14 novembre 1945-1er octobre 1946

Le procès de Nuremberg

Le 1er octobre 1946 est rendu le verdict du procès ouvert à Nuremberg dix mois plus tôt, le 14 novembre 1945.

C'est le plus grand procès qu'ait eu à connaître l'Histoire et le premier qui ait mis en accusation un régime politique, celui fondé par Hitler en 1933. Il a permis de traîner 24 dirigeants allemands sur le banc des accusés sous quatre chefs d'inculpation : complot, crime contre la paix, crime de guerre et crime contre l'humanité.

André Larané
Le procès de Nuremberg au cinéma

Les procès de Nuremberg ont donné lieu dans le passé à différentes adaptations cinématographiques dont la plus connue est Jugement à Nuremberg, un film de Stanley Kramer, sorti en 1961, avec Burt Lancaster et maints autres vedettes d'Hollywood. Ce film, à vrai dire, raconte un procès tardif qui se déroula en 1947.

Nuremberg, un film de James Vanderbilt (2025)Rien à voir avec le film arrivé sur les écrans en 2025 sous le titre Nuremberg. Celui-ci est un film de James Vanderbilt. Il est tiré du roman Le Nazi et le Psychiatre, À la recherche des origines du mal (Jack El-Hai, 2015). Il raconte les enjeux du premier procès et les états d'âme du procureur Jackson, tout en se centrant sur la relation ambigüe entre Göring et le jeune psychiatre américain Douglas Kelley. Ce dernier a reçu mission de suivre les accusés, analyser leur psychisme... et prévenir d'éventuelles tentatives de suicide.

Le film est conduit avec une efficacité très hollywoodienne, en suivant autant que possible la vérité léguée par l'Histoire et en explicitant avec clarté les problématiques qui entourent le procès. On apprécie la performance de Russell Crowe dans le rôle inattendu d'Hermann Göring, avec son parler allemand et son anglais scolaire.

Le procès de Nuremberg

L'organisation du procès

Les Alliés ont longtemps hésité sur le sort des dignitaires nazis capturés par leurs troupes, à l'image du plus important d'entre eux, Hermann Göring, N°2 du régime, qui se rend aux Américains sur une route d'Autriche le 8 mai 1945. La tentation était grande de les fusiller sur place comme l'eussent souhaité les militaires et Churchill lui-même !

Robert Houghwout Jackson (13 février 1892, Warren, Pennsylvanie ;  9 octobre 1954, Washington) La perspective d'un tribunal international s'impose peu à peu. Cela n'avait jamais été fait dans le passé, même si d'aucuns en avaient eu l'idée concernant l'empereur allemand Guillaume II, voire Napoléon. C'est qu'il importe avant toute chose que le procès n'apparaisse pas comme l'expression du droit du vainqueur.

Sous la pression de magistrats étasuniens et en particulier de Robert H. Jackson, juge à la Cour Suprême, les Alliés s'accordent enfin sur le principe d'un Tribunal militaire international qui réunirait des juges des quatre puissances victorieuses (Angleterre, États-Unis, France, Union soviétique). Les modalités sont fixés par l'accord de Londres du 8 août 1945 (deux jours après Hiroshima !).

La prise de conscience de la Shoah étant à venir et le crime contre l'humanité n'ayant pas encore été défini, le principal crime qui est imputé aux diginitaires nazis est le « crime contre la paix ». Pas facile à plaider en ces mois d'été 1945 où le Japon subit d'effroyables bombardements atomiques de la part des États-Unis.

Le choix du lien n'est pas anodin. Nuremberg (Nürnberg en allemand) est au Moyen Âge au coeur de l'Histoire allemande. Mais si elle a été choisie par Hitler pour accueillir les réunions annuelles de son parti à partir de 1926, ce fut moins pour des raisons moins sentimentales que pratiques, parce que située au centre de l'Allemagne moderne et bien reliée par le train et la route à toutes les régions du pays.

Les Alliés s'accordent sur ce lieu hautement symbolique en particulier parce qu'il dispose d'un palais de justice et d'une prison encore à peu près debout et suffisamment vastes pour les besoins du procès. On débloque à la hâte dix millions de deutschemarks pour restaurer tant bien que mal l'ancien palais de justice.

Les quatre juges du Tribunal et leurs suppléants représentent les quatre pays vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale : États-Unis, URSS, Grande-Bretagne et France (le juge français s'appelle Henri Donnedieu de Vabres).

