1992-2007

Géopolitique et dépopulation de la Russie

Nous remercions la revue Population et Avenir qui nous a autorisés à reproduire cet éditorial de Gérard-François Dumont paru dans son n° 684 (septembre-octobre 2007).

Disposant du pays le plus vaste du monde et de ressources considérables, la Russie voudrait bien voir utiliser à son propos le terme de «grand» dont bénéficiait feu l'URSS. Mais sa population diminue fortement et son poids démographique relatif dans le monde baisse encore plus .

La Russie a atteint un maximum de population en 1992 avec 148,3 millions d'habitants. Depuis, chaque année enregistre une population moindre par rapport à l'année précédente et la dernière évaluation (2006) donne moins de 143 millions d'habitants, soit une perte de plus de 5 millions en quatorze ans.

Quelles sont les causes d'un tel dépeuplement ? Elles ne tiennent pas à une hémorragie migratoire puisque le solde migratoire de la Russie est positif depuis 1974. Notons néanmoins que cet apport migratoire est limité, 107 432 en 2005 et 128 316 en 2006 , ce qui signifie un taux d'accroissement migratoire beaucoup plus faible que celui de l'Union européenne ou des États-Unis.

1. Les naissances et les décès en Russie

La perte de population de la Russie provient donc du solde naturel, d'un excédent très élevé des décès sur les naissances depuis 1992, souvent supérieur de plusieurs centaines de milliers par an.

Examinons seulement la dernière année connue, 2006 : elle compte 146 cercueils pour 100 berceaux. Quelles peuvent être les raisons de ce déficit naturel considérable, jamais vu en période de paix ?

- D'une part, la fécondité de la Russie est basse, inférieure à 1,5 enfant par femme depuis 1992 et les effectifs des générations en âge de procréer ne sont pas très élevés en raison de l'histoire démographique de la Russie.

- D'autre part, la Russie connaît une forte surmortalité, le taux de mortalité le plus élevé de l'ensemble de l'Europe, double de celui de la France ou des Pays-Bas. Cette surmortalité concerne tous les âges de la vie, avec déjà un taux de mortalité infantile plus du double de celui de l'Europe occidentale ou de l'Europe septentrionale.

- Cette surmortalité est encore plus marquée pour le sexe masculin, puisque son espérance de vie à la naissance est de seulement 59 ans (76 ans au Royaume-Uni, 77 ans en France) et celui des femmes de 72 ans (81 ans au Royaume-Uni, 83 ans en France).

Il importe enfin de noter que la dépopulation de la Russie ne semble pas devoir s'enrayer si l'on considère les projections puisque même celles réalisées selon des hypothèse hautes annoncent un recul à 131 millions en 2040 et, selon les hypothèses basses, à 102 millions.

2. La population de la Russie

Même si la Russie reste membre permanent du conseil de Sécurité de l'ONU, comment sa chute démographique pourrait-elle lui permettre de redevenir un des deux «grands», alors que son poids démographique dans le monde diminue et que ce pays va en outre souffrir d'un manque accru de main-d'œuvre, à tous les niveaux de compétence, l'obligeant à des accords internationaux ? -

Gérard-François Dumont
Publié ou mis à jour le : 2020-05-09 09:38:32

 
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