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2 août 1882

L'armée anglaise débarque en Égypte


Le 2 août 1882, les Anglais débarquent à Alexandrie, grand port égyptien sur la Méditerranée, sous le prétexte de ramener l'ordre après des émeutes meurtrières. 

Tirant parti de l'incapacité du souverain égyptien à rembourser sa dette extérieure, ils placent son gouvernement sous tutelle.

Leur intervention met fin à l'indépendance de l'Égypte... ainsi qu'au rayonnement de la France dans la vallée du Nil.

Modernisation à marche forcée

Depuis l'époque de Soliman le Magnifique, trois siècles plus tôt, l'Égypte se considère comme faisant partie de l'empire ottoman mais, après la prise de pouvoir par Méhémet Ali en 1805, le khédive ou vice-roi, qui la gouverne au nom du sultan, est devenu indépendant de fait.

Les Français, présents dans le pays depuis l'expédition d'Égypte de 1798, lui prêtent assistance dans les domaines militaire, économique et culturel. 

Ismaïl Pacha (Le Caire, 31 décembre 1830 - Constantinople, 2 mars 1895)

Sous l'impulsion de Méhémet Ali et de ses successeurs, le pays se modernise à grandes enjambées, avec l'ambition de rejoindre l'avant-garde européenne.

La population, essentiellement paysanne, se concentre dans la vallée du Nil depuis la haute Antiquité. Au total à peine 35.000 km2, soit la superficie de la Belgique ou de la Bretagne. Au cours du XIXe siècle, elle passe de 2,5 millions à une dizaine de millions d'habitants (80 millions à la fin du XXe siècle).

Le 18 janvier 1863, le trône revient à Ismaïl Pacha (32 ans), petit-fils de Méhémet Ali. Le nouveau khédive investit à tour de bras dans les infrastructures et pour cela souscrit des emprunts massifs à l'étranger, notamment afin de permettre l'achèvement des travaux de creusement du canal de Suez.

La dette publique passe de quatre à quatre vingt millions de livres.

Or, cette dette coûte très cher, d'une part parce que les créanciers occidentaux imposent des taux d'intérêt élevés sur les «valeurs à turban»  dont ils se méfient (12 à 13% au lieu de 6 à 7% d'ordinaire) ; d'autre part parce que les intermédiaires prélèvent des commissions exorbitantes de l'ordre de 30 à 50%.

Le 24 novembre 1875, le khédive cède à l'Angleterre ses parts dans la Compagnie de Suez pour tenter d'éponger sa dette. Cela étant loin de suffire, l'État se déclare en faillite le 8 avril 1876. 

De l'endettement au protectorat

Faute d'alternative, le gouvernement d'Ismaïl Pacha est placé sous la tutelle d'une Caisse de la dette (on dirait aujourd'hui «troïka»). Elle est composée de deux Français, deux Britanniques, un Autrichien et un Hongrois. Un contrôleur général européen est par ailleurs chargé de gérer les recettes, un autre ses dépenses.

Des Européens se voient même confiés les Finances et les Travaux Publics, avec mission de réduire les salaires des fonctionnaires et des militaires. 2500 officiers égyptiens sont aussi congédiés.

Muhammad Tawfiq (15 novembre 1879 - 7 janvier 1892)Ismaïl Pacha, soumis à la pression de la rue et de l'armée, renvoie les ministres européens. Les créanciers, exaspérés, jugent qu'ils n'ont plus rien à espérer du khédive et l'obligent à abdiquer au profit de son fils Taufiq (ou Tewfik).

Taufiq Pacha (27 ans) ne fait pas d'histoire. Il confie l'administration du pays à un condominium franco-britannique. Mais l'asservissement de l'Égypte ne laisse pas les habitants indifférents.

Les officiers se révoltent sous la direction du colonel Ahmed Arabi.e 9 septembre 1881, imposent au khédive de renvoyer son gouvernement et de convoquer une nouvelle Chambre des délégués (assemblée législative).

Par une note commune, le 8 janvier 1882, le Premier ministre britannique William Gladstone  et le Président du Conseil Léon Gambetta affirment haut et fort leur soutien au khédive et tentent d'impressionner les rebelles. Mais ceux-ci ressentent la note comme une provocation. Ahmed Arabi entre au gouvernement et, le 29 mai, obtient du khédive des pouvoirs dictatoriaux. Il fait aussitôt fortifier le port d'Alexandrie et la côte.

Une émeute populaire à Alexandrie fournit à Gladstone un motif d'intervenir. Il met en demeure le gouvernement égyptien de désarmer les batteries de la ville.

Le 11 juillet 1882, l'amiral Beauchamp-Seymour reçoit  l'autorisation de bombarder Alexandrie. La nuit suivante, de vastes incendies s'emparent de la ville et les pillards s'en donnent à coeur joie. Le 2 août enfin, des troupes britanniques débarquent à Alexandrie. Le 13 septembre 1882, une bataille décisive a lieu à Tel el-Kebir entre les Anglais et les Égyptiens. Ceux-ci sont aisément défaits et Arabi Pacha, capturé, est exilé à Ceylan (Sri Lanka).

Vers le protectorat

La France, paralysée par l'instabilité ministérielle, s'exclut du jeu. Elle voit le canal lui échapper et son influence sur le pays bientôt réduite à rien. Elle obtient toutefois une compensation avec la reconnaissance d'un protectorat sur la Tunisie

Gladstone place le gouvernement du khédive sous sa protection et toute la réalité du pouvoir passe entre les mains du consul général de la reine Victoria.

Sir Evelyn Baring, 1er comte de Cromer, Lord Cromer  (26 février 1841 – 29 janvier 1917)Celui-ci, lord Cromer, devient le véritable maître du pays. Il remodèle l'armée et poursuit l'oeuvre de modernisation d'Ismaïl Pacha, en développant l'irrigation et la culture du coton.

Pendant la Grande Guerre de 1914-1918, les masques tombent : l'Égypte rompt officiellement avec l'empire ottoman, allié des Puissances Centrales (Allemagne et Autriche-Hongrie). Elle se transforme en un sultanat sous protectorat britannique. Mais cela ne dure pas . 

Le 28 février 1922, la Grande-Bretagne préfère renoncer à son protectorat sous la pression du mouvement indépendantiste. Le sultan Fouad 1er se proclame dans la foulée roi d'Égypte, le titre de roi étant plus prestigieux que celui de sultan. Les Britanniques conservent toutefois une grande influence sur les affaires du pays jusqu'au renversement de Farouk 1er, son fils et successeur, le 23 juillet 1952, par de jeunes officiers progressistes.

Publié ou mis à jour le : 2013-07-20 09:58:36