1204 à 1453 - La ville-Empire - Herodote.net

1204 à 1453

La ville-Empire

En 1204, l'empire byzantin déjà presque millénaire est blessé à mort après 25 années de troubles dynastiques et de crises à répétition. La surprise vient de ce que les agresseurs ne sont en rien l'un des ennemis impitoyables de l'empire mais ses prétendus alliés et amis : des marchands vénitiens et des chevaliers francs.

L'empire d'Orient va renaître malgré tout mais il ne sera plus que l'ombre de lui-même jusqu'à la chute finale.

André Larané
Byzance au fil des siècles (chronologie de 320 à 1510)

L'empire latin

Une accumulation de malentendus, de haines rentrées et de frustrations amène des croisés à s'interposer dans une querelle entre deux prétendants au trône puis à s'emparer de Constantinople pour leur propre compte le 12 avril 1204. La ville subit une ignominieuse mise à sac qui scandalise à juste titre toute la chrétienté.

En Occident, quelques clercs justifient tant bien que mal l'action des croisés francs et des marchands vénitiens en sortant de l'oubli une bulle d'excommunicationvieille de 150 ans qui ferait des Orientaux des hérétiques ou des schismatiques indignes du qualificatif de chrétiens !

Tandis que les marchands vénitiens s'arrogent le monopole du commerce entre Orient et Occident et même un droit de regard sur l'élection du patriarche, les Francs se partagent les dépouilles de l'empire ou le peu dont ils disposent. L'un des leurs devient le premier titulaire de l'Empire latin d'Orient sous le nom de Baudouin 1er. Il brise aussitôt l'administration relativement moderne de l'empire grec et lui substitue une mosaïque de principautés féodales comme le royaume de Thessalonique et la principauté d'Achaïe, dans le Péloponnèse.

Empêchés de s'étendre vers l'arrière-pays suite à leur défaite face aux Bulgares, les Latins doivent aussi composer avec trois États grecs qui revendiquent l'héritage byzantin : le despotat d'Épire à l'ouest, l'empire de Trébizonde à l'est et surtout l'empire de Nicée au sud, dirigé par Théodore Lascaris, gendre de l'ancien empereur Alexis III.

Avènement des Paléologue

Finalement, c'est sans combattre que la ville de Constantinople se livre le 25 juillet 1261 à l'ultime successeur de Théodore Lascaris, l'empereur Michel VIII Paléologue.

Celui-ci, issu d'une illustre famille de l'aristocratie, a accédé au pouvoir en s'associant comme co-empereur au jeune héritier de Théodore Lascaris, son arrière-petit-fils Jean IV Lascaris. Sitôt couronné à Sainte-Sophie, il le fait déposer et aveugler. Mais cette cruauté lui vaut l'hostilité des populations de l'ancien empire de Nicée, attachées à la famille Lascaris... Le nouvel empereur doit aussi composer avec les principautés franques du sud de la péninsule, en Achaïe ou en Attique.

Venise, alliée des Latins, est chassée de Constantinople et remplacée par les Génois. Elle suscite des coalitions contre le nouvel empereur. Michel VIII, qui a besoin malgré tout des Occidentaux pour résister à la pression turque, négocie un accord avec la papauté pour détacher celle-ci du clan de ses ennemis.

C'est ainsi que, lors du concile de Lyon, en 1274, sous le pontificat de Grégoire X, est réaffirmée l'Union des Églises grecque et latine. Déclaration sans suite du fait de l'hostilité violente du clergé orthodoxe et du peuple grec, qui gardent le souvenir des violences passées.

Michel VIII n'en reste pas là. Il anime en sous-main une insurrection des Siciliens contre leur nouveau roi, Charles d'Anjou, frère de l'ancien roi de France Saint Louis, qui ambitionne rien moins que de ceindre la couronne impériale et a déjà tenté de débarquer en Grèce. Ce sont les «Vêpres siciliennes» qui voient à Palerme le massacre de la garnison française les 30 et 31 mars 1282.

Mort peu après, le 11 décembre 1282, à 55 ans, Michel VIII laisse le trône à son fils Andronic II, qui liquide l'Acte d'Union du concile de Lyon. Dans une situation des plus précaires, il doit lutter sur tous les fronts, en particulier contre les émirs turcs d'Asie mineure.

L'empire aux abois

Dans la tradition byzantine, Andronic II doit faire appel à des mercenaires. Il va jusqu'à embaucher une compagnie catalane de 6.000 hommes, conduite par Roger de Flor.

Cette troupe met en fuite les Turcs mais se montre très exigeante en matière de solde et saccage les territoires qu'elle est chargée de défendre ! En mars 1311, elle passe sur la rive européenne du Bosphore et chemine vers la Macédoine, pillant à tort et à travers. Les Catalans ne sont plus seuls mais accompagnés de... compères turcs.

C'est la première fois que des Turcs prennent pied en Europe.

En mai 1328, le vieux basileus (70 ans) est déposé par son petit-fils qui prend le nom d'Andronic III. Avec le concours d'énergiques officiers comme Jean Cantacuzène, celui-ci contient les Serbes, alors en pleine expansion dans les balkans sous l'impulsion d'Étienne Douchan (ou Dusan). Il arrive aussi à replacer sous son autorité les provinces grecques dissidentes mais il meurt prématurément en juin 1341 en laissant un héritier de 9 ans.

Mal inspiré, le régent Jean Cantacuzène (49 ans) se proclame empereur le 26 octobre 1341 en Thrace sous le nom de Jean VI. C'est le début d'une tragique guerre civile qui va remettre en question l'unité fragile de l'empire et, pire que tout, installer les Turcs en Europe.

