Navigateur soliDaire (insistons sur le D de soliDaire), c’est la véridique histoire d’un homme tête en l’air qui ne rêvait que de voler.
Au désespoir de ses parents et de ses amis de lycée, il avait lâché les études pour réaliser son rêve de toutes les façons possibles, apprendre à piloter dans les Pyrénées sur les traces de Saint-Exupéry, être le premier à traverser la Manche à bord d’un parapente à moteur de son invention.
Là-dessus, il mit son expérience de pilote audacieux au service d’une organisation humanitaire pour le transport des médecins, patients et médicaments au service des populations isolées de la planète, en Amazonie et en Centrafrique.
En parallèle, il se consola de ne pouvoir piloter des avions de ligne en travaillant comme steward chez Air France.
Puis l’envie le démangea d’affronter les flots et il se lança dans une traversée à la voile de l’Atlantique, sans GPS ni radio et rien connaître de la navigation que ce qu’en dit Bernard Moitessier dans ses livres (La Longue Route, etc.).
Cette envie l’ayant repris, il ne trouva rien de mieux que de traverser à nouveau l’Atlantique, cette fois à bord de la péniche sur laquelle il avait élu domicile à Paris, cela sans se préoccuper des régulations maritimes !
Lorsqu’il apprit que des péniches européennes allaient être mises à la casse, il se dit qu’elles pourraient trouver une seconde vie comme hôpitaux flottants au service des plus démunis.
Où ? Dans le plus grand delta de la planète, celui du Gange et du Brahmapoutre, au Bangladesh, où des millions de villageois vivaient dans le dénuement le plus total. Il y vit une obligation morale, se sachant probablement le seul être au monde assez fou pour oser conduire une péniche de la Seine au Brahmapoutre.
Ainsi fit-il. Lui qui n’avait ni bac, ni relations, ni fortune, juste son enthousiasme, remua ciel et terre. Il emporta le soutien bénévole de ses amis mais pas seulement ! Michel Rocard convainquit Jacques Delors, président de la Commission européenne, de contourner les règles de l’Union pour lui permettre d’acquérir une péniche au prix d’un euro symbolique. Un commandant de navire lui apporta son expertise pour constituer la bibliothèque de cartes et documents pour la navigation.
Les spécialistes toulousains de Météo France s’engagèrent à le guider gracieusement depuis le ciel, entre cyclones tropicaux et tempêtes méditerranéennes.
En manque d’équipier, un dur à cuire, tout juste libéré après seize ans de prison, le rejoignit sur sa péniche à Suez pour boucler le voyage jusqu’à Dacca, capitale du Bangladesh. Mère Teresa vint de Calcutta lui apporter sa caution morale à un moment où son projet était en panne.
Un patron de la multinationale Unilever se fit une fierté d’accorder les fonds indispensables au projet. Le fameux architecte naval, Marc Van Peteghem, lui offrit le dessin ainsi que son aide pour construire les premières ambulances catamaran d’Asie du Sud.
Et comme il n’est pas de grande histoire sans amour, une belle jeune femme bangladaise unit son destin à celui de notre navigateur.
Son énergie, sa générosité, son enthousiasme et son dynamisme donnèrent au projet un développement qu'il n’aurait pu imaginer dans ses rêves les plus optimistes…
Vingt-cinq ans après, la péniche bangladaise a fait des petits et ce ne sont pas moins de huit millions de paysans et villageois bangladais démunis qui bénéficient de soins, chaque année, à bord de l’un ou l’autre de ces hôpitaux flottants.
« Il était une fois un être humain plus humain que la plupart des êtres humains qu’il m’a été donné de rencontrer sur cette Terre, » écrit Erik Orsenna à propos de notre navigateur solidaire.
À la lecture de ce récit, aussi palpitant qu’un album de Tintin et un roman d’Alexandre Dumas, nul doute que vous partagerez l’avis de l’académicien.
N’en restez pas là. Recommandez le livre aux jeunes gens de votre entourage.
Vous dissiperez les mauvaises pensées qui les affectent et leur donnerez à découvrir le généreux potentiel dont ils sont porteurs et qui n’attend que d’être réveillé.










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