1848-1914

La France épanouie

Le monde occidental atteint au milieu du XIXe siècle un équilibre qu’il ne retrouvera plus de sitôt, à peine altéré par quelques conflits mineurs. Explorateurs, missionnaires, marchands et soldats unifient le monde entier à l’image de l’Europe.

Des nuages apparaissent dans les années 1870 : montée des nationalismes, grande dépression économique… mais il n’altèrent pas l’optimisme des Européens, en particulier des Français, ni leur foi dans le progrès, la science et la supériorité de leur civilisation.

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La Seconde République (1848-1852)

Avec la IIe République surgit la question ouvrière. Le gouvernement provisoire proclame le droit au travail et ouvre des Ateliers nationaux pour les chômeurs. Un décret réduit d'une heure la journée de travail (dix heures à Paris et onze en province). Le gouvernement provisoire abolit par ailleurs l’esclavage dans ses colonies (15 ans après l’Angleterre).

Les 23 et 24 avril 1848, à l’occasion des élections à l'Assemblée constituante, les Français votent pour la première fois au suffrage universel (masculin). Contre toute attente, il s’ensuit une majorité conservatrice, les paysans ayant massivement voté pour les notables locaux.

La Commission exécutive nommée par l’Assemblée impose alors la fermeture des Ateliers nationaux, ce qui provoque le 23 juin 1848 des émeutes de la faim. En trois jours, on recense 4000 morts parmi les insurgés et 1600 parmi les forces de l'ordre. La République bourgeoise est discréditée.

Un homme au nom illustre a compris la nouvelle donne sociale : Louis-Napoléon Bonaparte (40 ans). C’est le neveu de l’ex-empereur des Français. Aventurier et conspirateur (lui-même se dit socialiste), il se porte candidat aux élections présidentielles du 10 décembre 1848 et se fait élire haut la main premier Président de la République française.

Installé à l’Élysée, Louis-Napoléon cultive sa popularité en se démarquant de l’Assemblée. Celle-ci, à l’initiative du comte de Falloux, vote une loi qui instaure la liberté de l’enseignement, autrement dit permet à toute congrégation religieuse d’ouvrir un établissement, ce qui va aviver inopportunément l’anticléricalisme.

Élu pour quatre ans, le président souhaiterait se représenter mais la Constitution le lui interdit et les députés refusent de la modifier. Louis-Napoléon ne voit plus qu’une solution : le coup d’État.

C’est chose faite le 2 décembre 1851, jour anniversaire du sacre de Napoléon 1er et de la bataille d’Austerlitz, au prix de 400 morts et 26 000 arrestations.

Dès le 21 décembre 1848, un plébiscite approuve le changement de régime. Celui-ci devient effectif le 14 janvier 1852 avec une Constitution rédigée à la hâte qui donne au Prince-Président des pouvoirs quasi-dictatoriaux pour dix ans. C'est la fin de la IIe République.

Le Second Empire (1852-1870)

Le 2 décembre 1852, avec l’aval du suffrage universel, Louis-Napoléon Bonaparte est proclamé Empereur des Français sous le nom de Napoléon III (le deuxième du nom est supposé être le fils de Napoléon 1er, mort en pleine jeunesse à Vienne).

Napoléon III s’engage dans une politique de prestige tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.

L'empereur prend lui-même en main la politique économique et sociale du gouvernement et participe dès 1852 à la création d’un système bancaire moderne. Le 23 janvier 1860, il signe un traité de libre-échange avec les Anglais, au grand dam des industriels français qui regrettent les protections douanières.

En moins de deux décennies, la France entre de plain-pied dans l’ère industrielle. Elle se modernise plus vite qu’en aucune autre période de son Histoire. De grands centres métallurgiques se créent de toutes pièces (Le Creusot). Le réseau de voies ferrées passe de 3 000 à 20 000 kilomètres.

L'empereur engage par ailleurs la France au côté du Royaume-Uni dans une guerre contre la Russie, sur un prétexte ridicule. C'est la guerre de Crimée, inutile et meurtrière. Pour la première fois après sept siècles de conflits, Anglais et Français combattent côte à côte ! Elle se conclut par la prise de Sébastopol. Le 30 mars 1856, le traité de Paris consacre la défaite de la Russie. Napoléon III savoure son triomphe, d’autant qu’est né deux semaines plus tôt son fils et héritier, le prince Eugène (« Loulou »).

Le 14 janvier 1858, Orsini commet un attentat contre Napoléon III devant l'opéra de la rue Le Peletier, à Paris. L’empereur en profite pour faire passer une loi de sûreté générale et pourchasser les républicains. Il décide aussi de reconstruire l'Opéra en un lieu plus sûr. Quant au terroriste, condamné à mort, il écrit à l'empereur et le supplie de soutenir la cause italienne.

