Les guerres puniques

Hannibal et la deuxième guerre punique (-219 à -202)

Carthage est une république d'origine phénicienne (on dit aussi punique) proche de l'actuelle Tunis. Elle dominait la Méditerranée occidentale au IIIe siècle av. J.-C. Très vite elle se heurta à la puissance montante de Rome et il en résulta une première guerre punique (264 à 241 av. J.-C.).

Cette guerre s'acheva sur une défaite du général carthaginois Hamilcar Barca en Sicile et un traité en défaveur de la cité africaine. Comme Carthage demeurait puissante et Rome n'en finissait pas de grandir, les choses pouvaient difficilement en rester là... Il s'ensuivit une deuxième guerre punique (219 à 202 av. J.-C.) à l'initiative d'Hannibal, fils d'Hamilcar.

Hannibal fait partie de ces conquérants dont le souvenir a traversé les siècles. Il a pu écraser les Romains à Cannes, en Italie centrale, mais sans avoir pu s’emparer de Rome. Son épopée s'est achevée dans la tragédie. Elle laissa sa cité défaite et ruinée...

Luc Mary et André Larané

Hannibal montrant les plaines d'Italie à ses soldats, tapisserie flamande anonyme, vers 1570, Espagne, cathédrale de Zamora. Agrandissement : Hannibal victorieux contemple pour la première fois l'Italie depuis les Alpes, Francisco de Goya, musée du Prado.

Carthage et les guerres puniques

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Les deux grandes cités-États de la Méditerranée occidentale, l'une et l'autre promises à un grand destin, Rome et Carthage, s'affrontent impitoyablement de 264 à 146 av. J.-C.
Carthage, trois fois défaite, ne survit pas à ces guerres dites puniques, autre nom donné aux habitants de la cité (de 264 à 241, de 219 à 202 et de 149 à 146). Rome, de son côté, en sort transformée. De simple cité italienne, elle devient un empire à vocation universelle.

264 à 241 av. J.-C. : première guerre punique
241 à 238 av. J.-C. : guerre des mercenaires
219 à 202 av. J.-C. : deuxième guerre punique,
149 à 146 av. J.-C. : troisième guerre punique

Élevé dans la haine de Rome

Après son expédition de Sicile, Hamilcar avait aussitôt dû rentrer à Carthage pour mater une rébellion des mercenaires.

Né en 247 av. J.-C., Hannibal a été élevé par son père Hamilcar Barca dans la haine de Rome. Selon une chronique romaine, Hamilcar lui aurait fait prêter serment à 9 ans de toujours combattre Rome avant de l'emmener en Espagne. Hannibal ne reverra plus sa patrie avant son ultime bataille à Zama. À la mort d'Hamilcar, pendant l'hiver 229-228, son gendre Hasdrubal le Beau lui succède à la tête de l'armée. Hannibal se distingue sous ses ordres en qualité de chef de la cavalerie. Quand Hasbrubal est lui-même assassiné, en 221, il est porté par acclamation à la tête de l'armée. Il a alors 26 ou 27 ans.

Buste dédié au général carthaginois Hasdrubal le Beau à Carthagène (Espagne), ville qu'il fonda en 227 av.J.-C. Agrandissement : Hannibal regardant la tête d'Hasdrubal, Tiepolo, vers 1725, musée d'Histoire de l'art de Vienne.C'est le moment où Rome, forte de sa maîtrise des mers, s’empare de Malte et envisage d’attaquer directement Carthage en Afrique mais Hannibal ne lui en laisse pas le temps.

En 219, sans prévenir le gouvernement de Carthage, l’armée du Barcide assiège Sagonte, une ville ibère alliée à Rome et située au nord de l’Ebre. Il va s'ensuivre la deuxième guerre punique (219 à 202 av. J.-C.).

Pour les Romains, c’est un casus belli. Ils dépêchent à Carthage une délégation de sénateurs qui n’entend pas transiger. Un certain Quintus Fabius désigne nommément le preneur de Sagonte. « Livrez-nous Hannibal ! », scandent les diplomates romains dans l'enceinte du Conseil des Anciens de Carthage. Devant le refus des sénateurs puniques, la guerre est déclarée.

