22 juillet 1209

Le sac de Béziers

Le 22 juillet 1209, la population de Béziers est massacrée suite à la prise de la ville par une armée de croisés venus du nord.

C'est le premier des nombreux drames qui émailleront la croisade contre les Albigeois, destinée à éradiquer l'hérésie cathare dans le Midi.

André Larané
Un massacre, dites-vous ?

Avant qu'ils ne pénètrent dans la ville, les croisés auraient demandé au légat Arnaud-Amalric comment distinguer les hérétiques des autres habitants et le représentant du pape aurait répondu par un mot resté fameux : « Tuez-les tous et Dieu reconnaîtra les siens ! ». À vrai dire, ce mot est apocryphe et n'a jamais été prononcé. Il vient du récit du siège par le moine allemand Césaire de Heisterbach, qui ne portait pas les Français dans son coeur.

D'après l'historien Jacques Berlioz, auteur de Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens (Loubatières, 1996), il semblerait que Béziers, en 1209, avait 7.000 habitants, ce qui n'était pas négligeable ; quelques centaines d'entre eux auraient été massacrés à l'issue du siège ou auraient péri dans l'incendie de l'église Sainte-Madeleine et du quartier environnant. La ville elle-même aurait très vite retrouvé sa prospérité, dans la loyauté aux Capétiens.

Les croisés s'en prennent aux seigneurs du Midi

Le roi de France Philippe Auguste étant en guerre avec ses voisins du nord et indisponible, la direction de la croisade a été confiée au légat du pape, Arnaud-Amalric (ou Arnaud-Amaury), abbé de Cîteaux, chef du puissant ordre des moines cisterciens.

Son objectif est d'attaquer les seigneuries et les communautés urbaines qui, bien que catholiques, sont supposées soutenir l'hérésie.

Le légat, qui bénéficie du ralliement forcé et contraint du comte de Toulouse Raimon VI, décide de briser d'abord le maillon le plus faible, à savoir Raimon-Roger de Trencavel, vicomte de Béziers et Carcassonne...

Les croisés font un exemple

Le malheureux vicomte échoue à convaincre les croisés de sa bonne foi. Ipso facto, les croisés marchent sur Béziers, sa capitale. La ville a des greniers pleins de provisions et possède maintes sources à l'intérieur de ses murailles. Elle ne craint pas le siège. À l'opposé, les assiégeants manquent de vivres et doivent affronter une paysannerie hostile. Le siège se présente d'autant plus mal que les croisés ont toute latitude de rentrer chez eux au terme de quarante jours de campagne, selon la coutume féodale.

Pour tenter d'arranger les choses, l'évêque catholique de la ville demande à ses fidèles de livrer 222 bonshommes cathares auxquels ils auraient accordé l'hospitalité. Bien que bons catholiques, les Biterrois refusent la transaction. Ils refusent également de se rendre aux croisés à la suite de leur évêque.

C'est alors qu'une poignée de Biterrois commettent une erreur qui leur sera fatale : ils opèrent une sortie en vue de défier les croisés en rase campagne. Ces derniers profitent de l'occasion pour pénétrer dans la ville, laquelle tombe bientôt entre leurs mains. La population, terrorisée, se réfugie dans l'église Sainte-Madeleine, mais les croisés n'en ont cure et la massacrent à qui mieux mieux...

Les croisés chassent les hérétiques de Carcassonne (miniature du XVe siècle, British Library, Londres)

Avec la prise de Béziers, les chefs de la croisade veulent dissuader les autres villes du Midi de leur résister. Ils ont hâte d'en finir avant que leurs propres hommes ne regagnent leurs seigneuries du nord. Dès le 1er août suivant, les croisés investissent la place forte de Carcassonne, entre Béziers et Toulouse. La cité tombe le 15 août.

Simon de Montfort prend la croisade en main

Le jeune vicomte Raimon-Roger de Trencavel se livre aux vainqueurs pour obtenir la vie sauve de ses sujets. Ses terres sont offertes par le légat Arnaud-Amalric aux principaux seigneurs de la croisade. Mais ceux-ci, le comte de Nevers, le duc de Bourgogne et le comte de Saint-Pol, les refusent tour à tour. Ils ont hâte de rentrer chez eux et craignent d'indisposer le roi de France en acceptant des terres du représentant du pape.

Dans l'embarras, le légat procède à une élection. Simon de Montfort, modeste seigneur de l'Yveline (une terre du sud de Paris), est désigné par ses pairs pour prendre la tête de l'armée. Il accepte. Ce guerrier valeureux est aussi un chrétien convaincu et pieux. Quelques années plus tôt, étant parti pour la Terre sainte avec la quatrième croisade, il a refusé de suivre ses compagnons dans l'attaque de Zara, une ville chrétienne.

Devenu vicomte de Béziers et Carcassonne, Simon de Montfort fait jurer à ses pairs de revenir le secourir en cas de besoin. Il peut compter sur une trentaine de seigneurs et leurs troupes, soit environ quatre mille hommes d'armes. Mais ces effectifs vont beaucoup fluctuer au gré des circonstances.

Simon de Montfort et ses croisés achèvent de soumettre les vassaux du vicomte de Trencavel. Ils obtiennent la capitulation de la forteresse de Minerve, au-dessus de Lézignan-Corbières, et brûlent les 80 bonshommes et bonnes femmes cathares qui s'y étaient réfugiés. Les forteresses de Cabaret et de Termes tombent à leur tour.

