Révolutions - Les révolutions et les femmes, par Jean-Luc Mélenchon - Herodote.net

Révolutions

Les révolutions et les femmes, par Jean-Luc Mélenchon

Dans le cadre d'une série d'entretiens vidéo sur les rapports entre l'actualité et l'Histoire, André Larané (Herodote.net) a rencontré Jean-Luc Mélenchon, le 31 janvier 2018, dans son bureau de l'Assemblée nationale (Paris).

Le président du groupe La France insoumise s'est exprimé sur les débuts de la Révolution française mais aussi sur la place des femmes dans les révolutions. Son point de vue, adossé à une érudition exceptionnelle, ouvre des pistes de réflexion inédites et bouscule quelques idées reçues. À chacun de se faire son opinion...

Les débuts de la Révolution française

Comme toutes les révolutions depuis celle d'Étienne Marcel, en 1358, la Révolution française commence par des revendications fiscales (voir la vidéo, à 12min33). Jean-Luc Mélenchon la fait débuter à la « Journée des tuiles » (Genoble, 7 juin 1788)... Et notre interlocuteur de souligner aussitôt que c'est le souverain lui-même, Louis XVI en personne, qui est interpellé par les rebelles.

Le roi est sans doute un brave homme mais comme tous les gens qui exercent des responsabilités dans les périodes de grands bouleversements, il analyse ceux-ci avec les grilles du passé (voir la vidéo, à 15min).  Tout le choque et en particulier le contenu anti-clérical de la Révolution... du moins dans la bourgeoisie, car les Français, dans leur grande majorité, demeurent des catholiques sincères (voir la vidéo, à 17min25).

Il ne se prive pas de faire par ailleurs un parallèle avec la situation présente, la rébellion des Gilets jaunes et l'interpellation parfois brutale (et excessive) du président de la République... Il revient également sur les clins d'oeil de l'Histoire et, par exemple, l'homonymie entre le maître des postes Jean-Baptiste Drouet qui, lors de la fuite du roi jusqu'à Varennes, a fait basculer la Révolution, et Éric Drouet, l'un des meneurs auto-proclamés des Gilets jaunes, qu'il ne connaît pas personnellement (voir la vidéo, à 22min45). Gardons-nous de surestimer la portée de cette coïncidence...

À propos de la fuite de Varennes, Jean-Luc Mélenchon se réfère plusieurs fois à un historien américain, Timothy Tackett. Il souligne un fait important : les soldats et les royalistes qui sont censés défendre et protéger le souverain se montrent d'une désinvolture affligeante. Ils n'ont plus vraiment envie de s'investir dans la cause du roi. Cette forme de désobéissance larvée et de désengagement peut être considérée comme la cause première de la chute de la royauté (on observe le même phénomène en février 1917 à Petrograd avec le tsar).

Les femmes dans les révolutions

Jean-Luc Mélenchon souligne un phénomène que les historiens ont, à son avis, jusqu'ici négligé : ce sont les femmes qui sont le facteur déclenchant des grandes révolutions. Ainsi, lors de la « Journée des tuiles », ce sont elles qui, en sonnant le tocsin, rameutent les paysans des environs et, de ce fait, obligent les soldats du roi à se retirer. De façon plus déterminante encore, ce sont les femmes du peuple de Paris qui se rassemblent devant l'Hôtel de ville le 5 octobre 1789 pour hurler leur désenchantement : on a pris la Bastille, aboli les privilèges, proclamé les droits de l'Homme et du Citoyen et pourtant, rien ne change. C'est ainsi qu'elles prennent elles-mêmes les choses en main et se rendent à pied à Versailles ! Elles se font ouvrir le parc du château et déboulent dans les appartements. Le roi et sa famille, mais aussi les députés, doivent dès le lendemain se résigner à prendre le chemin de la capitale (voir la vidéo, à 1min45). C'est clairement ce qui va faire basculer la Révolution en en confiant les commandes au peuple parisien !

Un autre exemple déterminant est la révolution de Février 1917 qui va faire tomber le tsar (voir la vidéo, à 6min45). Rappelons-nous qu'elle a été déclenchée le 8 mars 1917, à l'occasion de la journée internationale des femmes selon le calendrier grégorien. Dans les jours suivants, les manifestations s'amplifient. Face aux ouvrières et ouvriers, les officiers s'impatientent. Ils donnent l'ordre de tirer mais les soldats y rechignent : on ne tire pas sur des femmes ! Très vite, la troupe bascule du côté des manifestants...

Jean-Luc Mélenchon évoque enfin la Commune de Paris, en mars 1871. Après leur victoire sur Napoléon III, les Prussiens ont investi Paris (voir la vidéo, à 11min). Le gouvernement provisoire veut récupérer les canons de la butte Montmartre, payés par souscription populaire, afin d'éviter que le peuple parisien ne les retourne contre lui. Mais au pied de la butte, alertées par les mouvements de troupe, les femmes, guidées par Louise Michel, se rassemblent et vont jusque sur la butte clamer leur indignation face aux soldats. Quand les officiers se disposent à ouvrir le feu sur elles, les soldats s'indignent et mettent la crosse en l'air. Ainsi débute l'insurrection...

Revenant à la Révolution française, le député de la France insoumise confesse son amour pour Pauline Léon, une égérie méconnue du club des Enragés (voir la vidéo, à 14min45). Il révèle la misogynie de la plupart des hommes de la Révolution, à quelques exceptions notables comme Condorcet. Fervent robespierriste, il oublie toutefois de noter que c'est sous l'autorité de l'Incorruptible qu'ont été interdits les clubs féminins... 

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-03-07 12:25:18

 
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