Jan Lievens, Quintus Fabius Maximus, 1656, palais royal d'Amsterdam. Agrandissement : Tiepolo, Quintus Fabius Maximus devant le Sénat de Carthage, Saint-Pétersbourg, vers 1725, musée de l'Ermitage. Aux légions de citoyens-soldats de Rome, Carthage oppose des phalanges de mercenaires issus de tout le pourtour de la Méditerranée. Des Gaulois, des Grecs, des Ibères et des Libyens sans compter les redoutables cavaliers numides. Ils chevauchent à cru des chevaux de faible gabarit.

Au mois de mai 218, plus de cent mille guerriers se rassemblent dans les faubourgs de Carthagène, colonie punique en Espagne. Ils se préparent à une « longue marche » de plus de 2 000 kilomètres à travers l’Espagne et le sud de la Gaule. 

Ils ne le savent pas encore, mais les trois quarts d'entre eux n'atteindront pas la plaine du Pô. Les hostilités débutent avec les tribus ibères. Au seul passage des Pyrénées, Hannibal perd plus de 22 000 hommes.

Traversée du Rhône par Hannibal Barca, Henri-Paul Motte, 1878.

Étirée sur plusieurs dizaines de kilomètres, l’armée punique semble une proie facile pour les Gaulois plus familiarisés avec cette nature sauvage. Elle n'en dépasse pas moins les villes de Narbonne, de Béziers et Lunel. Elle évite Marseille, fidèle aux Romains, et atteint le Rhône à la hauteur d'Arles à raison d’un peu moins de quinze à dix-huit kilomètres par jour.

Plus de quarante mille hommes et des centaines d’animaux traversent ainsi le fleuve, les éléphants étant quant à eux charriés sur de grossiers radeaux de terre et d’herbe sèches. Amarrés ensemble par de solides cordages, les radeaux sont tirés par des canots à rames et reliés à la terre ferme par d’autres cordages.

Hannibal traversant les Alpes. Détail d'une fresque de Jacopo Ripanda, vers 1510, Palazzo dei Conservatori, Rome, musée du Capitole. Agrandissement : Hannibal traversant les Alpes à dos d'éléphant, attribué à Nicolas Poussin, vers 1625.

Des Alpes franchies en 15 jours !

Saint-Pancrasse en bordure orientale du Massif de la Chartreuse. Agrandissement : Embuscade dans un défilé, Alfred Rethel, 1842. Octobre 218. Après sa traversée du Rhône, l’armée s'engage dans les Alpes.

Au dixième jour de marche, à l’entrée de la cluse de Voreppe, le paysage change. Les troupes empruntent un chemin étroit le long des derniers contreforts du massif de la Chartreuse.

Embusqués derrière les rochers, les Allobroges tendent des embuscades aux intrus. Quoiqu’il en soit, Hannibal réussit à gagner le point culminant de sa marche, le mont Clappier. « Vous escaladez en ce moment les remparts de l’Italie ! que dis-je, les murs même de Rome ! » lance-t-il à ses troupes. Mais le plus dur reste à faire.

William Turner, Tempête de neige : Hannibal et son armée traversant les Alpes, 1812, Angleterre, Tate Britain.

Mais la descente va se révéler  encore plus pénible que la montée. Après la boue et la pluie, le froid et la neige ralentissent considérablement la longue marche du convoi punique.

Hannibal devant les Alpes, Alfred Rethel, 1842. Agrandissement : Hannibal et ses hommes traversant les Alpes, illustration d'Heinrich Leutemann, XIXe siècle.Transis de froid, affaiblis et affamés, hommes et bêtes peinent à se frayer un chemin. Parfois, c’est le drame. En quelques fractions de secondes, plusieurs centaines d’hommes et d’animaux sont précipités dans le vide.

Au terme de six jours de descente, les Carthaginois foulent enfin la terre promise : l’Italie. Mais dans quel état ? La plupart des bêtes de somme et des éléphants ont péri et plus de la moitié des troupes ont disparu.

Avec près de vingt mille fantassins et six mille cavaliers, l’armée punique n’est plus que l’ombre d’elle-même. Six mois après le départ de Carthagène, ce sont plus de soixante-dix mille hommes qui sont ainsi passés de vie à trépas.

Isolé en Italie, Hannibal ne peut espérer des renforts et toute retraite lui est impossible.