Napoléon III, bouleversé, décide, au nom du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », de conclure une alliance avec le roi de Piémont-Sardaigne, contre l’Autriche qui occupe le nord de la péninsule.

Mais après les mêlées sanglantes et désordonnées de Magenta (4 juin 1859) et Solferino (24 juin 1859), choqué, il signe précipitamment des préliminaires de paix. Par le traité de Turin du 24 mars 1860, il reçoit Nice et la Savoie en récompense de son action. Ces territoires ne sont annexés qu’après que leurs habitants se soient prononcés par plébiscite. C’est une première mondiale.

Napoléon III s'intéresse aussi à l'outre-mer et amorce la constitution d'un deuxième empire colonial après celui qui avait été perdu au traité de Paris (1763). La France prend possession de la Nouvelle-Calédonie ainsi que de la Cochinchine. Elle établit également son protectorat sur le Cambodge. Le gouverneur du Sénégal, Louis Faidherbe, conquiert la vallée du fleuve pour protéger le comptoir de Saint-Louis-du-Sénégal.

Le 25 mai 1864 est adoptée une loi autorisant la coalition des ouvriers et la grève dans le respect de la liberté du travail (sans que les syndicats soient licites). Le 23 décembre 1865 naît l'Union latine monétaire qui réunit notamment la France, la Belgique, la Suisse et l'Italie. Là-dessus surviennent les premiers signes d’orage.

Napoléon III se lance en 1862 dans le malheureux projet de transformer le Mexique en empire latin et catholique, pour faire pendant aux États-Unis. C'est un fiasco et, le 19 juin 1867, l’éphémère empereur du Mexique Ferdinand-Maximilien de Habsbourg est fusillé à Queretaro. Napoléon III est d'autre part pris de court par l’irruption sur la scène européenne de la Prusse et sa victoire sur l’Autriche à Sadowa (1866), lourde de menaces.

Inauguration du canal de Suez (1869)

Le 17 novembre 1869, la France, par la grâce de Ferdinand de Lesseps, s’honore d’inaugurer le canal de Suez et le 8 mai 1870, un plébiscite approuve massivement la nouvelle orientation libérale du régime. Le Second Empire semble paré pour durer…

Mais le 13 juillet 1870, par l’habile caviardage d’une dépêche diplomatique, le chancelier prussien Bismarck dresse l’opinion française et les opinions allemandes l’une contre l’autre. Le 19 juillet 1870, Napoléon III cède à la pression et déclare la guerre à la Prusse, qui réunit aussitôt autour d’elle tous les États allemands. L’armée française, mal préparée, est écrasée en six semaines. L’empereur, vieilli et malade, est capturé à Sedan, le 2 septembre 1870. Deux jours plus tard, à l’annonce de cette nouvelle, les Parisiens proclament la IIIe République.

La foule devant le Corps législatif au matin du 4 septembre 1870 (Jacques Guiaud, 1870, musée Carnavalet, Paris)

Les débuts de la IIIe République

Paris est assiégé par l'armée prussienne. Léon Gambetta quitte la capitale en ballon pour tenter mais en vain de relancer la lutte contre l'envahisseur. Le 28 janvier 1871, le gouvernement provisoire de la France signe un armistice avec le roi de Prusse. Celui-ci a été proclamé Empereur d'Allemagne une semaine plus tôt, dans la galerie des glaces de Versailles.

Humiliés par leur défaite face aux Prussiens, des Parisiens fomentent, le 18 mars 1871, une émeute sur la butte Montmartre. Adolphe Thiers, chef du gouvernement provisoire, évacue aussitôt les corps constitués à Versailles. Dans la capitale livrée à elle-même se forme une Commune insurrectionnelle. Elle est anéantie par l’armée au bout de six semaines, le 28 mai 1871 (20 000 morts).

Par le traité de paix du 10 mai 1871, à Francfort, Bismarck impose un lourd tribut à la France et annexe l’Alsace et la Lorraine du nord.

Le 24 mai 1873, l'assemblée nationale retire sa confiance au président de la République Adolphe Thiers. Elle rêve d’une restauration de la monarchie mais le comte de Chambord, prétendant au trône, ruine ses espoirs en rejetant le drapeau tricolore.

Faute de mieux, le 20 novembre 1873, l'assemblée confie la Présidence au maréchal de Mac-Mahon pour sept ans. Le 30 janvier 1875, l'amendement Wallon introduit subrepticement le mot République dans les lois constitutionnelles. La perspective d’une restauration monarchique s’éloigne…

Le président Mac-Mahon renvoie le 16 mai 1877 le président du Conseil, Jules Simon, et quelques jours plus tard, dissout la Chambre des députés qui a eu le front de protester. La nouvelle Chambre, à majorité républicaine, récuse le ministère choisi par le président. Celui-ci n'a pas d'autre choix que de s'incliner puis de démissionner le 30 janvier 1879. Après lui, aucun président de la IIIe République n'osera plus dissoudre la Chambre des députés.

