anglophiles en créent à leur tour. Leur structuration est cependant plus tardive, et en France Jules Rimet y joue un rôle moteur.

Convaincus de leur supériorité, les Britanniques se tiennent à distance des organisations internationales qui se mettent en place, et boycottent la FIFA en 1920 pour protester contre la réintégration de l'Allemagne et de l'Autriche, puis contre le faux amateurisme pratiqué aux Jeux Olympiques, auxquels leurs joueurs professionnels ne pouvaient participer.

La grande époque britannique se termine aux yeux du monde en 1950, lorsque l'Angleterre est vaincue à la Coupe du Monde par les États-Unis. Il y a longtemps alors que le football n'est plus une affaire de gentlemen d'Oxford ou Cambridge...

Football et politique

Le football, devenu en quelques décennies le sport le plus populaire de la planète, a très tôt été un enjeu national, politique et idéologique.

Sur une suggestion de Jules Rimet, la première Coupe du Monde fut organisée en 1930 en Uruguay, ce qui eut l'heur de plaire aux Sud-Américains. L'Uruguay s'honora alors en ne réservant pas la compétition aux Blancs.

Dans les pays totalitaires, le football fut très vite récupéré par les dirigeants. Cela commença avec Mussolini, qui obtint au forceps l'organisation de la 2e Coupe du Monde à Rome en 1934. L'équipe italienne ne put faire moins que remporter la Coupe. En France, sous l'Occupation, le sport en général et le football en particulier devinrent des enjeux idéologiques majeurs...

En 1954, les Allemands virent dans la victoire miraculeuse de l'Allemagne le retour de leur pays à la normalité. Beaucoup plus tard, en 1986, les Argentins s'offrirent avec Maradona une revanche symbolique sur l'Angleterre qui les avait humiliés dans la guerre des Malouines.

La victoire de la France en 1998, avec une  équipe multicolore « blak-blanc-beur », a témoigné de l'ouverture du peuple français... sans pour autant remédier aux difficultés d'intégration des minorités issues de l'immigration africaine. Et en 2010, l'organisation de la Coupe du Monde pour la première fois en Afrique, dans la « Nation Arc-en-ciel » de Mandela, a mis en exergue les promesses du continent noir.

En Amérique latine, ce ne sont plus les cathédrales qui rassemblent les foules, comme ci-dessous à Lima (Pérou). Ils sont le lieu d'expression de la nouvelle religion du ballon rond.

Le stade de Lima (Pérou) (photo : Caroline et Hubert Rameye, 2013) 


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