1763-1775

De la rébellion à la guerre

Au milieu du XVIIIe siècle, l'Angleterre règne en maître sur le continent nord-américain après en avoir évincé les Français. Ses Treize Colonies se signalent par une forte identité née de leur Histoire :

– Au nord, les quatre colonies de Nouvelle-Angleterre (Massachusetts, Connecticut, Rhode Island, New Hampshire) reposent sur l'agriculture vivrière et la petite propriété.

Les habitants, au nombre d'un demi-million, viennent surtout d'Angleterre. Ils sont surnommés Yankees (sans doute d'après « Janke », diminutif de Jan, qui était le nom que donnaient les Hollandais aux Anglais de la région). Inspirés par les préceptes calvinistes, ils sont groupés en communautés pieuses et instruites. L'amour du prochain est une obligation morale et la démocratie un fondement social.

– Au sud, les colonies de Virginie, des Carolines, du Maryland et de Georgie sont vouées à la culture du tabac (avant que n'arrive le coton à la fin du siècle) dans des propriétés de plus d'un millier d'hectares en général.

Les propriétaires vivent à la manière des aristocrates européens dans de magnifiques manoirs entourés d'immenses dépendances. Leur richesse repose sur l'exploitation à bas prix de la main-d'oeuvre servile.

Sur 700.000 habitants, les colonies du sud comptent environ 300.000 esclaves africains. Ces derniers sont, on s'en doute, peu instruits... mais c'est aussi le cas d'une grande partie des Blancs qui vivent dans la pauvreté faute d'avoir accès à la terre.

Cette situation inique n'empêche pas les grands propriétaires d'être très au fait des idées démocratiques qui circulent dans les milieux intellectuels européens. Cultivés et habiles en affaires, ils se montrent très revendicatifs à l'égard de Londres. Tels Washington, Jefferson... ils seront à la pointe du combat pour l'indépendance.

– Au centre, les colonies de New York, New Jersey, Pennsylvanie et Delaware comptent un demi-million d'habitants originaires de diverses régions d'Europe. Parmi eux, une minorité d'esclaves africains.

Certaines régions s'apparentent au sud avec de grandes plantations, d'autres à la Nouvelle-Angleterre avec des communautés villageoises solidaires et instruites. Les villes comme New York bénéficient de courants d'échanges importants grâce aux fleuves navigables qui mènent vers l'intérieur. Aussi y trouve-t-on une amorce d'activité industrielle.

L'Amérique du nord à la fin du XVIIIe siècle

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Cette carte témoigne des affrontements entre Européens (Anglais, Espagnols et Français) pour la domination du continent nord-américain. La Nouvelle France tombe en 1763 sous la tutelle de Londres et devient The Province of Quebec cependant que les Treize Colonies anglaises obtiennent en 1783 leur indépendance sous le nom d'États-Unis d'Amérique.

Malentendus entre colons et gouvernants

En prévision de son entrée en guerre contre la France, le gouvernement de Londres souhaite que les Treize Colonies assument leur part de l'effort collectif et définissent une ligne commune à l'égard des six Nations iroquoises, afin qu'elles se rangent aux côtés des Anglais contre les Français.

À la conférence qui se réunit à cet effet à Albany, Benjamin Franklin propose un plan audacieux qui prévoit l'élection d'un Conseil intercolonial de 48 représentants, chaque colonie étant représentée au prorata de sa population et de ses ressources, et la nomination par la Couronne d'un Président général !

C'est la première fois qu'est avancée l'idée d'une communauté de destin de l'Amérique anglo-saxonne. Mais, prématurée et trop ambitieuse, la conférence d'Albany se solde par un échec.

La suite n'est pour Londres qu'une amère désillusion. Quand éclate la guerre de Sept Ans (1756-1763), les milices locales se montrent particulièrement inefficaces et désunies dans la guerre contre les Français et c'est finalement aux contingents venus d'Europe que Londres doit de l'emporter à Québec sur les troupes du marquis de Montcalm.

