Mur de l’Atlantique

La « ligne Maginot » allemande

Avec l’invasion de l’URSS lancée en juin 1941, le front de l'Est mobilise un nombre toujours croissant de troupes allemandes. Pour protéger le front de l’Ouest, Hitler va, selon la formule de Robert Paxton, « remplacer les hommes par le ciment ». Cela commence avec la construction de bases sous-marines à Lorient, Brest, Saint-Nazaire, La Pallice (La Rochelle) et Bordeaux, afin de stationner et ravitailler les U-Boote opérant dans l'océan Atlantique, ainsi que des fortifications sur les îles anglo-normandes.

Puis, à la fin de l'année 1941, le Führer décide de lancer la construction du mur de l'Atlantique (Atlantikwall) sur 4 000 kilomètres de côtes, de la Norvège à l'Espagne. Son édification débute en mai 1942.

Hérissons tchèques le long du Mur de l'Atlantique dans les environs de Calais (avril 1944), Koblenz, Bundesarchiv. Agrandissement : Dents de dragon anti-chars de la ligne Siegfried, près d'Aix-la-Chapelle, aujourd'hui.

Une prouesse technique

Le mur de l'Atlantique est une zone fortifiée en bord de mer destinée à assurer sa défense sans angles morts. Les ouvrages sont variés. Plusieurs dizaines de milliers d'obstacles sont posés pour gêner le débarquement d'hommes et de matériels sur la grève.

Sa réalisation est industrielle. Elle recourt à des éléments préfabriqués et normalisés (portes blindées, poutres en béton, installations électriques, etc.). Les matériaux sont, autant que possible, pris sur place.

Quantité de sociétés et entreprises artisanales sont appelées à la rescousse pour fournir la literie, réaliser des installations sanitaires et électriques, effectuer les travaux de camouflage...

Ligne Siegfried. Parc pionnier de la construction de forteresses. Dômes ouverts, portes et cadres pour encoches pour les ouvrages blindés du mur ouest, Koblenz, Bundesarchiv. Agrandissement : Fortifications allemandes à Cherbourg.

L'organisation des chantiers

Fritz Todt, ingénieur des Ponts et Chaussées fonde en mai 1938 une structure paramilitaire à laquelle il donne son nom, « l'Organisation Todt » (OT). Elle devient l'organisation principale de construction du Reich.

L'OT conçoit l'implantation des blockhaus et dirige les travaux. Elle fait d'abord appel aux entreprises allemandes du BTP, qui à leur tour sollicitent des entreprises françaises sous-traitantes, pour qui le chantier du mur est une aubaine.

Travailleurs enrôlés de force sur Le mur de l’Atlantique en 1942, Koblenz, Bundesarchiv. Agrandissement : Sercq (proche de Guernesey) possède encore aujourd'hui des fortifications allemandes construites par les travailleurs du camp de concentration de l'île.

Une main d’œuvre forcée

En décembre 1941, le plan de concentration industrielle qui conduit à la fermeture d'entreprises jugées non stratégiques puis la loi du 4 septembre 1942 qui institue le Service du Travail Obligatoire, dégagent de la main-d’œuvre pour les chantiers du mur de l'Atlantique.

Le commandant du Service du travail du Reich, Konstantin Hierl examine la construction des fortifications sur le mur de l'Atlantique. Agrandissement, Construction du mur en 1943, Koblenz, Bundesarchiv.Il y a également des volontaires en provenance d'autres pays : plusieurs milliers de Hollandais et de réfugiés Belges, des Tchèques, des ouvriers polonais. La captation de la main-d’œuvre s'exerce aussi par la contrainte. Entre 1941 et 1944, plus de 30 000 républicains espagnols de la zone libre sont livrés par les gendarmes et la police de l'État français à l’OT. Les soldats de l'empire colonial faits prisonniers en 1940 sont également amenés sur les chantiers, ainsi que 10 000 Juifs venus des camps d'internement de Vichy.

Un grand nombre de travailleurs vivent dans l’un des 400 camps installés dans des écoles vides, des forts ou casernes militaires, des constructions provisoires en bois... Des rapports d'inspection indiquent que certains sont dans un état désastreux. D’autres sont des camps disciplinaires.

Le pire des camps du mur de l'Atlantique est situé sur les îles anglo-normandes, dirigé conjointement par l'OT et par la SS, où sont déportés à partir de 1941 des prisonniers de guerre soviétiques.

Le Mur de l'Atlantique au sud de Bordeaux. Caporal au poste d'observation, printemps 1944, Koblenz, Bundesarchiv.

Une forteresse habitée

300 000 soldats sont chargés de la surveillance du mur de l’Atlantique. Leur quotidien est dur. Dans un bunker à personnel, la promiscuité permanente et le confort spartiate permettent néanmoins un logement prolongé de type militaire.

Les artilleurs sont astreints à différentes corvées, gardes, patrouilles et exercices. À cause de la présence du sable et de l'air marin une maintenance journalière des pièces d'artillerie est nécessaire. En se relayant, les soldats scrutent en permanence le large afin de déceler une éventuelle tentative de débarquement. La relève a lieu toutes les six semaines.

Le maréchal Rommel avec des officiers inspectant le mur de l'Atlantique devant l'emplacement des canons en béton, 1944, Koblenz, Bundesarchiv.

L’ultime action de Rommel

En 1944, la fortification du littoral comporte de fortes disparités. Seule la moitié des 15 000 ouvrages prévus a été terminée. De plus, ils sont équipés avec un armement hétéroclite.

Alors même que la perspective d'un débarquement anglo-américain devient une menace tangible, le maréchal Rommel inspecteur des fortifications à l'Ouest, puis chef du groupe d'armée B. Rommel prend la mesure des déficiences du mur. Il reprend la construction des batteries à longue portée et renforce considérablement les défenses rapprochées des plages pour piéger la mer à marée haute.

Ces constructions ne sont pas achevées à la veille du débarquement. Le 6 juin 1944, le Mur est inefficace. Ses défenses, restées intactes à 85% malgré les bombardements, sont brisées grâce à l'action des fantassins débarqués sur les plages.


Publié ou mis à jour le : 2021-09-01 10:38:17

 
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