25 octobre 2026. Familier de l'Histoire, Herodote.net a ébauché en janvier 2022 un parallèle entre la réélection à venir du président Macron et la crise du « Seize-Mai » 1877 qui avait conduit le président Mac-Mahon à se retirer faute de majorité parlementaire. Emmanuel Macron, confronté à une crise de régime sans précédent depuis 1958, se refuse quant à lui à quitter l’Élysée avant l’échéance normale de son mandat, le 14 mai 2027. C’est au risque de précipiter la France et la démocratie dans un abîme sans fond. Voici une analyse qui pourrait le convaincre de changer d'avis…
Premier épisode (janvier 2022)
Emmanuel Macron a été élu en 2017 et réélu en 2022 grâce à un concours de circonstances qui l’a placé à chaque fois face à une candidate réprouvée par la quasi-totalité des médias et de la classe politique ainsi que par une majorité de citoyens. Mais à chaque fois, il s’est trouvé un quart d’électeurs qui ont sincèrement cru en sa capacité personnelle à régénérer la France. Ces citoyens travailleurs ou retraités ont aimé son charisme, son intelligence, sa jeunesse et son charme. Il ne s’agit pas qu’il les déçoive aujourd’hui en se faisant le fossoyeur de la nation.
Jacques Attali, François Bayrou et bien d’autres personnalités qui l’ont soutenu tant et plus en 2017 se détournent aujourd'hui de lui. L'essayiste Alain Minc le décrit comme le « pire président de la Ve République » ! Quant à Édouard Philippe, qui fut son dévoué Premier ministre pendant trois ans, il eut le front de l’appeler à la démission en octobre 2025 pour mettre un terme à la paralysie de l’État.
L’année écoulée n’a apporté aucun semblant de solution à cette paralysie et les mois à venir s’annoncent pires : désespérance de la jeunesse, violences de l’ultragauche et bientôt aussi de l’ultradroite, économie à l’arrêt, administrations au régime sec, austérité contrainte... Dans Le Figaro, le sociologue Dominique Raynié voit dans les violences de rue du 17 octobre 2026 une déliquescence de l'État sans équivalent depuis 1945 et, en ces lendemains d’émeutes incontrôlées, d’aucuns appliquent au président de la République le mot de Charles de Gaulle à propos d’Albert Lebrun, le président de la défaite de 1940 : « Comme chef d'État, deux choses lui avaient manqué : qu'il fut un chef, qu'il y eut un État ».
S’il n’était retenu par son ego, Emmanuel Macron pourrait se retirer avec dignité comme le maréchal de Mac-Mahon, voire avec panache comme le général de Gaulle au soir du référendum du 27 avril 1969.
En finir avec une insupportable attente
Plusieurs raisons objectives plaident en faveur d’élections présidentielles anticipées :
1- Le second tour de la présidentielle a été fixé par le gouvernement au 2 mai 2027, au lendemain de la Fête du Travail et de ses traditionnels défilés syndicaux (source). Si Marine Le Pen figure au second tour, ces défilés prendront la forme de manifestations politiques, en violation des règles qui interdisent toute propagande la veille d’une élection. Plus gravement, ces défilés se doubleront très probablement de violences de rue d'une ampleur sans commune mesure avec celles du 17-Octobre. Quant à interdire les défilés du 1er mai, il ne faut pas y penser, aucun préfet ni aucun officier de police ne s’y risquera ni ne le pourra au risque d'être accusé de parti pris.
NB : à tout le moins, il serait encore possible que le gouvernement choisisse d’avancer tout à la fois d’une semaine les vacances scolaires d’avril et l’élection présidentielle afin que le second tour ne suive pas la Fête du Travail (note).
2- La présidentielle sera suivie de législatives destinées à assurer au nouveau chef de l'exécutif une majorité convenable. Ces élections-là ne seront pas bouclées avant la fin juin, après quoi tout le monde partira en vacances pour se remettre au travail début septembre. À ce moment-là, le chef de l'État, quel qu'il soit, pourrait avoir besoin d'un référendum pour éliminer de la Constitution toutes les scories qui l'ont rendue inopérante au fil des révisions de ces trois dernières décennies et ne plus être bloqué dans la moindre de ses réformes par un quelconque recours devant le Conseil d'État ou le Conseil Constitutionnel. Cela nous amènerait à novembre 2027. Autant dire que les Français ne pourront espérer aucun changement avant l'automne 2027, dans un an.
3- Les milieux d’affaires étrangers ont été échaudés par les palinodies autour du budget, l’explosion des déficits et le fiasco policier du 17-Octobre et il ne se trouvera personne pour investir en France aussi longtemps que se prolongera l'incertitude politique. De leur côté, les entrepreneurs français s’interrogent : avec des taux d'intérêt qui flambent et la menace de nouveaux impôts, n'est-il pas temps de mettre leurs actifs à l’abri ? Quant aux jeunes diplômés de Polytechnique ou de l’École des mines, il est à craindre qu'ils cèdent au chant des sirènes d’outre-Atlantique et s'expatrient plutôt que d'attendre que l'État et la société se bougent enfin. Restent les affairistes en quête d’aubaines : ceux-là sauront tirer parti de l’absence d’autorité à la tête des administrations pour obtenir un maximum de subventions et d'aides avant qu’un nouveau gouvernement ne vienne resserrer la vis.
