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L'Aube des Civilisations en cartes animées

Migrations du Néolithique (7500-5000 av. J.-C.)

<< Premières domestications Chine, Mexique, Andes et Nouvelle-Guinée >>

21 juin 2026. Dans cet épisode, nous allons nous intéresser aux premières grandes migrations agricoles, liées à l’avantage démographique conféré par les plantes et les animaux domestiques.

La combinaison de l’archéologie et de la génétique révèle cinq vagues principales à partir du Moyen-Orient : vers l'Europe par voie terrestre et par voie maritime, vers le sous-continent indien, vers la péninsule arabique et vers le Sahara...

Vincent Boqueho

Les agriculteurs pénètrent en Europe

Commençons par l’Europe continentale dont le point d’origine agricole se trouve en Haute Syrie. En 7500 av. J.-C., la population d’Anatolie Centrale est déjà largement remaniée par l’arrivée de ces migrants marqués notamment par l’haplogroupe G2a sur le chromosome Y.

Le flux se poursuit ensuite en direction de l’Europe : les Balkans sont atteints vers 6200 av. J.-C., puis l’expansion se prolonge de proche en proche en direction de l’Europe Occidentale, la voie principale passant par le nord des Alpes. La France puis l’Espagne sont atteintes vers 5000 av. J.-C. Par la suite, la diffusion de l’agriculture va se poursuivre vers l’Europe du Nord, mais sans migration majeure décelable par la génétique.

Notons que ces migrants agriculteurs se mélangent en partie aux autochtones qui adoptent l’agriculture à leur contact. Il ne s’agit donc pas d’un remplacement mais d’un apport génétique supplémentaire venu du Croissant Fertile.

En parallèle, une autre migration se fait par la voie maritime, cette fois en provenance du Levant caractérisé par la mutation V13 de l’haplogroupe E1b1b. En 7500 av. J.-C., la population de Chypre est déjà largement remaniée. De là, les navigateurs vont diffuser leurs gènes en même temps que leurs plantes et animaux jusqu’à la Mer Egée, atteinte vers 6800 av. J.-C., puis vers les Balkans.

Les migrations maritimes se poursuivent ensuite de proche en proche vers l’Italie, puis la péninsule ibérique et le Maghreb à partir de 5500 av. J.-C., mais tout en se diluant largement sur le plan génétique.

Le sous-continent indien découvre l’agriculture

Voilà pour l’Europe. Les trois autres vagues depuis le Croissant Fertile ont bénéficié d’une donnée essentielle : l’optimum climatique survenu vers 6000 av. J.-C. était caractérisé par des précipitations beaucoup plus abondantes qu’aujourd’hui. Le Sahara et la péninsule arabique sont alors des savanes arborées favorables à l’élevage, tandis que les plateaux iraniens offrent des vallées fertiles qui autorisent l’agriculture.

Cela va permettre une diffusion remarquable vers l’Est associée à l’expansion de l’haplogroupe J2 jusqu’aux portes de l’Inde. Deux corridors se dessinent : l’un par le sud de l’Iran jusqu’aux limites de la plaine de l’Indus atteinte vers 5300 av. J.-C.. L’autre par le nord jusqu’aux limites des steppes d’Asie Centrale. Ces migrations se poursuivront au millénaire suivant jusqu’à donner naissance aux futures civilisation de l’Oxus et de l’Indus. Enfin l’agriculture se diffuse également vers le Caucase, mais au sein d’une région qui était déjà relativement homogène génétiquement.

Il reste à parler des vagues saharienne et arabique qui concernent surtout l’élevage. La première part du Levant méridional pour couvrir l’ensemble du Sahara Vert entre 6500 et 5000 av. J.-C.. Elle s’inscrit dans un espace déjà largement concerné par l’haplogroupe E1b1b venu d’Éthiopie, et sans doute aussi par les langues afro-asiatiques également originaires d’Ethiopie.

Le processus est similaire dans la péninsule arabique, mais le point de départ semble assez différent, peut-être au niveau de la Syrie, là où prédomine un autre haplogroupe, le J1. Il s’agit d’une zone du Croissant Fertile qui se trouvait jusqu’alors plus en retrait car défavorable à l’agriculture. Cependant, la plus grande mobilité des éleveurs va leur permettre d’occuper toutes les marges intérieures du Croissant Fertile, puis de là, l’ensemble de la péninsule arabique.

En parallèle, les langues afroasiatiques parlées par les sédentaires du Levant vont se communiquer à ces populations nomades jusqu’à donner naissance aux langues sémitiques. Ces langues, combinées à l’haplogroupe J1, vont se diffuser non seulement sur toute la péninsule, mais aussi plus tard jusqu’à l’Ethiopie.

Il n’est pas certain que la diffusion vers le sud de l’élevage, de l’haplogroupe J1, et des langues sémitiques, soit complètement simultanée. On observe plutôt un flux permanent sur le long terme depuis le Croissant Fertile qu’on retrouve d’ailleurs sur les autres vagues mentionnées. Cela tend à confirmer que le Croissant Fertile reste durablement un pôle majeur d’innovation.

Enfin indépendamment de cette expansion de l’élevage vers l’Afrique et l’Arabie, l’agriculture commence à gagner la Basse Mésopotamie vers 6500 av. J.-C., puis la Basse Égypte vers 5500 av. J.-C., avant de s’étendre vers la Haute Egypte un peu plus tard. Cela va marquer le point de départ de ces deux civilisations dont nous reparlerons bien sûr dans la suite.

En attendant, il faut aussi s’intéresser au reste du monde où d’autres pôles néolithiques sont en train d’émerger, cette fois indépendamment du Croissant Fertile.

<< Premières domestications Chine, Mexique, Andes et Nouvelle-Guinée >>

Publié ou mis à jour le : 2026-06-24 10:44:58
Gérard Bouchereau (12-07-2026 15:47:24)

C'est précis, c'est court (mais un peu rapide), très intéressant, merci. En revanche "avant Jésus-Christ" me laisse toujours une impression bizarre, étant depuis longtemps habitué à des cours ... Lire la suite

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