20 août 636

Les Arabes à la conquête de l'Orient

Le 20 août 636, les cavaliers arabes triomphent d'une nombreuse armée byzantine sur les rives du Yarmouk, un affluent du Jourdain, à une centaine de kilomètres au sud de Damas... C'est le début d'une expansion sans guère de précédent dans l'Histoire par sa rapidité.

Alban Dignat
Divorce en Méditerranée

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Après la bataille du Yarmouk, les Arabes vont connnaître une longue suite de victoires. Elles vont leur livrer tout le bassin méridional et oriental de la Méditerranée. C'est la fin de l'unité du bassin méditerranéen organisée autour de la culture gréco-romaine et de la foi chrétienne.

Une nouvelle époque historique commence où le bassin méditerranéen est organisé autour de trois grandes aires de civilisations : l'aire gréco-byzantine, chrétienne orthodoxe autour de la mer Égée et des Balkans, la chrétienté catholique romaine, à la pointe occidentale de l'Europe, enfin le monde musulman, de l'Andalousie au Moyen-Orient.

Premières incursions hors d'Arabie

Dès la mort du prophète Mahomet, en 632, quelques troupes de bédouins pillards entament des incursions hors de la péninsule arabe, en direction des empires perse et byzantin. Elles se heurtent à une résistance assez molle des garnisons locales et bénéficient de l'instabilité politique de l'empire perse. C'est qu'après la mort du roi Chosroès II en 628, pas moins de huit souverains se sont succédé en effet en l'espace de trois ans à la tête de la Perse.

La conquête arabe prend tournure lorsqu'une troupe de cavaliers sous le commandement de Khalid ibn al-Walid pénètre en territoire perse et s'empare en 633 de la ville de Hira (Irak actuel). Puis la victoire de Kharizma lui ouvre les portes de la Mésopotamie.

Khalid envoie une énorme quantité de butin à Médine, inspirant au calife Abou Bekr une exclamation célèbre à défaut d'être attestée : « La matrice est sûrement épuisée. Une femme ne portera plus un Khalid » [en d'autres termes : je n'imagine pas qu'un autre homme puisse renouveler pareil exploit].

Pour la première fois, les musulmans, jusque-là astreints à une relative austérité, entrevoient le profit à gagner des conquêtes lointaines. Mais le vieil Abou Bekr, premier calife (« remplaçant du prophète »), meurt en 634, trop tôt pour en cueillir les fruits. Avant de mourir, celui-ci a désigné Omar ibn al-Khattab pour lui succéder.

Issu d'une famille obscure de La Mecque, Omar s'est rallié tardivement à Mahomet après l'avoir violemment combattu, mais à la mort du prophète, en 632, son intervention a permis de maintenir l'unité des musulmans autour d'Abou Bekr. 

Énergique quadragénaire, Omar s'octroie le titre de « Commandeur des Croyants » (Amir al Mou'mimin), établit les règles de la théocratie musulmane et fait débuter le décompte des années à l'Hégire.

Victoire inattendue sur les Byzantins

Omar décide de poursuivre la conquête et à l'automne 634, les troupes de Khalid franchissent l'Euphrate... 

Mais le calife est alors  prévenu qu'en Syrie, au sud de Damas, une partie de ses troupes est menacée par une armée byzantine. Il en avertit Khalid. L'illustre chef de guerre quitte les rives de l'Euphrate et se porte au secours de ses coreligionnaires de Syrie. Après cinq jours de marche, il rassemble l'ensemble des combattants musulmans et décide de faire face à l'ennemi.

Cavaliers arabes (manuscrit arabe de la BNF)L'affrontement décisif a lieu sur le fleuve Yarmouk avec une armée byzantine supérieure en nombre mais peu motivée...

L'armée rassemblée par l'empereur Héraclius et confiée au commandement du général Théodore est surtout composée d'Arméniens et... d'Arabes.

Elle est pénalisée par les dissensions théologiques au sein de l'empire romain d'Orient entre le patriarcat de Constantinople et les chrétiens monophysites du Proche-Orient.

