Le dictionnaire de l'Histoire

révolution, réforme

Les mots « Réforme » et « Révolution » ont cela de commun qu'ils ont connu un complet retournement de sens après être entrés dans le champ politique.

• Le mot « Réforme » nous vient du bas latin reformatio qui était employé au Moyen Âge, dans le cadre ecclésial, pour désigner l'aspiration au retour à la forme, autrement à la beauté (forma en bas latin), de la communauté chrétienne des origines. À l'époque contemporaine, il a conservé l'idée d'améliorer l'état présent des choses mais abandonné l'idée du retour à un passé mythifié.

• Le mot « Révolution », qui dérive du bas latin revolutio, a d'abord été employé en astronomie pour désigner un retour au point initial ou encore la trajectoire elliptique d'une planète. L'historien Keith Michael Baker montre qu'il entre au XVIIe siècle, en Angleterre, dans le champ politique en conservant dans un premier temps le même sens d'un retour au point initial :

- Le retour des Stuarts en 1660, après la dictature de Cromwell, a été salué par leurs partisans comme une « Restauration heureuse » (happy Restauration) et mieux encore une « révolution merveilleuse et à jamais glorieuse » (ever-glorious and wonderful Revolution).  

- En sens inverse, quand les Stuarts furent chassés par Guillaume de Nassau-Orange et sa femme Marie, leurs opposants s'en félicitèrent devant les Communes, le 5 novembre 1690, en invoquant « notre dernière et heureuse Heureuse [sic] et Glorieuse Révolution » (Our late happy Happy and Glorious Revolution).

En ce XVIIe siècle où l'astronomie était à l'honneur, le mot révolution est ainsi passé du vocabulaire savant au vocabulaire politique pour désigner de façon imagée une réaction violente à un état détestable, avec l'objectif d'un retour à un état meilleur.

Les sociétés humaines n'avaient pas attendu Cromwell pour produire des violences de ce type mais jamais encore elles ne les avaient qualifiées de « Révolution ». La France en fournit l'exemple avec le prévôt des marchands Étienne Marcel qui, en 1358, mobilise les bourgeois contre le gouvernement royal. Le 18 avril 1358, il exprime au Dauphin sa volonté de « vivre en franche liberté selon ce qui fut ordonné dès les temps anciens au royaume de France ». Il signifie de la sorte qu'il n'entend pas bousculer l'ordre mais au contraire le rétablir et revenir à un Àge d'Or idéalisé...

• Au cours du XVIIIe siècle, le mot en vint à désigner un affrontement avec le pouvoir en place et perdit au passage l'idée d'un retour au passé.

C'est ainsi qu'en France, quand les états généraux se transformèrent en Assemblée nationale le 17 juin 1789 et que les Parisiens s'emparèrent de la Bastille le 14 juillet 1789, chacun eut très clairement le sentiment d'une entrée dans un nouveau monde inconnu et c'est dans ce sens que fut spontanément employé le mot « Révolution »

Dès lors, comme le note l'historien Keith Michael Baker, la révolution ne désigna plus un événement plus ou moins fortuit mais un mouvement de longue haleine, sans grand-chose de spontané ou d'imprévisible.

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