Les éléphants d'Hannibal

Hannibal s'est rendu célèbre par le recours aux éléphants. Il s'agit d'éléphants de la forêt, plus petits que les éléphants d'Asie mais néanmoins impressionnants. Ils ont pour principale fonction d'effrayer l'ennemi. À vrai dire, Hannibal va perdre tous ses éléphants à l'exception d'un seul lors de la traversée des marais de l'Arno, en 219 av. J.-C..

Les trois « glorieuses » : le Tessin, la Trébie, Trasimène

En l’espace de trois batailles, les Romains vont connaître trois déroutes retentissantes. Hannibal bat successivement leurs armées sur le Tessin et la Trébie, deux affluents du Pô. Enfin, le 21 juin de l'an 217 av. J.-C., le consul romain Flaminius tombe dans un piège qu'il lui a tendu sur les bords du lac Trasimène, en Étrurie (Italie centrale). Les Romains perdent 15 000 légionnaires et laissent autant de prisonniers. Pour Rome, le pire est à venir.

L’arrogance et l’incompétence des consuls n’a alors d’égale que le savoir-faire et la ruse du général carthaginois. Résultat, les tribus de la Gaule cisalpine se rallient à la cause du Barcide et lui permettent de reconstituer ses effectifs.

Ces succès se doublent toutefois de cruels déboires. Après avoir perdu tous ses éléphants, à l’exception d’un, lors de l’hivernage, Hannibal fait endurer à ses troupes le martyre lors du franchissement des marais de l’Arno.

Une fois encore, le général a voulu surprendre les Romains en empruntant le chemin le plus improbable. Mais cette fois, mal lui en prit. Pendant quatre jours et trois nuits, ses troupes s’enfoncent dans les eaux fangeuses, pataugent dans la vase et cherchent désespérément un endroit sec où se reposer. Dans l'épreuve, Hannibal lui-même contracte une ophtalmie et perd un œil.

La bataille de Cannes, François Nicolas Chifflart, 1863, musée des Beaux-Arts de la ville de Paris.

Cannes, la bataille fondatrice du mythe barcide

Après son succès du lac de Trasimène, Hannibal campe dans les Pouilles puis s’empare de la ville de Cannes, en Apulie, le grenier à blé des Romains. 

À Rome, le dictateur Fabius Cunctator, dont le surnom Cunctator signifie le Temporisateur, préconise la tactique de l'usure. Mais le Sénat ne veut rien entendre. Sous l’impulsion des consuls Paul-Émile et Varron, un double commandement très préjudiciable aux Romains, les légions se disposent à affronter une nouvelle fois les phalanges carthaginoises.

Le 2 août 216 av. J.-C., disposant ses cavaliers gaulois et numides de part et d’autre de son infanterie, Hannibal demande aux unités les unités les moins aguerries de se tenir au centre de son dispositif.  Les fantassins puniques sont ainsi placés ostensiblement en arc de cercle. L’objectif du général borgne est d’attirer le gros des forces romaines vers le maillon le plus faible de son dispositif, de façon à induire en erreur leurs commandants sur les capacités de résistance de l’armée carthaginoise. Une fois les légionnaires bien enfoncés à l’intérieur de son armée, les ailes constituées par les cavaliers numides et gaulois se rabattront sur eux et les prendront ainsi en étau.

Pour parvenir à ses fins, Hannibal compte bien sûr sur la fougue et la rapidité de sa cavalerie, mais surtout, il parie sur les erreurs d’analyse de Varron, toujours aveuglé par sa soif d’en découdre.

Hannibal comptant les anneaux des chevaliers romains tombés pendant la bataille, Sébastien Slodtz, 1704, musée du Louvre.La bataille se déroule conformément au plan du Barcide. Au soir même de ce choc des mondes, plus de 47 000 corps romains jonchent le sol de la plaine de Cannes contre seulement 6 000 chez les Puniques. Sans compter la mort de près d’une centaine de sénateurs et même du second consul, Paul-Émile, blessé dès le début des combats par une balle de fronde. Plus de 25 000 légionnaires prennent la poudre d’escampette, y compris le consul Varron.

À la défaite et à l’humiliation s’ajoute aussi la honte et le déshonneur pour la République romaine. 

La bataille de Cannes révèle le génie stratégique d'Hannibal. Elle sera par la suite étudiée dans toutes les écoles de stratégie militaire et va durablement inspirer les généraux, jusqu'à Napoléon, von Schlieffen et Rommel. 

