14 février 842

Les serments de Strasbourg

Le serments de Strasbourg en version romane, tel que l'exprime Louis le Germanique à l'attention des soldats de son demi-frère Charles (Nithard, BNF)Le 14 février 842, à Strasbourg, Louis le Germanique et Charles le Chauve se prêtent serment d'assistance mutuelle dans la lutte qu'ils mènent contre leur frère aîné Lothaire.

Ce grand moment de l'Histoire occidentale, qui voit l'émergence des langues européennes, nous est rapporté par le chroniqueur Nithard, qui est sans doute aussi l'auteur desdits serments, prononcés en tudesque et en roman.

André Larané

L'héritage de Charlemagne

Tout commence avec Charlemagne, grand-père de Louis le Germanique, Charles le Chauve et Lothaire. Le grand empereur réunit l'Occident sous son autorité, de l'Ebre (en Espagne) à l'Elbe (en Allemagne). Mais il ne croit pas que la dignité impériale lui survivra et ne voit pas d'inconvénient à se soumettre à la coutume germanique du partage de l'héritage entre tous les fils.

Le 6 février 806, à Thionville, Charlemagne prépare la division de son empire entre ses trois fils, nommés « consorts du royaume et de l'Empire ». Mais la disparition prématurée de deux d'entre eux permet au survivant, Louis 1er le Pieux (ou le Débonnaire, traduction tardive et fautive du mot latin Pius, Pieux) de récupérer l'intégralité de l'héritage à la mort de Charlemagne, en 814.

Né en 778 (l'année de Roncevaux), Louis a été nommé par son père roi roi d'Aquitaine dès l'âge de 3 ans et a géré ses terres avant de recevoir la totalité de l'empire en héritage.

Ainsi, par le plus grand des hasards, l'empire rassemblé par Charlemagne en un demi-siècle de guerres échoit intact entre les mains de son unique héritier. Mais la coutume germanique va reprendre le dessus et entraîner sa dissolution rapide.

L'empire carolingien après Charlemagne

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Cette carte montre l'empire carolingien à la mort de Charlemagne et les grands ensembles territoriaux qui vont naître de son partage entre les trois petits-fils du grand empereur : France, Allemagne...

Le partage de l'empire

Louis le Pieux, qui a trois fils d'un premier mariage, Pépin, Louis et Lothaire, tente dans un premier temps de préserver l'essentiel de son héritage. Par un texte connu sous le nom d'Ordinatio imperii, il promet en 817 la dignité impériale et la plus grande partie de l'empire à son fils aîné Lothaire.

Mais l'empereur se remarie avec Judith de Bavière et a un nouveau fils, Charles, qu'il veut doter à tout prix. Ses autres fils n'apprécient pas la remise en cause de l'engagement de 817, se révoltent contre leur père. Mais ils ne tardent pas à se quereller entre eux.

Le 30 juin 833, ils convoquent leur père au sud de Colmar, en un lieu plus tard nommé le « Champ du Mensonge ». Ils le déposent avant de se quereller à nouveau et de le réinstaller sur le trône.

Sur l'insistance de sa femme Judith, l'empereur consent à rendre une part d'héritage à leur fils Charles. Et voilà que meurt Pépin en 838. Tout le partage est à refaire. Quand Louis le Pieux meurt le 20 juin 840, rien n'est réglé et les trois frères survivants se disputent de plus belle. 

Les deux cadets font cause commune contre leur frère aîné Lothaire, allié à son neveu Pépin II d'Aquitaine, fils de feu Pépin Ier. Leurs armées respectives se rencontrent à Fontenoy-en-Puisaye, en Bourgogne, le 25 juin 841.

Un serment bilingue

Forts de leur victoire commune sur Lothaire, Louis le Germanique et Charles le Chauve décident huit mois plus tard de confirmer leur alliance par les serments de Strasbourg

L'abbaye de Saint-Riquier à l'époque carolingienne (BNF)C'est à leur cousin germain Nithard qu'ils confient l'affaire. Nithard est l'un des nombreux petit-fils de Charlemagne.

Il est né en 800 du concubinage de sa deuxième fille Berthe avec Angibert. Ce familier de la cour d'Aix-la-Chapelle est devenu comte-abbé de Saint-Riquier, à l'embouchure de la Somme, près d'Abbeville, avant de finir comme simple moine.

Nithard a hérité de son père, mort en 814, les titres de noblesse et l'abbaye de Saint-Riquier, mais aussi le goût de l'étude. C'est ainsi qu'il rédige les serments de quelques lignes que ses cousins Louis et Charles prononcent à Strasbourg.

Louis le Germanique prononce son serment non dans sa langue mais en langue romane (l'ancêtre du français), pour être compris des soldats de son rival et associé. Charles le Chauve fait de même en langue tudesque (l'ancêtre de l'allemand).

Le serment est repris par les soldats présents dans leur langue habituelle. C'est que les habitants du « Regnum francorum » (le royaume des Francs) ont pratiquement oublié le latin et commencent à se distinguer par leurs idiomes selon qu'ils se trouvent à l'ouest ou à l'est de la Meuse.

Aussi peut-on dire que les serments de Strasbourg traduisent l'émergence des langues modernes. C'est ce qui fait leur importance historique, bien plus que leur aspect proprement politique.

Le récit de cette quadruple prestation de serment nous a été rapporté par Nithard lui-même dans le récit qu'il a fait de la guerre fratricide entre ses cousins germains : Histoire des fils de Louis le Pieux.

Le chroniqueur est mort peu après au combat, soit en défendant ses terres contre les Vikings, soit du côté d'Angoulême en guerroyant contre Pépin II d'Aquitaine.

L'empire s'émiette

Les serments de Strasbourg aboutissent l'année suivante à un compromis signé à Verdun et au partage en trois de l'empire carolingien (843).

Lothaire conserve le titre impérial, purement honorifique, et se contente de la partie centrale de l'Empire. Mais ses domaines feront l'objet d'un nouveau partage entre Louis le Germanique et Charles le Chauve par le traité de Mersen (870).

Sur les ruines de l'empire carolingien émergeront deux ensembles nationaux distincts, la France et l'Allemagne, ainsi que, plus tard, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse etc.

Publié ou mis à jour le : 2019-05-02 17:32:19

 
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