Le monde à l'apogée égyptien

Égypte : la naissance du monothéisme

En 1400 av. J.-C., l’Égypte du Nouvel Empire a atteint le sommet de sa puissance et va bientôt connaître sur son sol un profond bouleversement.

Révolution spirituelle

Les pharaons Thoutmosis IV et Amenhotep III profitent de la situation qu’ils ont héritée et leurs règnes sont paisibles. Amenhotep III fait notamment construire le temple de Louxor : c’est l’apogée artistique de l’Égypte antique. Cependant, peu enclin à la guerre, il refuse d’intervenir en Syrie face aux nouvelles prétentions des Hittites, affaiblissant ainsi son influence dans la région.

L’ouverture du pays sur l’étranger a permis un brassage des idées propice au renouvellement culturel. Le clergé d’Amon, garant de la tradition, est hostile à ces évolutions. De plus, il est devenu démesurément puissant grâce aux richesses acquises. Cela peut expliquer qu’Amenhotep III, épaulé par sa femme Tiyi, amorce un retour vers le culte solaire.

Cependant, c’est son fils Amenhotep IV qui va créer une véritable rupture, soutenu notamment par sa femme la reine Néfertiti. Après 6 ans de règne, il décide officiellement d’abandonner le culte d’Amon au profit d’Aton, le Disque Solaire. Il quitte Thèbes au profit d’une nouvelle capitale qu’il fait entièrement construire, Akhetaton (sur le site aujourd'hui appelé Tell el Amarna), et change lui-même de nom en devenant le pharaon Akhenaton. Au-delà de sa volonté d’affaiblir le clergé d’Amon, il s’agit d’une véritable révolution religieuse : en effet, Aton devient rapidement le dieu unique qui rassemble en lui-même toutes les divinités, tandis que le culte des anciens dieux est banni.

Akhenaton est donc le fondateur du monothéisme, qui conduira plus tard à la naissance du judaïsme. L’art se transforme aussi radicalement sous son règne. Cependant, la population, ancrée dans près de 2 millénaires de polythéisme, n’adopte guère ces changements. À l’extérieur, Akhenaton se préoccupe peu du Proche-Orient et l’influence de l’Égypte recule, y compris en Palestine. À l’intérieur, le clergé d’Amon prépare sa revanche.

Vers 1343 av. J.-C., en l’an 12 de son règne, l’Égypte entre dans une période très obscure. 5 ans plus tard, Akhenaton meurt dans des circonstances troublées. Son successeur Smenkhkarê a un règne éphémère et meurt lui aussi de façon prématurée. Dans cette période chaotique, c’est la reine qui assure les régences. Toutankhaton monte ensuite sur le trône et décide de mettre fin au marasme en abandonnant le culte d’Aton au profit d’Amon et des anciens dieux : il change ainsi son nom en Toutankhamon, et abandonne Akhetaton au profit de Thèbes. Il est surtout célèbre parce que c’est le seul pharaon dont le tombeau n’a jamais été pillé.

Toutankhamon meurt à l’âge de 19 ans, et son successeur Aÿ ne règne que 3 ans. Ce pharaon apparaît terne face à l’aura de son général en chef, Horemheb, que Toutankhamon a élevé au-dessus du rang de vizir. Sa plus grande action d’éclat est de stopper la progression des Hittites vers le sud, permettant à l’Égypte de retrouver sa frontière au niveau de Qadesh. Il réprime aussi les attaques des Libyens à l’ouest et les révoltes en Nubie au sud.

À la mort du pharaon, il s’empare lui-même du pouvoir, mettant fin à la XVIIIe dynastie. Son règne, de 1323 à 1295 av. J.-C., voit le retour à la stabilité. Il réforme l’administration, restaure les relations commerciales lointaines, et engage de vastes travaux de construction. Sans descendance, Horemheb désigne son vizir et général en chef pour successeur : celui-ci deviendra Ramsès Ier, inaugurant la XIXe dynastie. Cette dynastie se chargera d’effacer toute trace du règne d’Akhenaton et de son idéologie, afin d’éviter qu’elle n’ébranle à nouveau la stabilité de l’Égypte. Cependant dans le delta, certains étrangers perpétueront sa croyance en un dieu unique, ne serait-ce que par opposition au polythéisme dominant. Pour l’instant cantonné dans l’ombre, le monothéisme sera bientôt exporté aux portes de l’Égypte où il connaîtra son plein épanouissement.


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La fin du Nouvel Empire

L'auteur : Vincent Boqueho

Vincent Boqueho est astrophysicien et professeur de physique en classes préparatoires à Nice. Féru d'Histoire longue, il a publié un essai percutant sur l’influence du climat : Les civilisations à l’épreuve du climat (éditions Dunod, avril 2012, 186 pages, 18 euros).

Publié ou mis à jour le : 2019-03-22 11:03:33

 
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