Rome, provisoirement épargnée, revient à la tactique de la temporisation. Son destin dépend désormais du vainqueur.

À l’emballement de ses capitaines, le fils d’Hamilcar oppose la mesure ; à la continuation du conflit, la fin de la campagne militaire. Prendre Rome ? Une tâche aussi lourde qu’inutile. Le Carthaginois n’en a ni l’intention ni les moyens. Son but n’est pas tant de détruire la cité que de convaincre ses alliés italiens de se rallier à la cause carthaginoise.

Isolé au milieu de l’Italie, Rome ne pourra continuer la guerre. S’étonnant d’une telle stratégie, son maître de cavalerie Maharbal ne peut cacher son désappointement. L'historien Tite-Live lui prête cette admonestation sans doute apocryphe : « Les dieux n'avaient pas tout donné à Hannibal : tu sais vaincre, Hannibal, mais tu ne sais pas tirer profit de la victoire. Pourquoi te reposes-tu ? Pourquoi ne cherches-tu pas à atteindre Rome ? » (note).

Venger la première guerre punique et rendre à Carthage son rang de première puissance mondiale, telle apparaît l'ambition du Barcide. En ce milieu d’été 216, l’occupation de l’Italie l’intéresse moins que la récupération de la Sicile, de la Sardaigne et de la Corse.

Paradoxalement, au lendemain de Cannes, le vainqueur est rassasié et le vaincu ragaillardi.

La bataille de Cannes n’a pas seulement décimé les rangs des légions, elle a aussi permis de faire un grand nombre de prisonniers romains. Aux environs de dix mille, ceux-ci sont autant d’otages de Carthage. En toute logique, le général carthaginois compte les utiliser comme monnaie d’échange contre la paix ou, à tout le moins, exiger le versement d’une forte rançon.

Mais à Rome, la colère l’emporte en effet sur l’abattement. L’heure est au combat. Racheter les prisonniers ? Il en est hors de question. La lâcheté ne doit en aucun cas être glorifiée ou encouragée martèle-t-il. Selon le sénateur Torquatus, les captifs ne sont plus des citoyens romains mais des esclaves carthaginois. Qui plus est, avec l’argent du rachat, Hannibal pourrait de nouveau recruter des mercenaires et c’en serait fini de la République.

Pour Rome, malgré la terrible défaite de Cannes, c’est donc toujours la guerre ! Plus déterminés que jamais et sous l’impulsion du nouveau « dictateur » (note) Junius Pera, Rome reconstitue des légions, mobilise jusqu’aux adolescents de 17 ans et incorpore même des esclaves dans son armée. Pas moins de huit mille hommes sont ainsi équipés et armés.

De son côté, contrarié sans être ébranlé, Hannibal lorgne maintenant vers le sud de l’Italie. Quittant l’Apulie, son armée se dirige vers la Campanie et le Bruttium (l’actuelle Calabre ).

S'il nourrit un rêve italien, c’est celui de rétablir l’indépendance des cités latines et non de transformer la péninsule en province carthaginoise. En effet, les Lucaniens, les Bruttiens et une partie de Samnites se sont joints aux Puniques, mais les Ombriens, les Étrusques et les Latins restent des alliés inconditionnels de Rome.

De cette incertitude du lendemain, le Sénat de Carthage en a pleinement conscience. Quand le frère d’Hannibal, Magon Barca, arrive à Carthage pour demander des renforts en vivres et en soldats, il est le premier surpris du manque d’enthousiasme des sénateurs puniques. Le premier, Hannon, parle d’étrange victoire au goût de défaite. « Qu’est-ce donc cette victoire, j’ai détruit les armées ennemies, envoyez-moi des soldats ! ironise-t-il. Que demanderait Hannibal s’il était vaincu ?  » et de poursuive : « Non seulement Rome n’est pas écrasée, mais elle mobilise d’autres troupes ! » Il est vrai que le Sénat de Carthage s'est toujours méfié des généraux trop ambitieux. Si les défaites inquiètent, trop de victoires irritent.

En attendant des renforts improbables, Hannibal se dirige vers la Campanie. Dans un premier temps, son ambition est de contrôler le sud de l’Italie et en particulier ses ports. Le général lorgne du côté de Naples. Mais il va rapidement déchanter. Trop bien défendu, le port campanien oblige son armée à lever le siège. À défaut de s’emparer de Naples, Hannibal décide d’entrer donc dans Capoue, la grande rivale italienne de Rome.