Plaidoirie de Robert H. Jackson à Nuremberg en 1945

Robert H. Jackson est nommé procureur en chef des États-Unis au Tribunal par le président Truman (il voit par la même occasion s'éloigner la perspective de la présidence de la Cour suprême). C'est sur lui que reposera la conduite du procès. Ses intentions sont claires. Il aspire à un jugement public fondé sur le droit afin qu'il ait valeur d'exemple pour l'avenir. 

C'est ce qu'il dit le 21 novembre 1945, dans son discours d'ouverture du procès : « Le fait que nous soumettions aujourd’hui ces accusés à un procès est l’un des hommages les plus significatifs que le pouvoir ait jamais rendus à la raison. » Et surtout : « Les crimes que nous cherchons à condamner et à punir ont été si prémédités, si malveillants et si dévastateurs que la civilisation ne peut tolérer qu’ils soient ignorés, car elle ne pourrait survivre à leur répétition. »

Procès de Nuremberg. De gauche à droite : premier rang : Göring, Hess, Ribbentrop, Keitel ; second rang : Dönitz, Raeder, Schirach, Sauckel, Washington, Archives nationales.Comme le procès est appelé à durer pas moins de dix mois, il quitte très vite la Une des médias, d'autant que les échanges passent par les rapports écrits bien plus que par les joutes orales.

Les Soviétiques n'obtiennent heureusement pas que les nazis se voient imputer le massacre de Katyn... Les autres crimes qui leur sont imputés sont suffisamment accablants et avérés, en particulier ceux relatifs à la déportation des Juifs, pour justifier la condamnation à la pendaison de Göring, von Ribbentrop, Keitel, Kaltenbrunner, Rosenberg, Frank, Frick, Streichner, Sauckel, Jodl, Seyss-Inquart et Bormann (en fuite ou disparu).

Hess, Funk, Dönitz, Raeder, von Schirach et Speer sont condamnés à la prison. De façon quelque peu surprenante, Schacht, von Papen et Fritzche sont acquittés. Höss, commandant d'Auschwitz, est remis ensuite à un tribunal polonais et pendu sur les lieux de son crime.

Les seconds procès de Nuremberg

Une seconde vague de procès eut lieu l'année suivante à l'initiative des Américains seuls. L'un d'eux jugea les responsables des Einsatzgruppen de la Schutzstaffel (SS), qui pratiquèrent le génocide par balles en Europe orientale. Il déboucha le 10 avril 1948 sur la condamnation à mort de 14 des 24 inculpés (4 seulement furent exécutés : Ohlendorf, Naumann, Blobel, Braune).

Les procès de Nuremberg eurent un grand retentissement dans le monde entier et donnèrent le sentiment que justice était faite concernant les crimes nazis. Mais il fallut attendre le procès d'un second couteau, Adolf Eichmann, à Jérusalem, le 11 avril 1961, pour que l'opinion occidentale distingue parmi ces crimes la spécificité du génocide.

Témoignage

Le procureur américain Benjamin Ferencz rappelle dans le documentaire de Michaël Prazan (Einsatzgruppen, 2009) que c'est seulement pour des raisons matérielles, faute de place, qu'il n'y eut pas plus d'inculpés sur les bancs de l'accusation.
Il relate sa visite dans la cellule de l'un des condamnés, Ohlendorf, commandant de l'un des Einsatzgruppen. C'était un intellectuel bardé de diplômes, père de cinq enfants. Il lui demanda s'il avait un dernier souhait à formuler et, dit le procureur, au lieu d'un mot de regret ou de tendresse à l'égard de sa famille, il n'obtint qu'un cri de haine à l'adresse des juifs américains !

Publié ou mis à jour le : 2026-02-01 11:06:56
Crocodile (10-02-2026 18:01:58)

Exactement ce qui se produit actuellement pour les criminels du Amas. À voir les réactions de la majorité des occidentaux, surtout des journalistes, ces pauvres petites gens du Amas sont une socié... Lire la suite

Erik (26-09-2016 15:35:38)

Je me suis souvent demandé sur base de quoi Rudolf Hess s'est vu condamné à la prison alors que durant la période concernée, il y était déjà...

Olivier Pène (25-09-2016 19:38:25)

Témoignage de Pierre Pène, qui était gouverneur du Bade et a assisté à une journée de ce procès : Le procès de Nüremberg n'était évidement pas de la compétence de Pierre Pène mais il ... Lire la suite

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