Après le traité de Paris de 1763, l'Angleterre, endettée, entend faire assumer par les colons leur part des coûts financiers occasionnés par le conflit, d'autant qu'ils en sont les principaux bénéficiaires. Quoi de plus normal, après tout ? Mais lesdits colons, que l'isolement et l'Histoire ont accoutumés à gérer eux-mêmes leurs affaires communes, ne l'entendent pas de cette oreille. Ils s'indignent que le Parlement de Westminster leur impose des taxes sans leur demander leur avis. « No taxation without representation » (pas d'impôt sans représentants au Parlement), proclament-ils, ce qui ne manque pas non plus de logique...

Tout commence l'année qui suit le traité de Paris, avec une loi sur le sucre, le Sugar Act, qui autorise la saisie de tous les navires qui importent en contrebande les mélasses des Antilles, destinées à être transformées en rhum par les négociants du Rhode Island et de Boston.

Première flambée de colère.

En février 1765, le Parlement récidive en votant l'impôt du timbre ou Stamp Act. Le Premier ministre Grenville espère en tirer 100.000 livres pour financer une force armée de 10.000 hommes destinée à garantir la sécurité des colonies. La loi prévoit l'obligation d'un timbre fiscal sur une multitude de documents publics.

La réaction est immédiate. En Virginie, un député, Patrick Henry, appelle à la désobéissance civile. Un peu partout, les colons s'en prennent aux percepteurs, les suspendant à des mâts ou les enduisant de goudron et de plumes. Une organisation secrète, les Fils de la Liberté, fondée à New York par John Lamb et Isaac Sears, multiplie les provocations. Au milieu de danses et de cortèges joyeux, ces dignes bourgeois érigent des « mâts de la Liberté » surmontés de masques diaboliques pour dénoncer l'autoritarisme de Londres. La troupe réagit avec violence, abattant les mâts et chargeant la foule à la baïonnette...

Benjamin Franklin (encore lui) intervient auprès du Parlement de Londres en sa qualité d'agent de la Pennsylvanie à Londres et le convainc d'abroger la loi ! Les colons exultent. Mais leur satisfaction est de courte durée...

En 1767, le chancelier de l'Échiquier Townsend promulgue une loi destinée à frapper d'un droit d'importation quelques produits utiles (papier, thé, verre...), toujours dans le souci de financer les dépenses liées à l'administration des colonies. Les colons, à commencer par les habitants de Boston, lancent un puissant mouvement de boycott des marchandises anglaises. C'est au point qu'en deux ans, les importations concernées diminuent de moitié.

Le Parlement de Westminster se résout à supprimer tous les droits d'importation incriminés... sauf un modeste droit sur le thé destiné aux colonies d'Amérique. Il en fait une question de principe. Cette reculade échauffe les esprits au lieu de les calmer. Elle encourage les colons dans la voie de la hardiesse.

Le massacre de Boston

The bloody massacre, ou massacre de Boston, 5 mars 1770 (gravure d'époque)

Le 5 mars 1770, une échauffourée se solde à Boston par la mort de 5 manifestants. Ce Bloody massacre (« massacre sanglant ») engendre beaucoup de ressentiments contre le pouvoir de Londres.

Dans ces conditions survient la célèbre « Tea-party » de Boston : le 16 décembre 1773, dans le grand port du Massachusetts, Samuel Adams et quelques amis déguisés en Indiens montent sur un vaisseau à l'ancre et jettent sa cargaison de thé à l'eau (343 caisses d'une valeur de 100.000 livres).

À ce nouvel acte d'insubordination, le roi George III réagit par cinq « lois intolérables » qui sanctionnent la colonie et ferment le port de Boston en attendant le remboursement de la cargaison de thé par les habitants.

Toutes les colonies d'Amérique font alors cause commune avec le Massachusetts. Une partie importante des colons, quoique en minorité, se préparent à entrer en rébellion contre la métropole.

Sur une invitation de l'Assemblée du Massachusetts, 56 délégués de neuf des treize colonies anglaises d'Amérique se réunissent en congrès à New York le 14 octobre 1774 et rédigent un cahier de doléances (« Declaration of Rights and Grievances ») à l'adresse du gouvernement.

Cependant, leur souhait d'une plus grande autonomie est brutalement rejeté par le roi anglais George III, qui déclare les colonies en état de rébellion. Les modérés font alors cause commune avec les radicaux et tous se préparent à la lutte armée. Ils commencent à réunir des armes. La guerre d'Indépendance éclate pour de bon.

Jeanne Laffont
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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