La France se rallie dès lors sans retenue aux idéaux républicains. Le 29 mars 1880, le ministre de l’Instruction publique Jules Ferry expulse les religieux de l'enseignement. Devenu président du Conseil, il ouvre aux filles l’accès à l’enseignement secondaire public. Il établit par ailleurs la gratuité de l'enseignement primaire et le rend laïc et obligatoire. Son ministre Waldeck-Rousseau autorise les syndicats ouvriers.

Dans le même temps, Jules Ferry, républicain de gauche, se fait le chantre de la « mission civilisatrice » de la France. Savorgnan de Brazza établit le protectorat de la France sur le Congo et le 12 mai 1881, c’est au bey de Tunis de signer un traité de protectorat dans son palais du Bardo. Le 25 août 1883, par le traité de Hué, la France étend son protectorat à l’ensemble du Viêt-Nam.

Mais l’annonce du « désastre de Lang-son » (le repli d’une troupe française face à des irréguliers chinois) vaut à Jules Ferry d’être surnommé « Ferry-Tonkin » et, le 30 mars 1885, une immense manifestation devant le Palais-Bourbon (la Chambre des députés) l’écarte définitivement du pouvoir.

La République est secouée par le « boulangisme », un mouvement d'opinion en faveur du général Georges Boulanger. Ministre de la Guerre, celui-ci a été démis par le président Jules Grévy le 18 mai 1887 pour avoir failli céder à une provocation allemande. Sa popularité va pendant quelques mois donner des sueurs froides aux républicains. Nouveau scandale avec la mise en liquidation judiciaire, le 4 février 1889, de la Compagnie du canal de Panama. Elle entraîne la ruine de 85 000 souscripteurs, trompés par la collusion de journalistes, d’hommes politiques et d’affairistes. Ferdinand de Lesseps et Gustave Eiffel échappent de peu à une condamnation.

La communauté nationale se ressoude autour de la dépouille de Victor Hugo, le 1er juin 1885. Le Panthéon est rouvert à cette occasion et devient le mausolée des gloires nationales. L'Institut Pasteur, premier centre de recherche moderne, est inauguré le 14 novembre 1888 à l’initiative de Louis Pasteur, le savant le plus populaire qu'ait connu l'humanité. La Tour Eiffel est inaugurée le 31 mars 1889 en avant-première de l'Exposition universelle qui commémore le centenaire de la Révolution française. Le 9 octobre 1890, Clément Ader s'élève au-dessus du sol à bord d'un engin qu'il désigne d’un mot appelé à faire date : avion.

L'Affaire

Le 13 janvier 1898 éclate un scandale sans précédent : Émile Zola, écrivain renommé, publie sous le titre « J'accuse » une lettre ouverte au président de la République.

Il met en évidence l’innocence d'un capitaine juif, Alfred Dreyfus, qui a été trois ans plus tôt dégradé et condamné au bagne sous l'accusation de haute trahison.

L’Affaire va soulever les passions en France et dans le monde jusqu’à la réhabilitation du capitaine juif (1906).

Le 18 septembre 1898, au cœur de l'Afrique, à Fachoda, le chef de bataillon Marchand défie une armée anglo-égyptienne conduite par le général Kitchener. Les opinions publiques s’excitent avant que Marchand recule. On l’a échappé belle !

Le 15 avril 1900, Paris quitte le XIXe siècle avec la plus grande exposition universelle jamais organisée en France. Sont construits pour l’occasion le pont Alexandre III, le Grand Palais et le Petit Palais ainsi que les gares d'Orsay, des Invalides et de Lyon. Les frères Lumière présentent leurs films sur écran géant. On inaugure la première ligne du métro parisien et, dans le bois de Vincennes, se déroulent les IIe Jeux Olympiques de l'ère moderne !

Le député Aristide Briand fait voter la loi de séparation des Églises et de l'État le 9 décembre 1905. Après plusieurs siècles conflictuels, un modus vivendi stable s’instaure non sans mal entre les religions et la République. Il va résister pendant un siècle.

Premiers nuages

Le 8 avril 1904 est officialisée à Londres l'Entente cordiale entre le Royaume-Uni et la République française. L'Allemagne redevient l'ennemie.

Le 31 mars 1905, par le « coup de Tanger », l'empereur d'Allemagne Guillaume II tente de s’imposer au Maroc. Il renouvelle sa tentative le 1er juillet 1911 avec « l’incident d’Agadir ». La guerre est évitée grâce à un compromis du président du Conseil Joseph Caillaux. C’est la France qui finalement instaure son protectorat sur le Maroc le 30 mai 1912.

Deux ans plus tard, le 28 juin 1914, se produit à Sarajevo un assassinat somme tout banal. Il va entraîner la France et l'Europe dans la plus grande tragédie de leur Histoire.

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2020-02-26 11:29:29

 
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