Romains de la décadence, Thomas couture, 1847, Paris, musée d'Orsay.

La guerre d’usure

Au grand dépit de Rome, les Capouans ouvrent leurs portes à l’armée d’Hannibal. Pour la première fois depuis deux ans et demi, lors du grand départ de Carthagène, les Puniques franchissent des murs sans avoir à livrer bataille. Capoue ? Connue pour le nectar de ses vins et son marché de parfums, le célèbre Seplasia, la ville campanienne est le lieu de tous les excès, de tous les plaisirs, de tous les fantasmes. Et les mercenaires d’Hannibal de ne pas échapper au piège de Capoue.

Si les soldats se sont endurcis au gré des épreuves, ils vont se ramollir dans cette atmosphère de luxe et de luxure, qui plus est noyée sous des torrents de vin. Les premiers, les Romains ont conscience qu’une telle ambiance peut les servir : « Rome est sauvée, Capoue sera le Cannes des Puniques ! » clame le général Claudius Marcellus. Les délices de Capoue absorbent assurément la force, l’ardeur et le courage des combattants d’Hannibal. Preuve en est le seul revers de Nola. En décembre 216, les mercenaires du Punique sont obligés de reculer devant les assauts des légionnaires. À compter de ce moment commence une longue guerre d’usure.

Profitant de l'inaction forcée d'Hannibal, Rome ne mobilise pas moins de 23 légions, un record. Sitôt rassemblées, en 212, les troupes de Fluvius Flacus et de Claudius Pulcher traversent le Samnium, pénètrent en Campanie, s’emparent de Bénévent et assiègent Capoue. Dans le même temps, le consul romain Claudius Marcellus assiège Syracuse, en Sicile. La ville résiste pendant trois ans grâce aux machines conçues par le plus génial de ses habitants, le savant Archimède en personne. Celui-ci trouve la mort pendant la mise à sac de la ville par les Romains.

Pour le Barcide, la situation est grave. Il lui faut réagir au plus vite. Il lance en 211 un ultime raid sur Rome dans l'espoir de contraindre les Romains à lever le siège de Capoue. Affolement dans la Ville : « Hannibal ad portas est » (Hannibal est à nos portes). On s'empresse de reconstruire les murailles dans la crainte de l'assaut. Mais les Carthaginois sont épuisés et manquent de machines de siège... Et si l'on en croit Tite-Live, une grêle d'essence divine dissuade le généralissime de poursuivre le siège : « Une pluie battante, mêlée de grêle, jeta un tel désordre dans les rangs des deux partis que, pouvant à peine retenir leurs armes, ils se retirèrent dans leur camp... Le lendemain, les armées s'avancent en bataille au même endroit ; un ouragan semblable les sépare ; et dès qu'elles sont rentrées dans leurs lignes, ô prodige ! Le calme et la sérénité renaissent. Les Carthaginois attribuèrent cet événement à l'intervention divine, et l'on entendit Hannibal s'écrier « que les dieux lui refusaient tantôt la volonté, tantôt le pouvoir de prendre la ville de Rome. » (Tite-Live XXVI,11)

Pour couronner le tout, les Romains reprennent Capoue et leur répression est impitoyable. Au sud des Pyrénées, le jeune Publius Cornélius Scipion (24 ans) s'empare de Carthagène et l'Espagne est bientôt transformée en province romaine. Bousculé par Scipion, le frère d'Hannibal, Hasdrubal, trouve moyen de se porter en Italie, au secours de son frère, mais il est battu à l'embouchure du Métaure, sur la mer Adriatique, en 207. 

Devenu consul après son succès en Espagne, Scipion obtient du Sénat romain l'autorisation de porter la guerre en Afrique, aux portes de Carthage. Il y gagnera le surnom « L'Africain ». La guerre emporte les royaumes berbères dans la tourmente : le roi Massinissa s’allie à Rome tandis que Syphax reste fidèle à Carthage.  À n’en pas douter, Hannibal ne peut plus gagner la guerre.

Vestiges de l'amphitheatre de Leptis Minor (aujourd'hui Lamta) en Tunisie. Agrandissement : Sarcophage exposé au musée archéologique de Lamta.

Retour en Afrique… après trente-quatre ans d’absence

En automne 203, suite au débarquement de troupes romaines en Afrique, Hannibal est rappelé par le Sénat.

