L’église paroissiale Sain-Martin de Vic est une église romane comme la France en compte encore plusieurs milliers. Elle est située sur la commune de Nohant-Vic, dans le Berry, non loin de la maison de George Sand. Construite il y a près de mille ans, elle relevait de l’abbaye de Déols, plus grande fondation bénédictine du Bas Berry.
Comme beaucoup de ses consœurs, cette modeste église a traversé un millénaire en conservant l’essentiel de sa structure de pierre. Mais à la sortie du Moyen Âge, des clercs qui se pensaient plus éclairés que leurs prédécesseurs ont fait badigeonner à la chaux ses peintures murales qu’ils jugeaient de mauvais goût. Au moins n’ont-ils pas cru nécessaire de casser l’enduit sur lequel elles avaient été fixées.
Là-dessus, miracle ! En 1849, le curé de la paroisse, l’abbé Jean-Baptiste Périgaud, aperçoit par hasard, en retirant un clou qui retenait un retable, des traces de peintures murales dissimulées sous plusieurs couches de badigeon.
Il dégagea rapidement une première peinture puis continua son travail avec sa lame de couteau. Il rendit ainsi à la lumière une œuvre picturale médiévale unique, masquée depuis environ 600 ans.
George Sand, voisine du site, plaida pour la protection et le classement de ces peintures. Grâce à ses relations avec Prosper Mérimée, ce fut chose faite dès le 6 février 1850, soit moins de 40 jours après la découverte.
Ce chef d’œuvre de l’art roman du XIIe siècle représente de multiples scènes de la Bible (Ancien et Nouveau Testament) avec des personnages aussi expressifs que mobiles. D’une grande unité de conception, ses peintures murales ou fresques, réalisées a fresco, ont été visiblement réalisées par une seule et même personne, appelée faute de mieux le maître de Vic. Elles se décomposent en une vingtaine de grandes scènes.
À noter une scène qui figure un vol de reliques, et pas n'importe lesquelles, du vol du corps de saint Martin. Sa dépouille aurait été enlevée nuitamment par les moines de Tours aux moines berrichons qui en avaient la garde. La représentation du vol est une manière pour l’église de se placer sous la protection du saint sans en avoir les reliques.
La palette des couleurs émerveille quiconque pénètre dans l’église, avec des pigments d’un ocre jaune ou rouge, du blanc de chaux ou du noir de charbon, adroitement combinées pour suggérer les volumes, le sens du mouvement, la chorégraphie des gestes et des motifs, la naïveté des traits, le rendu des drapés.
Quand les églises étaient des livres d'images
Les peintures de Saint-Martin de Vic sont l’un des témoignages qui nous restent de l’art pictural roman avec, notamment, la chapelle templière de Cressac, au sud d’Angoulême.
Elles nous rappellent combien les églises romanes étaient colorées et vivantes. Les fidèles, humbles et riches, laïcs et clercs, lettrés et analphabètes, y retrouvaient l’Histoire sainte, les enseignements de l’Évangile et leur propre histoire sous forme de bande dessinée.
Ne soyons donc pas surpris que l’église de Vic figure aujourd’hui dans tous les manuels d’histoire de l’art et sont reproduites à l’échelle 1, à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris et au musée Ôtsuka à Naruto au Japon.
Après deux campagnes de travaux, en 2019 et 2024, l’église Saint-Martin de Vic et la maison berrichonne adossée à son chevet ont été entièrement restaurées. Elles accueillent désormais une scénographie intégrée des fresques exceptionnelles de l’art roman.
C’est une halte bienvenue pour quiconque part à la découverte du pays de George Sand, entre la mare au diable et la maison de Nohant.





Saint-Martin du Vic








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