19 août 1488

La «Guerre folle» et le traité du Verger

Le 19 août 1488, le duc François II de Bretagne, contraint et forcé, signe avec le jeune roi de France Charles VIII le traité du Verger. Par ce traité, le roi, ou plutôt sa soeur Anne de Beaujeu, met fin à la « Guerre folle » et prend un sérieux gage sur la Bretagne, jusque-là indépendante.

La guerre est le fait d'une poignée de grands seigneurs en mal de reconnaissance. Ils croient pouvoir en imposer à Anne de Beaujeu et, pour cela, s'allient à François II de Bretagne, qui craint pour l'indépendance de son duché, ainsi qu'à Louis II d'Orléans (futur Louis XII).

Ysaline Homant

Anne de Beaujeu, femme de tête

Le roi de France Louis XI avait, avant sa mort, survenue le 30 août 1483 à Plessis-lès-Tours, désigné sa fille Anne de Beaujeu (22 ans), aussi appelée Anne de Valois ou « Madame la Grande », pour assurer la régence pendant la minorité de son fils et successeur, Charles VIII (13 ans à son avènement).

Le roi disait d'Anne : « C'est la moins folle femme du monde, car, de sage, il n'y en a point ».

Anne et son mari Pierre de Beaujeu vont devoir sacrifier l'ancien conseiller de Louis XI, son valet de chambre et barbier Olivier Le Daim, coupable de s'être trop vite enrichi. Il sera pendu au gibet de Montfaucon comme avant lui Enguerrand de Marigny et quelques autres conseillers occultes.

Anne et Pierre de Beaujeu vont aussi et surtout démontrer leur habileté en remettant à leur place les grands seigneurs qui, comme à chaque minorité, tentent d'arracher quelques avantages à la monarchie.

Louis d'Orléans, gendre rancunier du roi

Louis d'Orléans a de solides raisons d'en vouloir à la dynastie des Valois. Lui-même est le fils de Charles d'Orléans, poète à ses heures, qui supporta vingt-cinq longues années de captivité à Londres après la bataille d'Azincourt. Il est né en 1462, alors que son père était dans sa 68e année. Louis XI l'oblige à épouser sa fille contrefaite, Jeanne la Boîteuse, dans l'espoir que le mariage sera stérile et que s'éteindrait la lignée des Orléans qu'il déteste !

Dès janvier 1485, le duc d'Orléans tente sans succès de soulever les Parisiens et de renverser la régente mais Anne de Beaujeu a vite fait de le ramener à la raison. En 1486, la querelle rebondit de façon plus brutale tandis que l'empereur Maximilien 1er de Habsbourg fait une incursion dans le nord du royaume. Louis d'Orléans se réfugie à Nantes, chez son allié le duc de Bretagne.

Le duc de Bretagne François II miniature du Livre des tournois de René d'Anjou)

François II en quête d'indépendance

Le duc François II, alors âgé de 50 ans, a succédé en 1458 à son oncle Arthur III à la tête de la Bretagne. Couronné à Rennes, il se veut l'égal des rois et ne manque pas de se proclamer « Duc par la grâce de Dieu ». Il prête au roi de France un hommage simple, debout et armé devant lui et, pour éviter à ses clercs d'aller étudier à Paris, obtient en 1460 du pape Pie II une bulle pour la création d'une Université à Nantes. Dans cette même ville, en 1466, il fait détruire le vieux château de la Tour neuve et érige un puissant château aux allures de palais qui va devenir sa résidence principale.

Frivole, le jeune duc noue une relation avec Antoinette de Maignelais, laquelle a aussi fréquenté la couche de feu Charles VII, père de Louis XI, après la mort d'Agnès Sorel ! En 1469, à 34 ans, veuf de sa cousine Marguerite de Bretagne dont il n'a eu qu'un fils tôt disparu, il se remarie avec Marguerite de Foix qui lui donne deux filles, Anne et Isabeau.

En 1465, le ciel se gâte. Louis XI manifeste l'ambition de rattacher définitivement à son royaume la Bretagne de François II et la Bourgogne de Charles le Téméraire. Les deux ducs se rebellent et prennent part à une coalition nobiliaire contre le roi, la « Ligue du Bien public ». C'est un échec. Après la mort du Téméraire puis de Louis XI en 1483, le duc de Bretagne croit enfin tenir sa revanche. C'est méconnaître la détermination et la force de caractère d'Anne de Beaujeu.

Celle-ci soudoie des proches de l'entourage du duc et organise l'arrestation de son fidèle trésorier général des finances Pierre Landais par des seigneurs bretons. Le ministre est promptement exécuté.

La bataille de Saint-Aubin du Cormier, 28 juillet 1488 (gravure de Paul Lehugeur, XIXe siècle)

La « Guerre folle »

C'est dans ces conditions que la coalition franco-bretonne se lance dans ce qui restera pour la postérité une « Guerre folle » (ce nom remonte au siècle suivant).  Aux duc d'Orléans et de Bretagne s'associent le comte de Foix mais aussi l'archiduc d'Autriche Frédéric III et le roi d'Angleterre Richard III. 

À l'été 1487, Charles VIII, à la tête de ses troupes, entame une campagne triomphante en Bretagne mais échoue à s'emparer de Nantes, capitale du duché. 

Le roi place le jeune Louis II de La Trémoille (28 ans) à la tête de son armée avec le titre de lieutenant général. Les troupes royales remportent enfin une victoire décisive sur les insurgés à Saint-Aubin-du-Cormier, non loin de la ville de Fougères, le 28 juillet 1488.

Le duc François II, vaincu, doit signer le 19 août 1488 l'humiliant traité du Verger, par lequel il promet que sa fille et héritière Anne ne se marierait pas sans le consentement du roi de France.

Mort trois semaines après la signature du traité, il ne verra pas le mariage de sa fille avec le roi Charles VIII, encore moins son remariage avec son successeur, Louis XII, qui n'est autre que le duc d'Orléans défait à Saint-Aubin-du-Cormier.

 

Publié ou mis à jour le : 2019-07-23 12:58:33

 
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