2 octobre 1935

L'Italie attaque l'Éthiopie

Le 2 octobre 1935, Mussolini annonce son intention d'envahir l'Éthiopie sous un fallacieux prétexte.

Ce pays africain, aussi appelé Abyssinie, est gouverné par un empereur ou négus du nom de Haïlé Sélassié Ier. Chrétien de rite copte comme la majorité de ses sujets, il se flatte de descendre de la reine de Saba et du roi d'Israël Salomon.

L'Éthiopie est le seul pays d'Afrique qui ait jusque-là échappé à toute forme de colonisation européenne. Elle fait même partie depuis 1923 de la Société des Nations. L'organisation supranationale, en condamnant l'agression, va pousser le dictateur italien à se rapprocher de Hitler.

André Larané
Bataille d'Amba Aradam (Éthiopie), du 10 au 19 février 1936, avec utilisation du gaz moutarde par les Italiens contre les Éthiopiens commandés par Moulougéta Yeggazou

Prétexte

L'affaire débute par une joute diplomatique. Mussolini affirme à l'adresse de la SDN que des inspecteurs italiens ont été agressés quelques mois plus tôt, le 23 novembre 1934, aux confins de la colonie italienne de Somalia et de l'Éthiopie.

Le négus Haïlé Sélassié Ier réplique en dénonçant pour sa part une incursion de militaires italiens à Walwal, à une centaine de kilomètres à l'intérieur de ses frontières. Il saisit la Société des Nations.

La SDN, qui a pour vocation de maintenir la paix entre ses membres, se trouve mise à l'épreuve pour la première fois de son existence. Elle nomme une commission d'arbitrage. Celle-ci renvoie les deux plaignants dos à dos le 3 septembre 1935. Mais le Duce italien n'a cure de son avis ! Il est de toute façon décidé à envahir l'Éthiopie.

Il veut offrir à son pays un empire colonial digne de son rang et n'a pas d'autre solution pour cela que d'attaquer le seul État africain qui ait échappé à la colonisation européenne. Il veut par la même occasion venger une humiliante défaite des armées italiennes face aux Éthiopiens du négus Ménélik, à Adoua, le 1er mars 1896.

La guerre !

C'est ainsi que le 2 octobre 1935, le Duce adresse un discours belliqueux aux Italiens et leur annonce sa décision d'envahir l'Éthiopie. Dès le lendemain, sur son ordre, dix divisions appuyées par les chars et l'aviation - au total 400 000 hommes - se ruent sur ce pays misérable et le prennent en tenaille à partir des colonies italiennes de Somalia et d'Érythrée.

Malgré des bombardements brutaux et l'usage de l'ypérite et du phosphore, notamment lors de la bataille d'Amda Aradam (10-19 février 1936), malgré les massacres de populations civiles, malgré également la trahison de certains seigneurs du Sud hostiles à l'empereur, il faudra plusieurs mois aux troupes fascistes pour venir à bout de la résistance éthiopienne.

Les Italiens s'emparent successivement d'Axoum, Adoua et Maklli.

Le 15 avril 1936, Dessié, quartier général du négus, tombe entre leurs mains. Le 2 mai 1936, le maréchal Badoglio, chef des armées d'Afrique, pénètre enfin à Addis-Abéba, la capitale. Le 5 mai, Rome annexe officiellement le pays africain cependant que, la veille, le négus a gagné Genève, siège de la SDN, via Djibouti et Jérusalem.

L'invasion de l'Éthiopie par les armées italiennes

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Cette carte montre les différentes offensives italiennes destinées à prendre en tenaille l'Abyssinie avec un objectif : la capitale Addis-Abéba...

Le 9 mai, le roi Victor-Emmanuel III est proclamé empereur d'Éthiopie et, le 1er juin, Mussolini peut annoncer à Rome la naissance de l'« Africa Orientale Italiana ».

L'occupation italienne n'ira pas sans mal et dès février 1937, le vice-roi Graziani fera l'objet d'une tentative d'assassinat qui se soldera par une vague de terreur et plusieurs milliers d'exécutions.

Fatal enchaînement

L'agression de l'Éthiopie porte un rude coup à la paix dans le monde et rompt l'équilibre précaire né du traité de Versailles. Conséquente avec elle-même, la SDN condamne l'Italie dès le début de l'agression et, le 5 octobre 1935, demande à la France et à l'Angleterre d'appliquer à son encontre des sanctions économiques.

Les gouvernements français et anglais (qui possèdent eux-mêmes d'immenses empires coloniaux !) s'exécutent avec réticence. Ils répugnent à se brouiller avec le Duce à un moment très critique pour l'Europe.

En France, les partis de gauche comme de droite se refusent à sanctionner une violation du droit international pour complaire à « un amalgame de tribus incultes » (sic).

Haïlé Sélassié 1er à la tribune de la SDN le 30 juin 1936Une pléiade d'intellectuels et d'académiciens (Thierry Maulnier, Pierre Gaxotte, Marcel Aymé...) dénoncent la « fureur d'égaliser » et des sanctions qui « n'hésiteraient pas à déchaîner une guerre universelle, à coaliser toutes les anarchies, tous les désordres, contre une nation [l'Italie] où se sont affirmées, relevées, organisées, fortifiées depuis quinze ans quelques-unes des vertus essentielles de haute humanité ».

En Italie, la condamnation de la SDN a l'effet paradoxal de souder la population autour du Duce. Le vieux pape Pie XI (78 ans) commet lui-même l'erreur de visiter une exposition consacrée à la conquête et de saluer l'expansion italienne (aux dépens de l'Éthiopie chrétienne !). Son Secrétaire d'État, Eugenio Pacelli, futur Pie XII, tente de minimiser la portée de sa déclaration (note).

Peu après l'occupation de l'Éthiopie, le négus Haïlé Sélassié vient plaider la cause de son pays à Genève, devant les délégués de la SDN. Le 30 juin 1936, le petit homme frêle tout de blanc vêtu fait une grande impression sur les délégués et sur l'opinion publique mais n'entraîne aucune décision en sa faveur. Au contraire, inquiète pour la paix en Europe, la SDN lève les sanctions contre l'Italie le 4 juillet 1936. Trop tard. Mussolini est déjà en voie de se rapprocher de Hitler et il va dans les semaines suivantes s'engager avec lui dans la guerre d'Espagne...

Publié ou mis à jour le : 2020-08-24 17:38:03

 
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