À la tête d’une armée de 20 000 hommes, il arrive à Leptis Minor (aujourd'hui Lamta) sur la côte sud du Sahel tunisien, puis établit son camp à Hadrumète (Sousse). Trente-quatre ans après son départ pour l’Espagne à l’âge de 9 ans, le fils d’Hamilcar foule enfin les terres de son pays natal.

En quittant l’Italie, Hannibal est plus frustré que comblé. Pendant plus de treize ans, il n’est pas parvenu à briser la résistance romaine. Contrarié par les déclarations de la famille des Hannon, Hannibal évite la ville même de Carthage.

À l’intérieur des murs de Carthage, la tension est à son comble. En raison du ravage des campagnes par les troupes romaines, le pain vient à manquer et les autorités puniques sont obligées de rationner les vivres. De son côté, Hannibal cherche à temporiser.

Malgré la supériorité numérique de ses troupes et ses quatre-vingts éléphants, il craint son adversaire romain, aussi rusé et pragmatique que lui. Il redoute particulièrement le ralliement du chef numide Massinissa aux Romains. La veille même de livrer bataille à Scipion, pour la première fois de sa vie, Hannibal doute de la victoire.

Rencontrant en tête à tête son adversaire romain, Hannibal lui propose une trêve. Mais Scipion reste insensible à ses arguments. Le choc va se produire dans la plaine de Zama, à environ 460 kilomètres au sud-ouest de Carthage.

Gravure de la bataille de Zama par Cornelis Cort représentant des éléphants d'Asie, 1567.

Zama ou la fin du mythe barcide

En ce 18 octobre 202 av. J.-C., les armées d’Hannibal et de Scipion se font face. Un événement inédit. Cent mille hommes en armes sont réunis sous le même ciel et prêts à en découdre. Pour la première fois de sa carrière, Hannibal va être dépassé par la stratégie d’un adversaire, de douze ans son cadet.

Et la bataille de se dérouler conformément aux prévisions de Scipion. Répondant aux provocations des vélites, les quatre-vingts éléphants d’Hannibal s’élancent avec fougue en direction des lignes romaines. Piégés par les vélites qui font semblant de se replier, les éléphants s’élancent à leur poursuite et leurs cornacs ont la désagréable surprise de voir les espaces s’ouvrir devant eux. Les éléphants sont alors criblés de flèches et, paniqués, se retournent contre les Carthaginois.

Gravure représentant le combat entre Hannibal et Scipion, 1538, musée des beaux-arts de San Francisco.

Désorganisée et étrillée ensuite par la charge de la cavalerie de Massinissa, l’armée punique est aux trois quarts décimée.

Dans l’année qui suit, la cité punique sera contrainte de signer un traité humiliant la privant de toutes ses possessions méditerranéennes, de l’Espagne. Qui plus est, elle devra livrer tous ses éléphants, verser une somme considérable à son vainqueur, plus de 10 000 talents, et ne plus entrer en guerre contre une puissance étrangère sans l’accord de Rome. Encore Carthage échappe-t-elle au pire. Ses trente-deux kilomètres de remparts ne sont pas rasés…

De l’exil au suicide

Hannibal toutefois ne renonce pas. Constatant l'impéritie du gouvernement, il se fait élire suffète et tente de réformer les institutions et abolir les institutions. Mais il est dénoncé à l'ennemi par ses adversaires et, en 195 av. J.-C., décide de s'enfuir avec quelques fidèles. Chevauchant toute la nuit à bride abattue (il change de monture tous les 20 kilomètres), il parvient au petit matin dans une baie isolée du Ras Kaboudia, près de Thapsus. Il embarque alors pour le Moyen-Orient et  gagne la ville de Tyr puis Éphèse, où il rencontre le roi Antiochos III.

Exilé à la cour séleucide, Hannibal est toujours obsédé par la guerre et incite son hôte à lever une nouvelle armée contre Rome. Mal lui en prend. L’armée séleucide est en effet étrillée à la bataille de Magnésie du Sipyle. Isolé, Hannibal se voit traqué par les Romains. En 183 av. J.-C., réfugié en Bithynie, il décide alors de mettre fin à ses jours en s’empoisonnant. Il a 64 ans.


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Publié ou mis à jour le : 2022-06-22 09:34:51

 
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