4- Last but not least, les violences du 17-Octobre ont donné à l'international une détestable image de la France. Encore n'était-ce qu'un avant-goût de ce qui nous attend d'ici le bouclage des législatives à la fin juin 2027. Les étrangers le voient bien et les professionnels du tourisme déplorent déjà des annulations en cascade. Autant dire que les acteurs du secteur (hôtels et restaurants, commerces, etc.) doivent s'attendre à une année noire, sans clients américains, asiatiques ou européens…
Des craintes mal fondées
Quel motif justifierait a contrario d’attendre le terme normal du mandat présidentiel, le 14 mai 2027 ? Sans doute la crainte qu’une élection anticipée fasse le jeu de l’extrême-droite. Celle-ci se voit en effet reprocher des préconisations en matière migratoire similaires aux mesures engagées par le gouvernement social-démocrate danois ou encore la coalition dirigée par Georgia Meloni en Italie. Ni la gauche, ni la droite modérée ne le supportent.
La candidate du Rassemblement National (RN) rassemble déjà près de 40% d’opinions favorables et ses électeurs potentiels se concentrent dans les classes populaires hors des grandes agglomérations. Les sondages la donnent gagnante dans tous les cas de figure sauf peut-être dans l’hypothèse d’un second tour qui l’opposerait à un candidat du « bloc central », lequel va de Raphaël Glucksmann à Bruno Retailleau et David Lisnard en passant par Édouard Philippe et Gabriel Attal.
Dans les faits, on peut penser qu'une élection anticipée mettrait les candidats putatifs de ce bloc central face à leurs responsabilités. Elle les obligerait à clarifier leur position et s’unir sans délai autour du mieux placé d’entre eux avec un programme constructif et plus entraînant que le sempiternel « Faire barrage au RN ! »
Une élection anticipée ne laisserait pas non plus aux candidats des extrêmes le temps de consolider leur socle et profiter du mécontentement croissant de l’opinion. Il y aurait dès lors l'espoir d'un scrutin plus ouvert.
Marine Le Pen elle-même ne s’y trompe pas. Elle préfère aujourd’hui attendre l’échéance normale avec la conviction que plus le régime sera effondré, mieux elle sera assurée de la victoire ainsi que d’une majorité parlementaire confortable.
Un horizon plein d’espoir
Si Emmanuel Macron se disposait à anticiper son départ dans l’honneur et la dignité, comme avant lui Patrice de Mac-Mahon et Charles de Gaulle, nous aurions une présidentielle en janvier avec une campagne pendant les fêtes de fin d'année.
Les législatives interviendraient en mars et un éventuel référendum sur la Constitution en mai. Le nouvel exécutif deviendrait ainsi pleinement opérationnel début juin et il pourrait engager ministres et parlementaires à travailler l'été durant pour remettre à flot le pays dès la rentrée de septembre.
Le départ abrupt du général de Gaulle et la mort inopinée du président Pompidou ont entraîné à chaque fois un intérim de sept semaines confié au président du Sénat. Dans le cas présent, avec l'accord du Conseil Constitutionnel, il devrait être possible de surseoir à l'intérim, le président restant en fonction jusqu'à l'arrivée de son successeur.
Emmanuel Macron pourrait alors user de ses prérogatives constitutionnelles pour décréter un état d’urgence. Ainsi les fêtes de fin d’année, les réunions de campagne et l’élection se dérouleraient-elles dans le calme et sans violences de rue. Les électeurs bénéficieraient des meilleures conditions possibles pour faire leur choix dans la sérénité. Ce serait tout à l'honneur du président sortant.
Souhaitons que l’entourage d’Emmanuel Macron convainque celui-ci de surmonter son ego et de se retirer au plus tôt pour le plus grand bien de la France et des Français.













Vos réactions à cet article
Voir les 15 commentaires sur cet article
Christian (27-10-2026 12:31:21)
Une autre solution pour (essayer de) sortir du marasme serait une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale. Dans le contexte actuel, il y a de fortes chances (ou malchances) pour que des électi... Lire la suite
Giffard (27-10-2026 09:59:03)
Y'en a marre de vous voir renvoyer dos à dos violences d'extrême gauche et violences d'extrême droite car la plupart des violences urbaines viennent de jeunes paumés totalement apolitiques quand e... Lire la suite
alain29 (26-10-2026 22:41:54)
Un peu surpris de cet engagement. Sur le fond vous avez raison. Dans les faits une présidentielle anticipée, sauf à provoquer non seulement une candidature nouvelle, mais une candidature qui renver... Lire la suite