La cathédrale de la Dormition... Avec un nom qui respire la douceur, on pouvait penser le lieu saint de Kiev à l'abri de la guerre. Quelle naïveté ! Dans la nuit du 14 au 15 juin dernier, l'église a été détruite par un drone russe qui a embrasé ses toits et éventré sa façade : une frappe parmi les 600 qui ont touché le pays cette nuit-là, mais une frappe hautement symbolique...

La cathédrale de la Dormition est incluse dans un sanctuaire qui domine Kiev, berceau de l'Ukraine orientale. Ce sanctuaire a été fondé au XIe siècle par deux moines venus du mont Athos, en Grèce, séduits par le calme de cette « butte aux Grottes » (butte de Petchersk).
Rapidement, d'autres moines affluèrent, attirés par la réputation de sainteté du lieu qui transformait les corps déposés dans ses cavernes en des momies imputrescibles. Les bâtiments commencèrent alors à s'élever pour transformer au fil des siècles le lieu en laure (grand complexe monastique) fortifiée, riche d'une centaine de bâtiments.
En son centre trône depuis 1078 la cathédrale de la Dormition. Celle-ci a enduré de multiples catastrophes qui l'ont mise plusieurs fois à terre : attaque mongole, incendie, tremblement de terre... jusqu'à sa destruction par les occupants nazis en 1941.
Il fallut attendre 1995 pour que soit lancé le chantier de reconstruction qui devait rendre à la cathédrale son aspect baroque du XVIIIe siècle.
Une attaque contre le « cœur spirituel » de l'orthodoxie slave
Si le bâtiment touché le 14 juin était donc récent, il n'en reste pas moins que le lieu a une grande portée symbolique. Sur le plan architectural et artistique d'abord, cette église a servi d'exemple pour nombre de constructions religieuses d'Europe de l'Est d'avant le XVe siècle. Il était riche bien sûr d'œuvres d'art, notamment des icônes et un autel monumental qui, heureusement, n'a pas été touché.
Sur le plan religieux ensuite, la laure serait « un des lieux les plus sacrés du monde chrétien » comme l'a assuré le primat de l'Église orthodoxe d'Ukraine. Symbole de la conversion des Slaves orientaux à la religion chrétienne byzantine, il est le premier grand monastère édifié à l'Est et le berceau de la foi russe, que Vladimir Poutine prétend défendre.
Tout a basculé en 2019 lorsque Bartholomée de Constantinople, primat de l'Église orthodoxe, a décrété l'indépendance de la branche ukrainienne : les religieux affiliés à Moscou n'y étaient plus les bienvenus et durent quitter la laure trois ans plus tard.
Le président Poutine et les militaires russes semblent avoir oublié ce qu’il en coûte de s’attaquer à un lieu patrimonial et spirituel de cette importance, comme ce fut le cas quand la charpente de la cathédrale Notre-Dame de Reims, le 19 septembre 1914, prit feu sous les bombardements allemands.
Le journaliste Albert Londres avait alors écrit dans Le Matin, le 21 septembre 1914 : « C'était la moins abîmée de France. Rien que pour elle on se serait fait catholique... ».
Un patrimoine plus que jamais menacé
Le patrimoine ukrainien continue de payer un lourd tribu à la guerre avec ce même jour la destruction des studios de cinéma centenaires de Dovjenko. Être inscrit sur la liste de l'UNESCO, comme la laure depuis 35 ans, n'a aujourd'hui plus aucune valeur pour l'État russe.
La statue de 62 mètres érigée en 1981 par les Soviétiques pour célébrer la victoire sur le nazisme n'a pas échappé aux drones. Symbole des liens avec Moscou, elle a été endommagée par une attaque de drones le 2 février 2026. « Mère-Patrie », rebaptisée « Mère-Ukraine&nnbsp;», avait pourtant été préservée des opérations de démontage des monuments d'origine soviétique menée par l'Ukraine.














Vos réactions à cet article
Voir les 8 commentaires sur cet article
Christian (20-06-2026 09:43:23)
Le ministère russe de la défense dément avoir visé la cathédrale de la Dormition et assure qu’elle a été touchée "par un missile de fabrication américaine Patriot tiré par la défense anti... Lire la suite
Mirandole (19-06-2026 10:52:05)
Les guerres entraînent, en sus des massacres, les destructions de tout genre. Y compris du patrimoine ! Et en l'espèce un édifice sacré, détruit par les nazis, reconstruit, classé au patrimoine ... Lire la suite
Jean François Terrasse (19-06-2026 08:49:55)
Vérifier et croiser ses sources à l'heure des propagandes de pays en guerre avant de juger et d'affirmer devrait être le minimum d'un historien