L'appel du 18 juin 1940

L'Appel? Quel Appel?

L'appel du 18 juin 1940, par Franois Delpla (Grasset, mai 2000, 129 FTTC), est un remarquable travail d'historien qui fait la lumire sur les difficults que dut affronter le gnral de Gaulle Londres.

L'appel du 18 juin 1940

François Delpla, normalien et agrégé, est un historien comme on les aime, toujours à la recherche du document méconnu et du non-dit. Il s'est déjà signalé par quelques enquêtes sur la seconde guerre mondiale et par de volumineuses études sur Churchill et Hitler.

Dans cette enquête sur les tensions et les luttes de pouvoir qui entourent l'Appel du général de Gaulle à la résistance, il rappelle combien fragile était la position des partisans de la poursuite de la guerre contre Hitler, en ce mois de juin 1940, en Angleterre comme en France.

Au sein du cabinet de guerre britannique, le Premier ministre Winston Churchill doit lui-même affronter le clan du ministre des Affaires étrangères, lord Edward Halifax, partisan d'une négociation avec le Führer. Dans ce combat à mots couverts, l'irruption du général de Gaulle et sa prétention à vouloir utiliser la radio de Londres pour parler aux Français en qualité de représentant légitime de la République font l'effet d'un chien dans un jeu de quilles. Churchill comme Halifax s'efforcent de manoeuvrer le général dans le sens de leurs intérêts bien compris. De là le long délai qui s'écoule entre l'arrivée du général à Londres le 17 juin au matin et la diffusion de l'appel le 18 juin au soir.

C'est que, dans un premier temps, le cabinet britannique fait grise mine devant la faible envergure politique de celui qui se présente en leader potentiel de la dissidence française. Il aurait préféré un Mandel, un Reynaud ou un Darlan, autrement plus prestigieux. D'autre part, il veut surtout empêcher Pétain de livrer la flotte de guerre française aux Allemands. C'est pourquoi Halifax croit bon d'imposer à de Gaulle d'édulcorer son discours radiodiffusé et d'effacer toute agression verbale à l'égard du gouvernement français. Mais il lui concède le droit de transmettre aux journaux du lendemain une version presque complète de son message en échange du renoncement à s'exprimer sur les ondes dans les jours qui suivent.

En rapprochant des documents et des témoignages épars, François Delpla met à jour toutes ces manoeuvres de couloir. Il en discerne la trace à travers les quatre ou cinq versions différentes de l'appel qui restent de ces jours-là. Il ne s'en tient pas là et pénètre aussi les pensées et les agissements de quelques acteurs essentiels de ces jours décisifs. Ainsi de Paul Reynaud, précédent chef du gouvernement, Georges Mandel, son ministre de l'Intérieur, Claude Noguère, Résident général au Maroc, ou encore Jean Monnet, citoyen du monde avant de devenir Père de l'Europe.

L'historien montre comment de Gaulle devra attendre l'armistice du 22 juin pour voir enfin son statut s'affermir. Dans le même temps, Churchill prendra le risque de déclencher une attaque de la flotte française pour assurer la poursuite de la guerre et couper court aux tractations de Halifax. Après l'attaque de Mers-el-Kebir du 3 juillet, les ponts seront définitivement coupés entre les résistants de Londres et Vichy, siège du gouvernement français sous tutelle nazie.

Il va sans dire que l'ouvrage de François Delpla deviendra une référence pour les spécialistes et les passionnés. Rien à voir avec un ouvrage d'initiation ou de vulgarisation. Sa lecture demande quelques connaissances préalables de la période concernée. On regrette le caractère abscons de certains passages et l'absence d'index et de chr onologie pour les lecteurs peu avertis.

André Larané
Publi ou mis jour le : 2020-06-18 19:33:55

 
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