10 avril 1919

Zapata tombe dans un guet-apens

Le 10 avril 1919, à Cuernavaca, au sud de Mexico, Emiliano Zapata trouve la mort dans un guet-apens tendu par un colonel de l'armée mexicaine qui s'était fait passer pour un ami.

Un bandit de légende

Emiliano Zapata Salazar prend la pose (8 août 1879 ; 10 avril 1919)En 1909, Emiliano Zapata, paysan illettré d'une trentaine d'années, soulève les misérables paysans (ou peones) de l'État de Morelos, à quelques kilomètres au sud de Mexico, contre le vieux dictateur Porfirio Diaz. Ce métis né en 1830 est au pouvoir depuis 35 ans.

L'année suivante, Zapata rallie l'insurrection de Francisco Madero, de même qu'un autre insurgé, Pancho Villa, un métis à la tête des farouches cavaliers des steppes du nord.

Mais une fois au pouvoir, Madero, bourgeois vertueux mais malhabile, conserve les hommes de l'ancien dictateur, n'ose fusiller personne et rechigne à distribuer les terres aux peones, comme Zapata le lui demande.

Les révolutionnaires paysans reprennent alors les armes contre Madero et ses successeurs, les dictateurs Huerta et Carranza.

Solidement établi dans l'État de Morelos, dont Cuernavaca est la capitale, Zapata publie le 25 novembre 1911 le « Plan de Ayala ».

Ce texte prophétique réclame la restitution aux Indiens d'au moins un tiers des territoires communaux qui leur ont été volés par les grands propriétaires. C'est la première fois depuis... les Gracques qu'est exposée la nécessité d'une réforme agraire !

Le 6 décembre 1914, Pancho Villa et Emiliano Zapata entrent triomphalement à Mexico.

Le premier a été surnommé par ses ennemis le « Centaure du nord », le second, l'« Attila du sud » ou plus gentiment El Caudillo del Sur !

Zapata mort (une pose christique qui n'est pas sans évoquer celle de Che Guevara)Ils sont accompagnés de leurs troupes hétéroclites de cavaliers rutilants et de paysans en haillons. Ces derniers, les zapatistes, se font précéder par l'effigie de la Vierge de Guadalupe, sainte patronne du Mexique. Ils portent aussi en bannière un mot d'ordre voué à une célébrité mondiale, Tierra y Libertad (« Terre et Liberté »).

Mais le retour en force de Carranza oblige Villa à l'exil et va entraîner la mort de Zapata par traîtrise.

De fait, le général qui combat le rebelle dans l'État de Morelos humilie en public l'un de ses colonels, qui déserte aussitôt avec ses hommes et feint de fraterniser avec Zapata. Trop confiant, le révolutionnaire l'invite dans son hacienda... Lors du pot d'accueil, les soldats, sous prétexte de présenter les armes, tirent alors à bout portant sur lui.

Paix blanche

Une guerre religieuse contre les peones catholiques va prendre le relais de la guerre civile. Le bilan total d'un quart de siècle de guerres meurtrières s'élève à un million de morts (sur 15 millions d'habitants !). Le romancier Graham Greene (La puissance et la gloire) et le cinéaste Luis Bunuel (El) ont illustré avec talent cette époque douloureuse.

Le Mexique ne retrouvera la paix civile qu'en 1934, avec l'avènement de Lazaro Cardenas. Les Indiens bénéficieront alors d'une réforme agraire partielle tout en restant tenus à l'écart du pouvoir.

Au cours du siècle précédent, notons-le, il n'en allait pas ainsi. Deux chefs d'origine populaire ont dirigé le pays d'une manière ferme et globalement positive : l'Indien Benito Juarez, de 1858 à sa mort en 1872, et le métis Porfirio Diaz, de 1876 à son éviction en 1910.

Depuis l'avènement de Lazaro Cardenas, les descendants des conquérants espagnols ont évincé les Indiens du gouvernement... comme de la tête du mouvement zapatiste lui-même.

Publié ou mis à jour le : 2019-01-02 17:02:23

 
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