La poussée turque

Parmi les émirs turcs d'Asie mineure, l'un d'eux, du nom d'Osman (ou Othman), avait patiemment étendu son emprise sur la Bithynie, province grecque d'Asie. De lui allaient descendre les sultans ottomans (le nom de la dynastie dérive d'Othman).

Après sa mort, son fils Orkhan s'était emparé de la ville de Brousse le 6 avril 1326. Il en avait fait sa capitale. Puis étaient tombées Nicée et Nicomédie, prestigieuses cités de la chrétienté antique.

Quand Jean Cantacuzène déchaîne la guerre civile à Byzance, lui-même et ses opposants n'hésitent pas à faire appel à des soutiens étrangers. Cela commence avec les Serbes. Étienne Douchan en profite pour se faire lui-même proclamer empereur à Skopje (aujourd'hui capitale de la Macédoine) le 13 avril 1346.

Cantacuzène fait alors appel au Turc Orkhan et, pour témoigner de ses bonnes manières, sans s'inquiéter du scandale public, lui donne sa propre fille Théodora en mariage !

Les Turcs ne se font pas prier pour traverser le Bosphore même si Jean Cantacuzène n'a finalement pas besoin de leur concours pour entrer à Constantinople. Il conclut un compromis avec son rival, le jeune empereur Jean V Paléologue, ainsi qu'avec sa mère Anne de Savoie. Jean V épouse Hélène, deuxième fille de Jean Cantacuzène.

L'empire est ruiné et qui plus est dévasté par la peste... comme la plus grande partie de l'Europe. En quête de revenus, Jean VI Cantacuzène, qui ne règne plus guère que sur Constantinople et son arrière-pays, négocie les droits d'accès à la ville avec les marchands génois et vénitiens. C'est que la richesse de la ville-Empire ne repose plus que sur sa fonction d'entrepôt entre Orient et Occident.

Comble de malchance, le 2 mars 1354, un tremblement de terre abat les murailles de la puissante forteresse de Gallipoli, qui commande l'accès au détroit des Dardanelles. Les Turcs, qui assistent au phénomène, s'empressent d'entrer dans la ville et d'en prendre possession sans demander son avis à leur ami Jean VI Cantacuzène.

La chute finale

Les Ottomans vont désormais progresser en Europe non plus par leurs propres forces mais en utilisant habilement les forces de leurs adversaires. C'est ainsi qu'ils recrutent, comme les Byzantins eux-mêmes, des mercenaires parmi les peuples chrétiens des Balkans. Ils s'appuient surtout sur le corps d'élite des janissaires créé par Orkhan. Il s'agit d'enfants enlevés à des familles chrétiennes, éduqués dans la foi musulmane et la soumission au sultan et formés au métier des armes.

En 1362, Mourad 1er, fils d'Orkhan, défait une armée de croisés conduite par le roi Louis 1er de Hongrie. Il installe sa capitale à Andrinople, à deux pas de Constantinople, l'objectif ultime. En 1389, il défait les Serbes à Kosovo Polié. Assassiné pendant la bataille, il est aussitôt remplacé par son fils Bajazet (ou Bayézid). En 1393, la Bulgarie tente de se révolter mais elle est matée et transformée en simple province ottomane. C'est le premier royaume chrétien à disparaître ainsi.

Impuissant, le basileus Jean V Paléologue acccepte de payer tribut au sultan cependant que les Hongrois, au nord, appellent les Occidentaux à une nouvelle croisade. Celle-ci est défaite à Nicopolis en 1396.

L'Histoire de Byzance pourrait s'arrêter là, la ville n'étant plus en état d'opposer une résistance aux Turcs qui l'enserrent désormais de toutes parts. Mais le hasard veut qu'un conquérant turco-mongol venu d'Asie, Tamerlan, défasse et capture le sultan Bajazet à Angora (aujourd'hui Ankara) en1402.

La ville-Empire va y gagner un sursis inespéré d'un demi-siècle durant lequel elle va plus ou moins se préparer à l'inéluctable, les érudits, les artistes et les lettrés se réfugiant en Italie, le clergé développant ses liens avec les autres Églises orthodoxes, dont Moscou, plus tard orgueilleusement qualifiée de «troisième Rome».

L'assaut final à Constantinople est donné le 29 mai 1453. Le basileus Constantin XI Paléologue (51 ans) meurt les armes à la main. Son vainqueur, le sultan Mehmet II (Mahomet) (21 ans) fait une entrée triomphale dans la ville aussitôt mise au pillage puis relevée au rang de capitale de l'empire ottoman sous le nom d'Istamboul (ou Istanbul).

Bibliographie

L'Histoire de Byzance est relativement dédaignée par l'historiographie française. Peut-être est-ce la conséquence de la mauvaise réputation qui s'attache à cette haute civilisation depuis les «philosophes» du XVIIIe siècle ?

Notre meilleur spécialiste actuel est sans conteste Michel Kaplan, professeur d'histoire byzantine à l'université Paris I - Panthéon Sorbonne. Il a notamment publié à l'attention du grand public un livre très attrayant et richement illustré : Tout l'or de Byzance (Découvertes Gallimard, 176 pages).

On peut aussi se reporter à une somme de 632 pages publiée par Albin Michel dans la collection L'évolution de l'Humanité : Vie et mort de Byzance, par Louis Bréhier (1868-1951), édition 1992.

Plus accessible est le livre de Jean-Claude Cheynet : Byzance, l'Empire romain d'Orient (192 pages, Armand Colin, 2001). -


Publié ou mis à jour le : 2012-11-07 16:19:46

 
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