30 août 1914

Les Russes défaits à Tannenberg

Le 30 août 1914, un mois après l'ouverture des hostilités, la victoire surprise des Allemands sur les Russes à Tannenberg révèle aux Européens les plus avertis que cette guerre sera longue et sans pitié.

Fabienne Manière

Première phase d'une guerre longue

Les Français attendaient de leurs alliés russes qu'ils attaquent au plus tôt l'Allemagne pour obliger celle-ci à combattre sur deux fronts. Grâce aux épargnants français, la Russie a pu construire à la hâte dans la décennie précédente un réseau ferré tout entier conçu pour accélérer la mobilisation des troupes sur les frontières avec l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie. De fait, les Allemands sont surpris par cette mobilisation, plus rapide qu'ils ne l'avaient imaginée. 

Le haut commandement russe décide d'attaquer l'ennemi dès le 17 août 1914, alors que sur le front occidental vient à peine de débuter la « bataille des frontières », qui va se solder par une défaite rapide et meurtrière des Français et de leurs alliés anglais et belges.

Il passe à l'offensive dans la province allemande de Prusse orientale (aujourd'hui partagée entre la Pologne et la Russie), avec la 1ère armée du général Rennenkampf et la 2e armée du général Samsonov, soit 650 000 hommes au total. La première se dirige sur Königsberg, la seconde sur Dantzig.

Trois jours plus tard, le 20 août, la VIIIe Armée allemande du général von Prittwitz est bousculée à Gumbinnen. Il est vrai qu'elle ne dispose que de 135 000 hommes du fait de la priorité accordée par le haut commandement allemand au front occidental conformément au plan Schlieffen.

À Paris et à Londres, chez les alliés du tsar, on célèbre les vertus du « rouleau compresseur russe ». Le chef d'état-major général allemand Helmuth von Moltke, affolé, enlève deux corps d'armée au front occidental pour renforcer le front oriental. Il limoge aussi von Prittwitz et le remplace par von Hindenburg.

C'est une bénédiction pour les Français qui, bousculés de toutes parts, en profitent pour se ressaisir et préparer une contre-offensive qui sauvera leur pays de l'invasion et d'une nouvelle défaite...

Un retraité à la rescousse

Les Allemands aux lacs Mazures en 1914En attendant, le général Paul von Hindenburg (67 ans) quitte sa retraite pour prendre en catastrophe la tête de la VIIIe Armée. Il se fait assister du général Erich Ludendorff (49 ans).

Les Allemands interceptent des messages radio entre les généraux russes - transmis en clair - et comprennent aussitôt que les deux armées ennemies sont beaucoup plus éloignées qu'ils ne le pensaient. Hindenburg et Ludendorff décident d'attaquer l'armée du général Samsonov. Connaissant la haine qui le sépare de l'autre général russe, Rennenkampf, ils font le pari que ce dernier hésitera à le secourir.

Pari gagné. Les 150 000 Russes de Samsonov sont bousculés à Tannenberg et leur retraite est coupée. Les Allemands capturent 92000 hommes ainsi que 500 canons. Il ne faudra pas moins de 60 trains pour amener ceux-ci à l'ouest.

Le maréchal Paul von Hindenburg, héros de Tannenberg30.000 Russes sont tués ou blessés. Les Allemands ont moins de 20 000 pertes. Anéanti, Samsonov se suicide. La semaine suivante, sur les bords des lacs Mazures, le général Rennenkampf est à son tour défait.

Mais leur armée ne se débande pas et jusqu'à la fin de 1917, les Russes continueront de faire pression sur la frontière orientale de l'Allemagne.

En France, dans le même temps, le général Joseph Joffre remporte la contre-offensive de la Marne. C'est un immense soulagement pour les Français qui voient s'éloigner la perspective de la défaite. Le front est désormais stabilisé pour quatre longues années.

Les Allemands, également soulagés, célèbrent la victoire de Tannenberg et des lacs Mazures par de grandes fêtes cependant que Paul von Hindenburg devient feld-maréchal. Son prestige dans le peuple est immense... et dépasse sa véritable valeur (on pourrait en dire autant de son homologue français, le général Joffre, vainqueur de la Marne).

Pour les Allemands, la victoire de 1914 constitue aussi une revanche sur une autre bataille, au même endroit, en 1410, qui se solda par la défaite des Chevaliers Teutoniques face à une coalition de Polonais et de Lituaniens.

Publié ou mis à jour le : 2020-09-28 16:32:09

 
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