Les « pharaons noirs » de Nubie

L'épopée « égyptienne » des rois de Napata (743 à 656 av. J.-C.)

Deux mille ans après la construction des grandes pyramides, l’Égypte du Nouvel Empire, celui des Ramsès, sombre dans les guerres de clans. Là-dessus survient l'invasion de mystérieux « Peuples de la mer », sans doute des Indo-Européens. C'est le début d'une troisième « période intermédiaire » (1069-664 av. J.-C.).

Plaquette d?incrustation avec figure de Nubien, Époque ramesside (-1295 / -1069), musée du Louvre Des mercenaires établis dans le delta du Nil s'emparent de la couronne et fondent une dynastie « libyenne » autour de Tanis et Saïs. Il s'agit de la XXIIe dynastie, selon le décompte du prêtre Ménathon qui, au IIIe siècle av. J.-C., a segmenté les trois mille ans d’Histoire égyptienne en trente « dynasties ».  

Au VIIIe siècle av. J.-C., une nouvelle menace se fait jour en haute Égypte avec  la montée en puissance du royaume de Kouch, établi en Nubie (Soudan actuel).

Ce royaume est en contact avec l’Égypte depuis les origines et souvent en conflit avec elle.  Ses habitants sont régulièrement représentés par les Égyptiens comme des ennemis, à l’égal des Libyens et des Asiatiques.

Le royaume de Kouch s’étend de la deuxième cataracte du Nil, en amont d'Assouan, jusqu'au confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu, au niveau de la ville moderne de Khartoum.

Les conquêtes de Piânkhy

L'expansion du royaume de Koush débute sous le règne de Piânkhy (ou Piyé Menkheperret). Profitant de la désagrégation de l'Égypte, il quitte sa capitale Napata, au niveau de la 4ème cataracte du Nil, et descend la vallée du Nil avec son armée.

Il écrase successivement les armées des différents royaumes qui se partagent alors l’Égypte et occupe leurs capitales respectives : Thèbes, Hermopolis, Héracléopolis et Memphis. Ses victoires nous sont connues par une célèbre stèle triomphale dont l’original est au musée du Caire et dont le Louvre présente un moulage. L'exploit est daté de la 21e année de son règne, soit vers 743 av. J.-C.

Statuette fragmentaire de Neferkarê Chabaka, muséée du LouvreChabaka , fils et successeur de Piânkhy, remporte dans le Delta une ultime victoire sur l’unique roi de la XXIVe dynastie, Bocchoris, vaincu et mis à mort lors de la prise de contrôle de Memphis par en 715 av. J.-C. Il ceint alors la double couronne des pharaons égyptiens à Memphis et se proclame « souverain des Deux Terres », autrement dit de l’Égypte et de Kouch.

La domination kouchite sur l’Égypte va durer au total une soixantaine d’années. Elle nous est d’abord connue par Hérodote, sous le nom de « dynastie éthiopienne ». Elle nous est aussi connue par le prêtre Ménathon comme étant la XXVe dynastie.

Piânkhy et ses successeurs vont avoir à cœur de se confondre avec leur conquête. Comme chaque pharaon en a le devoir, ils enrichissent et décorent les temples de Thèbes et en particulier celui de Karknak. Ils construisent aussi près de Napata un temple inspiré de Karnak. Ils se font également inhumer dans de petites pyramides érigées près de leur capitale, Napata.

Chépénoupet, soeur du pharaon Taharqa, est représentée en Sphinx, dans sa fonction officielle de Divine Adoratrice et épouse du dieu Amon.

Taharqa, frère et successeur de Chabaka, va régner un quart de siècle. Il est le plus célèbre des rois napatéens. Il va reprendre comme les anciens pharaons des incursions vers le Levant. Son règne est marqué par une succession épique de victoires et de revers cuisants contre les Assyriens. Il est cité dans la Bible sous le nom de « Tirhaqa »,  roi de K(o)ush, ou roi d’Éthiopie, comme un allié du roi de Juda Ézéchias face aux Assyriens.

Taharqa et Hemen, musée du Louvre

Le pharaon Taharqa est figuré agenouillé devant le dieu guerrier Hemen, représenté sous l’aspect d’un faucon. Le pharaon porte le pagne traditionnel des souverains égyptiens (chendjit). Ses mains tiennent chacune un vase pour les offrandes (nou). Sur sa tête, le bandeau porte sur le devant un double cobra (uraeus). Le cobra dressé est censé protéger le pharaon de toute attaque ; les souverains de la dynastie napatéenne en portent traditionnellement deux placés côte-à-côte.

Prise d'une ville égyptienne par les armées assyriennes d'Assourbanipal (les prisonniers sortent à gauche).

Le temps des malheurs

Lionne dévorant un soldat kouchite ! (plaque chryséléphantine assyrienne de l'époque d'Assourbanipal)Mais le monde extérieur ne tarde pas à se rappeler au bon souvenir des Nubiens avec l'irruption des redoutables Assyriens. En une dizaine d’années, avec le concours d’un roitelet égyptien de Saïs, dans le delta du Nil, sous la conduite d’Assarhaddon puis de son fils cadet Assourbanipal, ils vont briser la dynastie nubienne.

Trois sièges et trois assauts (671, 666 et 663 av. J.-C.) vont obliger Taharqa et son successeur Tanouétamani à céder Memphis, à la jonction de la Basse Égypte (le delta) et de la Haute Égypte.

En 663 av. J.-C., Assourbanipal met à sac la prestigieuse Thèbes et contraint Tanouétamani à s’enfuir jusqu’à Napata. Les deux Terres vont dès lors se détourner l'une de l'autre.

Le royaume de Kouch allait toutefois perdurer avec plusieurs grandes reines, appelées « candaces » (nom local des pharaons féminins). Vers 270 av. J.-C., le royaume allait se donner une nouvelle capitale, Méroé, sur la rive droite du Nil, en amont de la cinquième cataracte.

De grands amas de scories de fer découverts dans la région attestent de la vitalité de l'industrie métallurgique dans le royaume de Méroé, avec des exportations tant vers l'Égypte que vers l'Afrique occidentale. Cette industrie vaudra à la ville d'être qualifiée par les archéologues de « Birmingham africaine »

Au début de notre ère, affaibli, le royaume de Méroé se montre de plus en plus incapable de résister aux agressions venues de l'ouest. Il est détruit vers 340 de l'ère chrétienne par Ousanas, souverain d'Aksoum, une ville située dans l'actuel Tigré (Éthiopie).

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2025-11-09 16:12:37

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