11 mars 1985

Mikhaïl Gorbatchev accède au pouvoir

Au début des années 1980, tandis que les Soviétiques déployaient des fusées nucléaires pointées vers l'Ouest, personne n'aurait parié sur la révolution globalement pacifique qui allait survenir quelques années plus tard. 

Mikhaïl Gorbatchev en 1985 (né le 2 mars 1931 à Privolnoïe, Stavropol), DRLe 11 mars 1985, Mikhaïl Gorbatchev (54 ans) succède  à Constantin Tchernenko (73 ans) à la tête de l'Union soviétique, cinq heures seulement après l'annonce de la mort de ce dernier.

L'arrivée de ce réformateur relativement jeune  au Secrétariat général du Parti communiste soviétique, après une succession de vieillards valétudinaires (Brejnev, Andropov, Tchernenko), cause la surprise.

De fait, elle s'accompagne d'une vaste tentative de modernisation de l'économie et des institutions. Les mots « perestroika » (réforme ou restructuration) et « glasnost » (transparence) résonnent dans le monde entier. L'opinion publique occidentale, séduite, est prise de « gorbymania ».

Mais il est trop tard pour une réforme en douceur du communisme. La catastrophe nucléaire de Tchernobyl (26 avril 1986), le défi d'un Cessna sur la Place Rouge et l'embourbement de l'Armée rouge en Afghanistan révèlent les failles béantes du régime. Quand surviennent les premières révoltes, Gorbatchev s'abstient sauf exception (Vilnius) de faire tirer la troupe.

La fin de l'utopie communiste

Tout s'accélère en 1989. Début mai, les dirigeants hongrois annoncent leur intention d'ouvrir leur frontière avec l'Autriche. Des milliers d'Allemands de l'Est se précipitent pour profiter de l'aubaine et passer à l'Ouest. En Allemagne de l'Est, les pasteurs luthériens et leurs fidèles n'hésitent plus à manifester leur opposition.

Le 9 novembre 1989, enfin, de premiers coups de pioche sont donnés au Mur de la Honte qui coupe Berlin en deux. Les gardes demeurent l'arme au pied. La liesse est générale dans toute l'Europe. Des deux côtés de l'ex-« rideau de fer » hérité de la guerre froide, on se prend à rêver d'une « Maison commune » européenne, de l'Atlantique à l'Oural et au-delà...

Confronté aux rébellions des vassaux de l'Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev assure les dirigeants occidentaux qu'il n'utilisera pas la force pour les réprimer. En contrepartie, ces derniers lui promettent de ne jamais étendre l'alliance de l'OTAN vers l'Europe centrale, ce qui pourrait être perçu comme une provocation en URSS. À vrai dire, ils ne feront aucun cas de cette promesse, jusqu'à proposer à la lointaine Géorgie d'entrer dans l'alliance militaire en 2008.

Gorbatchev éprouve une ultime désillusion quand, déstabilisé par la crise économique, il se rend auprès des dirigeants occidentaux réunis à Londres du 15 au 17 juillet 1991 (G7) et sollicite le soutien financier qui pourrait encore lui sauver la mise. Ces derniers, trop heureux d'abaisser définitivement l'URSS, lui opposent une fin de non-recevoir.

Le mois suivant, le 19 août 1991, pendant que Gorbatchev prend du repos en Crimée, un quarteron de hiérarques présidé par Guennadi Ianaïev commet un coup d'État au Kremlin. Il échoue au bout de trois jours grâce à l'audace d'un nouveau-venu, Boris Eltsine (60 ans), président du Parlement de la Russie, la principale des quinze républiques fédératives de l'URSS.

Illusoire fin de l'Histoire

Irrésistible, le mouvement d'émancipation des peuples emporte les régimes communistes et Gorbatchev lui-même. Le 21 décembre 1991, l'Union soviétique, vieille d'à peine 69 ans mais ô combien ridée, est dissoute et remplacée par une inconsistante Communauté des États Indépendants (CEI).

Les 15 Républiques qui composaient l'URSS prennent leur indépendance sans remettre en cause des frontières généralement artificielles. Leningrad redevient Sankt-Petersburg (Saint-Pétersbourg en allemand) !

Appliquant les recettes des Chicago boys, le nouveau maître du Kremlin, Boris Eltsine, libéralise à tout va l'économie russe, au bénéfice des anciens apparitchiki communistes. Les indicateurs de bien-être s'effondrent, à commencer par l'indice de fécondité. Le président agresse en 1994 la petite République de Tchétchénie, dans le Caucase, avec des arrière-pensées électoralistes. C'est le début d'un fatal engrenage qui va entraîner la jeune démocratie russe à la dérive.

En Europe centrale, les nouvelles démocraties renouent avec leurs vieux démons, à commencer par la Yougoslavie. Un histrion, Slobodan Milosevic, se hisse dès 1989 à la tête de la République de Serbie et agite des revendications ultra-nationalistes au détriment des Musulmans, des Kossovars et des autres Slaves de la Fédération yougoslave. Dès 1992, avec le bombardement de Sarajevo, éclate la première guerre européenne depuis près d'un demi-siècle. Elle se soldera par l'éclatement de la Yougoslavie en six entités indépendantes dont le Kossovo.

Au même moment, le 1er janvier 1993, c'est en douceur que la Tchécoslovaquie, État artificiel issu de la Grande Guerre de 1914-1918, se scinde entre République tchèque et Slovaquie. Avec au final une cinquantaine d'États indépendants, l'Europe d'après la guerre froide apparaît aussi éclatée qu'en ses temps anciens... et beaucoup plus qu'aucun autre continent de la planète. Mais nul ne s'en soucie. Un essai politique fait fureur des deux côtés de l'Atlantique. Son titre : La fin de l'Histoire et le dernier homme (1992). Son auteur, l'Américain Francis Fukuyama, développe l'idée d'une victoire définitive de la démocratie à l'échelle de la planète.  

De fait, aveuglées par l'implosion de l'URSS et de la fin de la menace soviétique, les démocraties occidentales relâchent leur effort d'intégration politique et militaire. L'Allemagne, par exemple, juge moins important de maintenir le lien qui l'unissait à la France que de renouer avec ses voisins de l'Est, réserves de main-d'oeuvre bon marché. L'Union européenne concentre dès lors tous ses efforts sur l'intégration monétaire du continent, en prenant le risque d'aggraver les déséquilibres internes.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-09-20 08:24:34

 
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