Céline (1894 - 1961) - Un grand écrivain en dépit de la folie antisémite - Herodote.net

Céline (1894 - 1961)

Un grand écrivain en dépit de la folie antisémite

De son vrai nom Louis-Ferdinand Destouches, Céline est d'un avis assez général considéré comme l'un des plus grands écrivains français du XXe siècle. Mais ce sont surtout ses pamphlets antisémites de 1937 qui retiennent l'attention des historiens.

Antisémite à en perdre la raison

Louis-Ferdinand Céline (1894-1961) chez lui, à Bezons, en 1932, l'année du Voyage au bout de la Nuit (photo : Meurisse), DRCéline naît à Meudon dans la famille d'un employé d'assurances qui, pour se consoler de ses ratages professionnels, avait coutume de dire : « C'est la faute aux Juifs ».

Plus tard, son fils verra dans cette recherche pathétique d'un bouc émissaire l'un des fondements de l'antisémitisme populaire.

Le futur écrivain connaît avec la Première Guerre mondiale l'expérience qui orientera toute son existence, même s'il n'a pas connu l'horreur des tranchées...

Cavalier au 12e régiment de cuirassiers, il bénéficiait en effet d'une relative tranquillité à l'arrière, dans l'attente d'une charge hypothétique. Sa guerre s'est arrêtée le 25 octobre 1914, après qu'il eut été blessé à l'épaule, près d'Ypres, en portant un message.

Nanti d'une décoration, il reprend ses études après la guerre, se marie, engendre une fille et obtient un doctorat en médecine. Quittant sa famille, iI voyage en Afrique pour le compte de la Société des Nations puis se rend aux États-Unis, où il est impressionné par la visite des usines Ford, avant de s'établir comme médecin en banlieue parisienne, à Bezons.

Son premier roman et son chef d'oeuvre, Voyage au bout de la nuit (1932) est le condensé quelque peu mythifié de ces expériences. Écrit dans un style flamboyant et radicalement nouveau, il lui vaut un commencement de gloire.

Donné favori pour le prix Goncourt, il le rate néanmoins, « pour une affaire d'éditeurs » selon Céline lui-même, son éditeur, le Belge Denoël, ne faisant pas le poids face à Gallimard. Il obtient en guise de consolation le prix Renaudot.

Céline rencontre moins de succès avec le livre suivant, Mort à crédit (1936).

Et cet homme qui se présentait jusque là comme un médecin compatissant et un intellectuel pacifiste, anticolonialiste, sensible à la misère ouvrière (il plaide déjà pour les 35 heures hebdomadaires !) et bien entendu athée, révèle tout d'un coup, l'année suivante, une facette inattendue avec Bagatelles pour un massacre et L'école des cadavres  (1937).

On est alors à l'époque du Front populaire. À la tête du gouvernement figure le socialiste Léon Blum, d'ascendance juive. Une autre personnalité en vue est Georges Mandel. Cet ancien collaborateur de Clemenceau est lui aussi juif. Hitler se fait de plus en plus menaçant. La guerre menace à nouveau.

Au nom d'un raisonnement délirant (pour se venger de Hitler qui est antisémite, les Juifs poussent les Anglo-Saxons à lui faire la guerre !), Céline le pacifiste développe dans son pamphlet des arguments antisémites d'une violence inouïe ; tellement inouïe que les intellectuels, à l'image d'André Gide, n'y voient que de sottes gamineries et haussent les épaules !

Il n'empêche que, de 1940 à 1944, pendant l'Occupation de la France par les Allemands, les formules à l'emporte-pièce de Céline sont récupérées par la propagande nazie et vychiste. Son éditeur Robert Denoël s'empresse de republier ses pamphlets antisémites dans le désir de faire du chiffre : « Je le dis tout franc, comme je le pense, je préférerais douze Hitler plutôt qu'un Blum omnipotent » (Bagatelles pour un massacre, 1937).

Louis-Ferdinand Céline (1894-1961) chez lui, à Meudon, en 1953 (photo de Daniel Frasnay)Céline lui-même se tient coi ou à peu près (on le soupçonne tout de même d'avoir dénoncé des juifs à l'administration française). Mais à la Libération, quelques jours après le Débarquement de Normandie, il juge plus sain de quitter la France pour le Danemark.

Robert Denoël n'a pas cette chance. Il est abattu en plein Paris le 2 décembre 1945 pour des motifs inconnus (crime de rôdeur ? justice expéditive ?).

Un contretemps amène l'écrivain à séjourner quelques mois à Siegmarinen, dans le château d'opérette où se sont repliés Pétain, Laval et quelques autres acteurs de la Collaboration. Il est condamné par contumace à l'indignité nationale et privé de ses biens en 1950... puis amnistié l'année suivante.

Il va dès lors finir sa vie en reclus dans sa maison de Meudon, près de Paris.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-05-15 18:24:40

 
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