30 avril 2020

Emmanuel Todd : « On ne peut pas sacrifier les jeunes et les actifs pour sauver les vieux »

Faut-il s'en étonner ? Le démographe et historien Emmanuel Todd (68 ans) n'est pas reconnaissant au gouvernement pour sa sollicitude à l'égard de sa classe d'âge. De fait, rappelle-t-il dans L'Express, si le président Macron a dû prendre des mesures extrêmes pour protéger les plus âgés de ses concitoyens contre le Covid-19, c'est moins par bonté d'âme que dans la crainte que s'effondre le système de santé. Celui-ci est sous tension depuis plusieurs années déjà du fait de la rigueur imposée par Bruxelles et Francfort et appliquée avec zèle par les gouvernements successifs de Paris...

L'historien y voit la conséquence d'un choix politique : « L’Angleterre ou la France ont sacrifié leur capacité industrielle et leur système de santé, par la faute de la pensée magique du « signe monétaire ». « L’avenir appartient aux manipulateurs de symboles », disait Robert Reich, ministre du Travail de la première administration Clinton, dans les années 1990. Sauf que la manipulation des symboles, contre le Covid-19, ça ne marche pas. Ce qui impressionne la maladie, ce sont les respirateurs et les masques. Le coronavirus est le jugement dernier sur la mondialisation. »

Observant les écarts de mortalité d'un pays à l'autre, Emmanuel Todd « voit se dessiner une ligne de partage entre les cultures individualistes libérales (mondes anglo-américain ou latin), très frappées par la pandémie, et les pays de tradition autoritaire – Japon, Corée, Vietnam – ou attachés à la discipline – l’Allemagne et l’Autriche. » Mais il ne faut pas se hâter de conclure... Les pays du deuxième groupe sont aussi parmi ceux qui ont la fécondité la plus faible du monde. Or, rappelle le démographe avec bon sens, « les naissances sont bien plus déterminantes pour la survie d’un pays que certains décès. [...] la vitalité d’une société se mesure par sa capacité à enfanter plutôt que par sa capacité à sauver ses personnes âgées, même si sauver les anciens est un impératif moral. »

En conclusion de son manifeste, Emmanuel Macron se lâche et en appelle à un tribunal devant lequel déférer « ceux qui nous ont mis dans ce pétrin », avec à la clé « des peines de prison et des sanctions financières. »... Ici l'historien du temps long se fait polémiste. Il oublie que les gouvernants, si défaillants qu'ils aient été, ont été élus de façon démocratique et sont restés fidèles à leur profession de foi électorale. Il serait malvenu de les juger dès lors qu'ils n'ont commis par ailleurs aucun délit passible des tribunaux. Le président Macron lui-même n'a rien fait d'autre depuis 2017 que d'appliquer les préceptes néolibéraux, européistes et antiétatiques au nom desquels il s'est fait élire. Lui en tenir rigueur, c'est admettre la nécessité de changer de paradigme. Pour cela, les citoyens ont entre leurs mains une arme plus efficace que la guillotine ou la prison : le bulletin de vote.


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