Les chrétiens orientaux ont déjà pris le parti des Perses contre les Byzantins. Cette fois encore, ils se montrent peu soucieux de refouler l'envahisseur et se gardent de prêter leur concours à l'armée de Théodore. Celle-ci est donc battue sans que cela affecte d'ailleurs beaucoup les dirigeants de Constantinople, qui s'inquiètent bien davantage du péril perse ou encore avar.

Fort de cette victoire inespérée, Khalid occupe Damas, capitale de la Syrie, l'année suivante, en 636. Seules une quinzaine d'églises sont laissées aux chrétiens.

Le conquérant (en arabe, fatih : celui qui ouvre une contrée à l'islam) occupe par ailleurs Antioche, métropole prestigieuse de l'Orient hellénistique. C'est ainsi que la riche Syrie tombe sous la domination arabe.

Comme Omar craint la popularité de Khalid, il lui enlève son commandement et le transmet à Abou Obayda. C'est à ce dernier que revient la gloire de conquérir Jérusalem en 638. Les chrétiens sont tolérés dans la ville sainte moyennant tribut cependant que les juifs en sont chassés.

Le calife va sans tarder prier sur l'esplanade du Temple, à l'endroit d'où le prophète Mahomet se serait envolé au ciel, et ordonne la construction d'une mosquée, le « Dôme du Rocher », sur l'esplanade du Temple juif.

Il envisage dans la foulée de faire marcher ses troupes sur Constantinople. Mais l'un de ses généraux, Amr ibn al-As, emporte avec 4000 hommes seulement l'une des principales forteresses égyptiennes, El Arish.

Cap sur l'Égypte

Omar reporte alors ses ambitions vers l'Égypte. Le grenier à blé de la Méditerranée est gouverné pour le compte de l'empereur byzantin par le patriarche d'Alexandrie, Cyrus. Suite à la mort de l'empereur Héraclius, le 10 février 641, à Constantinople, Cyrus doit faire face à l'envahisseur sans pouvoir attendre de secours des Byzantins.

Après un siège de plusieurs mois, le patriarche négocie la reddition de sa ville et un tribut en échange du droit pour les chrétiens égyptiens de continuer à pratiquer leur religion et de gérer les affaires de leur communauté. Les Arabes entrent enfin à Alexandrie le 17 septembre 642.

Peu après, sur le cours du Nil, Amr fonde la forteresse de Fostat (ou El Fustat). Autour d'elle se développera la nouvelle capitale du pays, Le Caire (Al Kahira, la Victorieuse en arabe).

Cap sur la Perse

Dans le même temps, en Mésopotamie, à l'été 637, la bataille de Qadisiyya est fatale aux Perses, de religion mazdéenne. Les Arabes fondent deux bases fortifiées dans la région, Bassorah, sur le Chatt al-Arab (le delta du Tigre et de l'Euphrate), et Koufa, au sud de l'ancienne Babylone. Puis ils s'emparent de la prestigieuse capitale perse Ctésiphon.

Les Arabes écrasent ce qui reste des armées de la Perse sassanide, à Néhavend, en 642, l'année même de la prise d'Alexandrie en Égypte. Les Arabes dominent dès lors la Syrie, l'Égypte et la Mésopotamie, rebaptisée Irak, et la plus grande partie de la Perse ( note), soit les régions les plus riches de l'Orient antique. 

Dans les années qui suivent, Omar et ses successeurs se consacrent à l'organisation de leurs conquêtes. Ils se gardent de convertir de force leurs nouveaux sujets. Ils préfèrent les maintenir dans le statut de « protégés » (dhimmi en arabe) car celui-ci se caractérise par un impôt spécifique très rémunérateur.

La poussée islamique reprendra à la fin du VIIIe siècle, sous la dynastie omeyyade de Damas. En quelques chevauchées supplémentaires, les cavaliers arabes atteindront les plages marocaines de l'océan atlantique et les limites du monde chinois.

Répression des oppositions de notables persans par les Arabes (miniature persane de la BNF)

Bibliographie

On peut consulter sur le sujet le livre de Robert Mantran : L'expansion musulmane (VIIe-XIe siècles) (Nouvelle Clio, PUF, 1969), complet mais d'une lecture ardue.

Publié ou mis à jour le : 2019-07-23 15:08:46

 
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