Géorgie

Des « roses » aux couleurs de la Russie

La Géorgie, enclavée à l'ouest du Caucase, au bord de la mer Noire, est un petit pays de 70 000 km2 et 4 millions d'habitants. Les Grecs, qui la connaissaient sous le nom de Colchide, y situent l'aventure de Jason et des Argonautes en quête de la Toison d'Or. Disputée entre les Romains et les Perses, elle a été christianisée très tôt, vers le IVe siècle (comme l'Arménie) et ses habitants sont devenus chrétiens orthodoxes comme leurs voisins byzantins et russes. La région a été ensuite envahie par les Arabes mais ceux-ci ne purent s'y maintenir très longtemps.

Au Moyen Âge se constitua une monarchie géorgienne qui connut son âge d'or sous le règne de la reine Thamar ou Tamar (début du XIIIe siècle). Les invasions mongoles y mirent fin. La Géorgie se trouva au cours des siècles suivants affaiblie par la montée en puissance de ses voisins iranien et ottoman. Après plusieurs siècles d'existence chaotique, le royaume se plaça sous la protection de la Russie qui l'annexa le 28 janvier 1801. En 1918 fut proclamée une éphémère république indépendante de Géorgie, avalée par l'Union Soviétique en 1921, après une intervention de l'Armée Rouge.

Staline a constitué en Géorgie trois micro-entités autonomes :
• L'Abkhazie (8 600 km2 et 150 000 habitants en 2006 dont 17% seulement d'Abkhazes !),
• L'Ossétie du Sud (3900 km2 et 70 000 habitants en 2006 dont 66% d'Ossètes),
• Enfin l'Adjarie (3000 km2 et 370 000 habitants).
Ces entités sans passé national ni unité culturelle ou ethnique ont été utilisées par Staline puis par les dirigeants actuels de la Russie pour diviser et affaiblir les Géorgiens.

Lorsque le pays a recouvré son indépendance, le président géorgien, l'ultra-nationaliste Zviad Gamsakhourdia, n'a rien eu de plus pressé que de supprimer l'autonomie de ces entités avec pour conséquence une première guerre civile particulièrement meurtrière. Elle aboutit à la défaite des Géorgiens face aux minorités abkhazes et ossètes qui bénéficient de l'appui des Russes.

Retour dans le giron russe

Le calme revient avec le renversement de Gamsakhourdia et l'accession à la présidence d'Édouard Chevarnadze, ancien ministre soviétique des Affaires étrangères. Celui-ci fait adhérer son pays à la CEI (Communauté des États indépendants).

Arrivent les élections législatives du 2 novembre 2003. Celles-ci sont contestées par le chef de l'opposition libérale, Mikheïl Saakachvili (40 ans), diplômé de Harvard. Avec son parti, le Mouvement national, et sans doute aussi les encouragements de la fondation Soros, du milliardaire magyaro-américain Georges Soros, il appelle ses compatriotes à descendre dans la rue deux jours après. Il s'ensuit ce que l'on appellera joliment la « Révolution des roses ». Elle conduit à la démission de Chevarnadze.

Le drame ressurgit en 2008 comme la foudre dans un ciel d'orage. Tandis que l'opinion mondiale n'a d'yeux que pour les prochains Jeux Olympiques de Pékin, la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice se rend le 10 juillet 2008 à Tbilissi, capitale de la Géorgie, pour s'entretenir avec le président. Sans doute évoquent-ils évoqué la candidature de la Géorgie à l'OTAN, un motif d'irritation pour l'ancien tuteur russe. L'a-t-elle assuré de son soutien face aux pressions de Moscou ou au contraire mis en garde ? On ne le saura jamais...

Au même moment, Moscou concentre des troupes à la frontière de la Géorgie, sous le prétexte de protéger les habitants de l'Ossétie du Sud, un territoire sécessionniste, grand comme la Lozère (70 000 habitants pour 3 500 km2). Mais dans le même temps, les Russes faisaient mine de désapprouver les Abkhazes et les Ossètes qui agressaient quelques patrouilles géorgiennes sur la ligne de cessez-le-feu.

Mikheil Saakachvili a-t-il vu dans l'attitude des Russes et des Américains un encouragement à agir ? D'après des télégrammes diplomatiques américains publiés par Wikileaks et Le Monde (3 décembre 2010), il pensait que les Russes le laisseraient agir en Ossétie du Sud mais resteraient intraitables sur l'Abkhazie. Et sans doute imaginait-il que sa candidature à l'OTAN lui vaudrait le soutien de l'Occident.

Toujours est-il que le président géorgien, jusque-là loué par la presse occidentale pour son flair politique, a pris le risque, le 7 août 2008, de réoccuper militairement l'Ossétie du Sud. La réaction russe a été instantanée et brutale. L'armée russe, encore vétuste, sous-équipée, taraudée par l'indiscipline et la maltraitance, mais surdimensionnée par rapport à l'armée géorgienne, n'a fait qu'une bouchée de celle-ci. Elle l'a chassée d'Ossétie du Sud mais également d'Abkhazie, menaçant même la capitale Tbilissi et ravageant au passage une grande partie de ce pauvre petit pays.

L'intrusion de la Russie dans les affaires intérieures d'un État souverain, la Géorgie, plonge chacun dans l'embarras. Les chancelleries craignent de fâcher le fournisseur privilégié de l'Union européenne en pétrole et gaz. Nicolas Sarkozy, en qualité de président en exercice de l'Union européenne, interrompt ses vacances pour transmettre aux belligérants, le 12 août, une demande de cessez-le-feu avec les formules d'usage. Il a le soutien implicite du président américain George Bush Jr, peu soucieux de s'engager personnellement dans cette affaire alors qu'il arrive en fin de mandat.

Les Russes, sûrs de leur force, se payent le luxe d'annoncer ledit cessez-le-feu dès le 11 août, avant même que le Français ne leur en fasse la demande, tout en se gardant de l'appliquer sur le terrain. Cela nous vaut un morceau d'anthologie journalistique avec cette Une du quotidien Le Monde : « Comment la France a arraché l'amorce d'une négociation » (13 août 2008). Le 8 septembre 2008, les Russes n'ayant toujours pas retiré leurs forces de Géorgie, Nicolas Sarkozy est contraint à une nouvelle médiation à Moscou et Tbilissi. Rien n'y fait. L'armée russe s'installe pour longtemps dans les territoires d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie. La Géorgie revient dans la « famille ».

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2022-05-16 16:39:13

 
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