23 septembre 1122

Concordat à Worms entre le pape et l'empereur

Le 23 septembre 1122, la signature à Worms d'un concordat entre le pape et l'empereur allemand met fin à la « Querelle des Investiture » et amorce en Occident une séparation entre affaires religieuses et affaires laïques.

André Larané

Batailles de chiffonniers

Un demi-siècle plus tôt, en 1075, le pape réformateur Grégoire VII a publié 27 propositions sous l'intitulé Dictatus papae par lesquelles il tente d'enlever aux souverains le droit de nommer des laïcs de leur choix à des fonctions d'évêque ou d'abbé.

Henri V et son père Henri IV, Chronique d'Ekkehard d'Aura, XIIe siècle.Ces propositions occasionnent un violent conflit entre le pape et l'empereur allemand, titulaire du Saint Empire (grosso modo l'Allemagne et l'Italie actuelles). Il se termine sur le pardon de Canossa et une apparente victoire du pape. Mais l'empereur se rebiffe, se voit à nouveau excommunié, chasse Grégoire VII et installe un antipape à sa place.

Grégoire VII meurt en exil à Salerne en 1085 mais l'empereur lui-même doit ensuite faire face à la révolte successive de ses deux fils. Déposé, il meurt à son tour dans le dénuement à Liège le 7 août 1106.

Son fils cadet (25 ans) lui succède sous le nom d'Henri V. Revendiquant comme son père le droit de désigner les évêques et les abbés dans ses domaines héréditaires, il entre à son tour en conflit avec le pape Pascal II. En 1111, il entre à Rome, s'empare du pape et l'oblige à le couronner empereur.

Le pape riposte en convoquant un concile au Latran qui prononce l'excommunication de l'empereur et délie ses vassaux de leur serment d'obéissance.

Henri V, comme son père quarante ans plus tôt, se voit abandonné par ses barons qui lui infligent une défaite à Welfesholz en 1115. Absorbé par les affaires italiennes, l'empereur n'en a cure. Il descend dans la péninsule en vue de s'emparer des domaines légués au Saint-Siège par son ancienne vassale, la comtesse Mathilde de Toscane. Il entre à Rome en 1116 et en chasse Pascal II qui meurt sur ces entrefaites. Pour se débarrasser de son successeur Gélase II, il lui oppose un nouvel antipape.

Mais la situation de l'empereur se dégradant en Allemagne, il consent enfin une négociation avec le nouveau pape Calixte II. L'un et l'autre conviennent de réunir un synode à Worms, là même où la « Querelle des Investitures » a débuté un demi-siècle plus tôt.

À la recherche d'un compromis

À Worms, en Rhénanie, le pape Calixte II et l'empereur Henri V conviennent enfin que les évêques du Saint Empire ne seront plus désignés par l'empereur mais recevront une double investiture, spirituelle et laïque.

Lettre initiale en majuscule C avec le pape Callistus II en acte d'écriture, miniature du code Calixtinus, XIIe siècle.- Henri V prend l'engagement solennel « d'abandonner à Dieu, aux Saints Apôtres Pierre et Paul, et à la Sainte Église catholique, toute investiture par la crosse et l'anneau » : l'investiture par le Saint-Siège, « par la crosse et l'anneau », confère désormais aux évêques et aux abbés une autorité spirituelle incontestable auprès des fidèles.

- En contrepartie, Calixte II autorise la présence du roi ou de son représentant à l'assemblée pastorale et l'évêque, une fois élu, irait lui demander de lui accorder les biens et les droits formant le temporel de l'évêché.

Cette investiture laïque par l'empereur, de type féodal, garantit la possession d'un fief qui, sous la forme d'une terre ou d'une rente, assurera au bénéficiaire des revenus importants et l'autonomie matérielle indispensable, au Moyen Âge, à l'exercice de l'autorité.

Le concordat de Worms fait suite à des accords similaires conclus quelques années auparavant entre le pape et les rois d'Angleterre et de France. Ainsi en 1105 le compromis de Laigle (Normandie) entre le roi d'Angleterre Henri 1er Beauclerc et l'archevêque de Cantorbéry Anselme.

Épuisé par le conflit, l'empereur meurt peu après, le 23 mai 1125, à 45 ans. Il est inhumé dans la cathédrale de Spire comme son père. Avec lui s'éteint la dynastie franconienne ou salique.

Le Saint Empire germanique retombe dans l'anarchie féodale, deux familles se disputant le titre impérial : les Staufen, surnommés Waibling, du nom de leur château, dont on a fait Gibelins, et les Welf ou Guelfes

À la mort d'Henri V, la Diète, sous l'influence de l'archevêque de Mayence, écarte son neveu Frédéric de Staufen, duc de Souabe, au profit du duc de Saxe, Lothaire de Supplinburg. Celui-ci, déjà âgé de cinquante ans et dépourvu de fils, désigne comme successeur son gendre Henri de Bavière, dit Henri le Superbe. Il le dote richement en lui cédant l'héritage italien de la comtesse Mathilde de Toscane.

Les barons s'inquiètent de son indépendance et, en 1138, élisent à sa place un rival, Conrad III de Staufen, qui ne va avoir de cesse de défendre ses prérogatives. Avant de mourir, en 1152, il désigne pour lui succéder son neveu le duc Frédéric de Souabe, futur Barberousse. 

Épilogue

Cette affaire moyenâgeuse paraît très éloignée de nos préoccupations. Elle n'en revêt pas moins une grande importance car il en découle ce que l'on appelle aujourd'hui la laïcité, autrement dit un système social dans lequel les affaires religieuses sont distinctes des affaires politiques. Au clergé catholique revient le pouvoir spirituel ou religieux, aux souverains et seigneurs le pouvoir laïc ou séculier. Cette distinction ne va pas de soi comme le savent bien les chrétiens orthodoxes et les musulmans.

Publié ou mis à jour le : 2019-09-17 11:44:10

 
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