La guerre se poursuit avec acharnement contre la noblesse méridionale, en premier lieu contre le puissant comte de Foix, Raimon-Roger. Sa femme, Felipa, est une Bonne Femme ainsi que sa soeur, Esclarmonde de Foix (la famille, notons-le, compte plusieurs Esclarmonde, prénom qui signifie « celle qui éclaire le monde  »).

Raimon-Roger possède la haute vallée de l'Ariège (le Sabarthès), au-dessus de Foix. Le Donnezan (château de Quérigut) et le Capcir lui ont été donnés en fief par le roi Pierre II d'Aragon. Qui plus est, sa belle-fille lui apporte en dot les terres d'Andorre, de Caboët et de San-Juan. Des vassaux du comte, cathares ceux-là, tiennent les châteaux de Tarascon-sur-Ariège, Château-Verdun, Rabat-les-Trois Seigneurs, Miglos, Montréal-de-Sos et Lordat.

La capitulation de Lavaur, en mai 1211, se solde par l'envoi au bûcher de... 400 hérétiques et la pendaison de 80 chevaliers. La dame de Lavaur, bien que bonne catholique, est livrée aux soudards et jetée dans un puits !

Publié ou mis à jour le : 2019-07-09 09:04:57
Henri Huc (23-07-2015 00:40:56)

Biterrois de vieille souche -16eme siècle attesté- il va sans dire que le sujet de la prise et du massacre de Béziers m'a toujours interessė. Ce que j'ai retenu de mes lectures sur ce sujet au fil des décennies, ainsi que des propos sur ce drame entendus étant jeune dans ma famille, sans perdre de vue l'aspect légendaire que ces derniers devaient comporter, c'est que même si cette phrase terrible du légat du pape n'a pas été prononcée, elle correspondait à l'etat d'esprit qui animait les chefs de la croisade contre les Cathares.
Par ailleurs, il y a lieu de préciser que les Trencavel étaient entrés en possession du Biterriois de fraîche date, par mariage en épousant l'héritière du seigneur du lieu, vers la fin du siècle précédent et qu'ils n'étaient pas du tout appréciés par leurs sujets (leur nom selon feu l'occitaniste Robert Lafont, viendrait de "trencavellanas" en occitan littéralement "casse-amandes" en français on dirait plutôt casse-noisettes ou pire encore...
Au demeurant cet article paraît, en regard de ce que l'on sait de cette époque assez lointaine, plutôt objectif. Toutefois, désaccord sur un point précis : les vicomtés de Béziers et Carcassonne, unies dans la main des Trencavel n'etaient pas dans cette affaire le "maillon faible" mais au contraire le chaînon fort, avec un lien de vassalité par rapport au comte de Toulouse plus virtuel que réel, mais pour leur malheur ils étaient l'épicentre de l'hérésie cathare.
On peut relever aussi, comme l'article le suggère, que le rattachement au Domaine royal des Capétiens en 1225, s'est traduit par une gestion apaisée et acceptée.
Sempre Bézers ! (Béziers toujours ! )

bc (22-07-2015 19:26:24)

Je trouve l'article intéressant mais je trouve dommage l'utilisation du terme croisade qui est complètement anachronique et qui est mis à toutes les sauces. Personne n'allait en croisade à l'époque et depuis son invention, ce mot recouvre tellement de phénomèmes différents qui sont reliés par une unité langagière artificielle qu'il vaut mieux l'éviter. Par contre je ne sais pas si le mot croisé existait à l'époque.

Jacques C. (20-07-2009 19:13:06)

Sur le sac de Béziers,je trouve votre commentaire équilibré et dénué des légendes habituelles.Sur le fameux mot du Légat du pape "tuez les tous..." nous ne possédons que la citation de Césaire de Heisterbach, cistercien allemand qui le rapporte 60 ans après les évènements auxquels il n'a JAMAIS participé.Les relations de ceux qui furent au siège, eux témoins oculaires ou écrivains contemporains,Pierre de Vaux de Cernay,Guillaume de Puylaurens,Guillaume de Tudèle, ne rapportent rien de tel ni ne l'évoquent pas plus que les chroniques et chartes de l'époque.D'ailleurs ce mot n'a PAS PU ÊTRE PRONONCÉ: comme l'explique Michel Roquebert,pourtant hostile à la croisade, dans son œuvre copieuse "l'Épopée cathare" tome 1, la ville fut prise par surprise par les ribauds et les piétons, sans les chevaliers, après une provocation des assiégés qui se retourna contre eux et alors que les chefs de la croisade et le Légat délibéraient sur la tactique de l'assaut et le sort à réserver à la ville.Ils furent donc les premiers surpris de l'entrée d'une partie de leur troupe dans Béziers.Une fois l'invasion acquise les atroces lois de la guerre-qui n'ont pas fait de grands progrès depuis- menèrent au massacre, particulièrement dans l'Église de la Madeleine ( qui ne pouvait contenir plus de 2000 personnes).Vous citez un historien qui évalue la population d'alors à Béziers à 7000 personnes environ; le colloque de Béziers en 2006 parle de 10 000 personnes.Quoi qu'il en soit les chiffres habituels de 10 à 20 000 tués ne pouvaient être réels.

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