16 mars 1831

Publication de Notre-Dame de Paris

Le roman Notre-Dame de Paris sort en librairie le 16 mars 1831. Son auteur, bien qu'âgé de moins de trente ans, n'est pas un inconnu dans les milieux littéraires. Il s'est affirmé l'année précédente comme le chef de l'école romantique avec sa pièce Hernani.

Avec Notre-Dame de Paris, Victor Hugo inaugure un genre romanesque plein « de caprice, d'énormité et de fantaisie ». En dépit d'une critique tiède qui juge l'ouvrage immoral, il devient immédiatement célèbre auprès du lectorat populaire. Pour l'auteur, le triomphe est toutefois gâché par l'adultère de sa femme Adèle avec son ami Sainte-Beuve.

Fabienne Manière

Une cathédrale héroïne de roman

Le parvis de Notre-Dame en 1833Le roman, dont l'action se situe à la fin du Moyen Âge, sous le règne de Louis XI, a été inspiré à Victor Hugo par sa passion pour l'art médiéval. Il a bénéficié de la vogue des romans « gothiques », un genre littéraire apparu en Grande-Bretagne et porté par le succès planétaire des romans de l'Écossais Walter Scott (1771-1832), auteur d'Ivanhoé (1819) et Quentin Durward (1823). L'action de ce dernier se situe aussi sous le règne de Louis XI, en 1468, à l'époque de l'entrevue de Péronne. Le jeune Hugo rêve de rééditer le succès de son aîné et l'éditeur Gosselin l'y encourage en lui passant commande du roman dès 1828.

Notre-Dame de Paris met en scène en premier lieu la séduisante bohémienne Esmeralda, dont on découvre à la fin du roman qu'elle a été en fait enlevée à sa naissance à sa mère, une bonne catholique, et élevée par les bohémiens en lieu et place d'un enfant difforme qui se révélera être le bossu Quasimodo.

Cet épilogue ressasse le fantasme des bohémiens voleurs d'enfants, apparu à la fin du XVIIIe siècle, à un moment où le rétrécissement des familles rend d'autant plus précieuse la vie des rejetons...

Esmeralda (lithographie de Nicolas Maurin)Les autres personnages du roman ne sont pas moins pittoresques, qu'il s'agisse de l'infâme archidiacre Claude Frollo ou du délicat poète Grégoire, mais son véritable héros est la cathédrale de Paris. Celle-ci est assaillie par la foule, désireuse de récupérer Esmeralda et de la mettre à l'abri de don Frollo. Abusé par l'archidiacre, le sonneur de cloches Quasimodo défend avec fougue Esmeralda, dont il est secrètement amoureux. Il veut aussi protéger la cathédrale, qu'il n'aime pas moins, en usant de sa parfaite connaissance des lieux.

Habile et déterminé, il va jusqu'à lâcher du plomb fondu du haut de la façade sur la foule des assaillants ; c'est un spectacle volcanique : « Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure ».

Esmeralda n'en finira pas moins sur l'échafaud et Quasimodo en mourra de dépit, non sans avoir puni l'archidiacre.

Charles de Steuben, La Esmeralda, 1839, musée d'Arts de Nantes

La réhabilitation du Moyen Âge

Quasimodo entraîne Esmeralda dans la cathédrale Le roman suscite un engouement inédit pour le Moyen Âge, que l'on tenait auparavant pour arriéré. Au siècle des Lumières, le clergé, qui se voulait moderne, avait rasé quantité de chefs-d'oeuvre médiévaux. Il avait aussi détruit les vitraux de maintes églises gothiques (« à peine digne des Goths ! »), par exemple à Saint-Germain l'Auxerrois, en face du Louvre.

Pendant la Révolution, beaucoup d'édifices religieux n'avaient survécu que grâce au fait d'avoir été transformés en arsenal, en caserne ou en hospice. L'abbatiale de Cluny, plus grande église de la chrétienté, n'eut pas cette chance et fut vendue à un démolisseur. Décrépite et délaissée par les gouvernements de la Révolution, Notre-Dame de Paris a échappé toutefois à ce sort. 

