30 octobre 2020

Aux armes, citoyens... libraires !

La France, terre de culture ? Peut-on encore le croire ? Au milieu du XXe siècle, les avances sur recettes et le prix unique avaient permis aux cinéastes et aux libraires de résister avec succès au rouleau-compresseur étasunien. Tout indique que ces enjeux ne sont plus la priorité de la classe dirigeante...

En mars 2020, quand le gouvernement s'est résolu à imposer un confinement général pour éviter le naufrage des hôpitaux, il a d'abord songé à laisser les librairies ouvertes mais le Syndicat de la librairie française a protesté avec raison en faisant valoir qu'en l'absence de masques et de gel, les libraires ne pourraient assurer la sécurité de leurs clients.

Delamain serait la plus ancienne librairie de Paris (DR)Depuis lors, les libraires ont pu s'équiper et mettre en place des protections ad hoc : masque généralisé et gel obligatoire à l'entrée dans le magasin. Mais le gouvernement ne s'en est pas aperçu... C'est qu'il était occupé à des choses bien plus importantes comme la création d'un Haut Commissariat au Plan !

Quand il s'est donc agi de prescrire un nouveau confinement, le gouvernement a une nouvelle fois demandé la fermeture des librairies indépendantes tout en laissant aux citoyens la faculté d'acheter des livres dans les hypermarchés, les grandes surfaces et bien sûr auprès d'Amazon.

Les libraires ont cette fois encore protesté mais en sens inverse pour demander le droit d'ouvrir en récompense de leurs efforts pour accueillir les chalands en toute sécurité... et bien sûr au nom du principe sacro-saint d'une "concurrence libre et non faussée".

Que croyez-vous qu'il advint? Nous gouvernants qui ont décidément perdu le sens commun, décidèrent que les grandes surfaces seraient également interdites de vendre des livres !

Les Français n'auront donc plus d'autre ressource que de se tourner vers Amazon, le champion toutes catégories de l'optimisation fiscale, pour acheter des livres, y compris des livres à l'usage des écoliers, collégiens, lycéens et étudiants ! Par contre, ils garderont la faculté de s'agglutiner dans les marchés et les hypermarchés, sans grande garantie sanitaire, pour s'approvisionner en gadgets vidéos, mobiles, cosmétiques, fanfreluches et autres biens « de première nécessité » !

La suggestion faite à nos libraires par le ministre de l'Économie Bruno Le Maire de développer les commandes en ligne (« click and collect » en français dans le texte) témoigne de sa méconnaissance de l'économie du livre : quand on entre dans une librairie, on ne sait souvent pas à l'avance ce que l'on va acheter ; on furète, on feuillette, on interroge le libraire sur les titres qui pourraient plaire à la belle-soeur pour son anniversaire... et l'on ressort avec des livres dont on ignorait une heure avant l'existence.

Notons avec cela que la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, qui propose de réduire les tarifs postaux sur les livres, ignore tout du « click and collect », lequel consiste simplement à joindre son libraire (téléphone ou internet) afin qu'il mette à disposition, à la porte du magasin, les livres souhaités.

Faut-il rappeler aussi que les librairies sont des lieux de vie et d'échanges ? Il est plus facile de discuter à propos d’un livre que d’une baguette  même avec un masque et la distance réglementaire.

Si le président et ses ministres ne reprennent pas le chemin du bon sens, les libraires indépendants de France et de Navarre pourraient bien décider d'ouvrir en toute illégalité (avec ce qu'il faut de précautions sanitaires), à moins qu'ils n'en viennent à bloqer les entrepôts Amazon.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2020-11-03 12:34:15

 
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