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5 septembre 2014-11 février 2015

Accords de Minsk sur l'Ukraine

Les représentants des pays occidentaux ainsi que de l'Ukraine et de la Russie se retrouvent à Minsk (Biélorussie) le mercredi 11 février 2015 pour régler la crise ouverte un an plus tôt en Ukraine par la révolution Euromaidan. Celle-ci s'était soldée par une tentative de sécession dans les régions majoritairement russophones du Donbass et de la Crimée et la Russie de Vladimir Poutine s'était saisie de l'occasion pour intervenir militairement dans ces régions.

Les accords de Minsk prétendirent régler le différent. Ce n'était pour les uns et les autres qu'un trompe-l'oeil destiné à gagner du temps...

André Larané

De gauche à droite : les dirigeants de la Biélorussie, de la Russie, de l'Allemagne, de la France et de l'Ukraine les 11 et 12 février 2015 à Minsk. Agrandissement : Les négociateurs de la sixième réunion Format Normandie, à Paris le 9 décembre 2019 : Zelensky, Merkel, Macron, Poutine.

Échec d'un premier cessez-le-feu

Un premier accord de cessez-le-feu, dit Minsk 1, avait été conclu à Minsk le 5 septembre 2014 entre les belligérants, à savoir les représentants de la Russie et de l'Ukraine ainsi que des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, sous l'égide de l'l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Mais il n'avait pas résisté à la reprise des escarmouches dans le Donbass.

Là-dessus, le samedi 7 février 2015, se tint à Munich la conférence annuelle sur la sécurité (note) dans une atmosphère tendue. La chancelière Angela Merkel tissa un rapprochement entre l'annexion de la Crimée par la Russie et l'érection du Mur de Berlin. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov fit lui-même référence au passé en rappelant le comportement antisémite des Ukrainiens occidentaux et les mauvais traitements qu'ils infligent à leur minorité hongroise... L'allusion était habile car, au sein de l'Union européenne, la Hongrie fait partie avec la Grèce du clan pro-russe qui s'oppose aux va-t-en-guerre polonais, lituaniens et suédois, tout cela au nom d'une Histoire pluriséculaire. Le ministre russe rappela aussi le droit à l'auto-détermination de la Crimée, qui vaut au moins celui du Kossovo !

Le Secrétaire d'État américain John Kerry, présent à la conférence, se dit prêt à livrer des armes à l'Ukraine. Les États-Unis étaient-ils menacés par la Russie post-soviétique ? Ou avaient-ils reçu un mandat du Ciel pour imposer l'ordre sur la planète ? Si c'était le cas, la pagaïe qu'ils ont produite au Moyen-Orient pouvait laisser craindre le pire...

Le président russe Poutine, de son côté, leva un tabou en faisant savoir qu'il n'excluait plus l'usage tactique de l'arme nucléaire en cas d'atteinte grave aux intérêts russes. Une menace propre à faire réfléchir les Occidentaux (jusqu'ici, les deux « Grands » s'en tenaient à la dissuasion, chacun s'engageant à ne jamais employer l'arme nucléaire le premier).

Minsk 2, espoir vite trahi

À Minsk, quatre jours plus tard, s'ouvrent de nouvelles négociations sous le « format Normandie », en référence à une première tentative de conciliation, le 6 juin 2014, au château de Bénouville, près de Caen (Calvados), à l’occasion des commémorations du Débarquement en Normandie. S’étaient alors retrouvées le président François Hollande, la chancelière Angela Merkel ainsi que les présidents Vladimir Poutine et Petro Porochenko.

Les négociateurs s'étaient donc retrouvés à Minsk et accordés sur un statut d'autonomie pour le Donbass russophone, avant le retrait des troupes séparatistes et pro-russes, ainsi que sur un référendum d'autodétermination en Crimée à l'horizon de quinze ans.

Ces accords avaient paru satisfaire tout le monde. Mais tout le monde mentait !

Dans les faits, la cessation des hostilités allait être mise à profit par les Occidentaux et l'OTAN pour armer l'Ukraine et la mettre en état de récupérer les provinces perdues en affrontant la Russie. Cette duplicité occidentale fut confirmée par d'étonnantes confidences d'Angela Merkel au journal Die Zeit le 7 décembre 2023. Retirée des affaires, l'ex-chancelière déclara à cette occasion : « L'accord de Minsk était une tentative de donner du temps à l'Ukraine. Elle a également utilisé ce temps pour devenir plus forte, comme vous pouvez le voir aujourd'hui. L'Ukraine de 2014/15 n'est pas l'Ukraine d'aujourd'hui. Comme vous l'avez vu lors de la bataille de Debaltseve [ville ferroviaire du Donbass] début 2015, Poutine aurait facilement pu les envahir à l'époque. Et je doute fort que les pays de l'OTAN auraient pu faire autant qu'ils font maintenant pour aider l'Ukraine. Il était clair pour nous tous que le conflit était gelé, que le problème n'avait pas été résolu, mais cela a procuré à l'Ukraine un temps précieux. »

Quant aux Russes, ils n'étaient pas plus sincères que les Occidentaux en signant les accords de Minsk. Comme les Ukrainiens, ils voulaient simplement gagner du temps : « L’une des raisons pour lesquelles en 2014 ils n’ont pas été plus loin que la prise de la Crimée et ont accepté un cessez-le-feu est qu’ils n’étaient pas prêts à être déconnectés de Swift, ce qui, alors, aurait été vraiment catastrophique. Les accords de Minsk ont été signés parce que tout le monde voulait gagner du temps. Les Ukrainiens afin de se préparer à la guerre sur le terrain ; les Russes, en vue d’être prêts à affronter un régime de sanctions maximal, » écrit l'historien Emmanuel Todd (La Défaite de l'Occident, 2024).

Les réunions « format Normandie » allaient néanmois se poursuivre jusqu'à l'avant-veille de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, la huitième et dernière s'étant tenue le 10 février 2022 à Berlin.

Publié ou mis à jour le : 2026-09-23 17:31:30
Beligou (10-02-2025 16:58:17)

Je suis toujours surpris, lorsque j'évoque cette question, de voir que pas un de mes interlocuteurs n'a lu les accords de Minsk. Il faut dire que nos médias n'ont pas beaucoup développé ce thème.... Lire la suite

Nanasse47 (09-02-2025 18:57:17)

Dans cette affaire on a vu la duplicité des occidentaux qui ont signé un traité en sachant pertinemment qu'il ne serait pas honoré: Ni Merkel ni Hollande ne sont intervenus pour le faire respecter... Lire la suite

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