Un changement de cap s'amorce sous le Consulat. En 1802, le bourdon de la cathédrale se remet à sonner après dix ans de silence. L'écrivain François-René de Chateaubriand, qui l'entend à son réveil en ouvrant les fenêtres, en est tout ému. Il décide d'écrire Le Génie du christianisme, un ouvrage à la gloire de la religion nationale... C'est une publication bienvenue pour le Premier Consul Napoléon Bonaparte qui s'apprête à signer  un Concordat avec le pape et rétablir l'Église catholique dans ses droits.

Chateaubriand ne s'en tient pas là. Il plaide pour la réhabilitation du passé national et en particulier du Moyen Âge, si longtemps déconsidéré. Il recommande aussi la restauration de Notre-Dame, alors en très mauvais état, faute d'entretien. Le roman de Victor Hugo va se révéler le plus efficace plaidoyer de cette cause.

Retour en vogue du patrimoine et sauvetage de la cathédrale

Dans le sillage de Chateaubriand, Victor Hugo et les romantique ont découvert à leur tour les beautés secrètes de l'art médiéval. Ils se sont pris de passion pour les cathédrales et, plus largement, pour l'ensemble du patrimoine ancien.

Précurseur dans ce domaine comme en bien d'autres, le jeune Victor Hugo a publié en 1825, à 23 ans, une Note sur la destruction des monuments en France dans laquelle il préconisait une « surveillance active des monuments » et suggérait la création d'une protection légale : « Il faut arrêter le marteau  qui mutile la face du pays. Une loi suffirait ; qu'on la fasse. Quels que soient les droits de la propriété, la destruction d'un édifice historique et monumental ne doit pas être permise à ces ignobles spéculateurs que leur intérêt aveugle sur leur honneur ».

Premier projet d'Eugène Viollet-le-Duc pour Notre-Dame de Paris (1847)Sous la pression de l'école romantique, François Guizot, influent ministre de l'Instruction publique du roi Louis-Philippe Ier, crée de fait en 1837 la Commission des monuments historiques, en vue de restaurer et sauver les témoins architecturaux du passé ; elle est toujours en activité. Le ministre crée aussi le poste d'Inspecteur général des Monuments Historiques et le confie à Ludovic Vittet puis à Prosper Mérimée.

En 1842, celui-ci organise un concours pour consolider la cathédrale Notre-Dame de Paris. Il est remporté par les architectes Jean-Baptiste Lassus et Eugène Viollet-le-Duc, déjà coutumiers des restaurations patrimoniales et fervents adeptes du style néo-gothique. Après le décès de Jean-Baptiste Lassus, en 1857, Eugène Viollet-le-duc assume seul la restauration de Notre-Dame, le chef-d'oeuvre de sa vie.

L'architecte envisage dans un premier temps de coiffer les deux tours de la façades avec des flèches, prévues à l'origine mais jamais réalisées. Il s'en tiendra à la flèche du transept. Il fait sculpter 71 statues d'après des dessins anciens, reconstitue la galerie des rois sur la façade et s'offre le luxe de créer sur les toits une galerie de chimères en pierre sorties tout droit de son imagination. 

Le parvis, devant la cathédrale, est aussi élargi à la dimension d'une grande place par le baron Haussmann, préfet de la Seine sous le Second Empire. Un nouvel Hôtel-Dieu en occupe le côté gauche.

La cathédrale enfin restaurée est solennellement consacrée en 1864 par l'archevêque Georges Darboy (il sera fusillé comme otage par les Communards en 1871), en présence de l'empereur Napoléon III. Victor Hugo, en exil, n'a pu assister à la cérémonie mais sans doute y était-il présent en esprit de même qu'Esméralda et Quasimodo, sans lesquels, qui sait ? Notre-Dame serait restée à l'état de ruine.

NB : Notre-Dame de Paris a inspiré beaucoup de films, y compris le Bossu de Notre-Dame, un dessin animé de la maison Walt Disney ;-)

Publié ou mis à jour le : 2019-07-10 16:47:03

 
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