Le kiosque de l'Histoire, anciennes parutions

Le Figaro Histoire

Bimestriel, N° 4, Octobre-Novembre 2012, 6,90€

Bimestriel, N° 4, Octobre-Novembre 2012, 6,90€

Le magazine consacre sa Une à l'enseignement de l'histoire.

Victime de l'abandon de la chronologe, celui-ci est en crise. La pédagogie de l'éveil et la volonté de privilégier les faits sociaux, l'ouverture au monde et la confrontation aux documents, au détriment des événements, ont eu raison de la transmission des connaissances.

Mais les rédacteurs de Figaro Histoire ont évité le piège de la polémique et de la nostalgie.

Philippe Maxence rappelle en particulier que cette crise remonte aux années 1970 : «Dès 1973, le projet Fontanet prévoyait la suppression de l'histoire dans la section C, l'ancêtre de l'actuelle S, et la réforme Haby, en 1977, en faisait déjà une option. L'idée avait été abandonnée, avant de réapparaître sous le prétexte de la valorisation de la filière L...».

Une crise de près d'un demi-siècle

Les années 1960 constituent le tournant décisif : «Symbolique, mais révélateur, le concours général d'histoire en terminale est supprimé en 1967».

Le plus important est à venir : «En 1969, la Commission de rénovation pédagogique met en place le règne de la pédagogie de l'éveil». Il s'agit de former l'élève à réfléchir par lui-même. L'acquisition de connaissances devient accessoire. C'est le triomphe du «pédagogisme». Cette idéologie «de gauche» s'épanouit, notons-le, sous les présidences très conservatrices de Charles de Gaulle et Georges Pompidou.

En Histoire, pour justifier le renoncement à l'apprentissage de la chronologie, on met en avant les préconisations de l'école des Annales. 

Ce courant universitaire a été fondé par Marc Bloch et Lucien Febvre dans les années 1920, en réaction contre les excès de l'histoire-bataille en vogue au XIXe siècle. Il privilégie quant à lui l'analyse des sociétés et des moeurs et leur évolution dans le temps. Il a d'autant plus la faveur des nouveaux historiens qu'il leur permet de développer une vision marxisante de l'Histoire à un moment où Marx règne en maître dans l'Université.

En classe, le travail des petits (Henri Geoffroy, 1889, Paris, ministère de l'Education nationale)

Beaucoup d'enseignants s'inquiètent néanmoins de ce que l'on impose à des enfants dépourvus des connaissances de base une démarche intellectuelle et abstraite habituellement pratiquée par de grands érudits (Marc Bloch lui-même connaissait mieux que quiconque les arcanes de la société médiévale dont il avait fait sa spécialité).

Le 20 octobre 1979, l'académicien et populaire homme de radio Alain Decaux avertit dans Le Figaro Magazine«On n'apprend plus l'histoire à vos enfants !». L'histoire et même l'instruction civique font un retour timide à l'école primaire dans les années 1980, sous la présidence Mitterrand. «Il n'y a pas d'autre pays au monde où l'enseignement de l'histoire soit une question d'État», peut écrire en 1984 l'historien Antoine Prost... 

Mais la querelle rebondit dans les années 2000, d'abord en 2002 puis en 2008, sous le ministère de Xavier Darcos, avec l'ouverture à la diversité et au monde extérieur (y compris les royaumes africains de l'époque médiévale sur lesquels nos historiens et a fortiori nos enseignants sont bien en peine de s'étendre). «L'idéologie n'est pas loin. La France est bien une terre d'immigration puisque les Gaulois étaient eux-mêmes déjà des immigrants. CQFD», écrit Philippe Maxence.

L'auteur rapporte le témoignage d'une mère (maghrébine), scandalisée qu'on n'enseigne plus la vraie histoire de France aux élèves. «Je suis venue en France pour que mon fils ait la vraie culture, et qu'est-ce qu'on lui enseigne? Pas Louis XIV mais les révolutions arabes! Qu'est-ce qu'on en a à faire?».

André Larané
Vie et mort du roman national

Très complet, le dossier de Figaro Histoire montre comment s'est construit l'enseignement de l'histoire au XIXe siècle, dans une perspective patriotique et civique (unir des citoyens très divers autour d'une commune vision de l'existence). Jules Michelet a pu qualifier l'Histoire de «roman national»

Le grand historien de l'école romantique s'inscrit lui-même dans la longue lignée des auteurs de ce roman : François Guizot, Augustin Thierry, Jules Michelet, Alexandre Dumas, Alexis de Tocqueville, Victor Duruy, Hippolyte Taine, Ernest Lavisse, Numa Denis Fustel de Coulanges, Alexis Malet et Jules Isaac, Jacques Bainville, Marc Bloch, François Furet, Pierre Nora...  

 


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