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La France du président Macron

Comment la France s'est-elle appauvrie?

1er novembre 2026. Gilets jaunes, lycéens, agriculteurs et syndicats se disposent à manifester en novembre « contre la vie chère ». Chacun s’attend à ce que l’exécutif lâche du lest pour apaiser ces colères récurrentes, quitte à aggraver la crise et placer le successeur du président Emmanuel Macron devant un défi insurmontable. C’est le résultat des contradictions dans lesquelles se débat le pays depuis trois bonnes décennies. Nous avons renoncé aux instruments de notre souveraineté. Ne nous étonnons donc pas aujourd’hui de nous appauvrir sans prise sur notre destin, comme le démontre ci-après une courbe inédite... Les remèdes sont à notre portée mais ils requièrent au préalable un diagnostic lucide et courageux.

Le PIB (produit intérieur brut), autrement dit la valeur ajoutée produite sur le territoire, n’augmente plus depuis deux trimestres et la récession menace [1].

C’est du jamais vu dans le pays depuis 1993. Cette année-là, pour la première fois depuis la Libération, la France était entrée en récession [2].

Un commerce lourdement déficitaire

En 2000, la France affichait encore un excédent des échanges de biens et services de 1,7% du PIB. Après la naissance de la monnaie unique, ces échanges avec l’étranger sont devenus continûment déficitaires et le sont restés jusqu’à ce jour [3].

Ce n’est pas la conséquence d’une fatalité quelconque mais de choix politiques ou plus exactement idéologiques que les citoyens et électeurs français ont accepté ou subi.

Il y eut en premier lieu la réduction autoritaire de la semaine de travail de 39 à 35 heures en 1998 par le gouvernement Jospin. Cette mesure affecta gravement la compétitivité des entreprises exportatrices. Dans un pays souverain normal, elle eut été corrigée par une dévaluation comme en 1969 ou en 1982-1983. Mais là, le traité de Maastricht l’interdisait.

Plus gravement, les classes dirigeantes de ce pays se détournèrent dès les années 1980 de l’industrie et manifestèrent le souhait d’entrer au plus vite dans une société de services, une société de la connaissance ou une « start-up nation » selon l’expression d’Emmanuel Macron. Dès 1980, le ministre de l’Éducation Jean-Pierre Chevènement ambitionna ainsi d’amener 80% de chaque classe d’âge au baccalauréat, ce qui revenait à disqualifier les métiers d’habileté manuelle [4].

L’objectif était de se concentrer sur les métiers de l’intelligence, réputés à haute valeur ajoutée, et de laisser aux pays attardés, en premier lieu la Chine, les métiers dits manuels, bas de gamme et sous-payés. Pour les métiers qui ne pouvaient être délocalisés, dans la domesticité ou encore le BTP, on fit appel à des immigrés, dont on sait bien qu’ils sont heureusement disposés à « faire les travaux que ne veulent pas faire les Français ». Cette phrase au sous-entendu violemment raciste est toujours en vogue dans les milieux d’affaires et les cercles progressistes pour justifier l’immigration de masse.

Dans cet esprit, en 2001, Serge Tchuruk, brillant Pdg d’Alcatel, se fit fort de bâtir une entreprise sans usine (« fabless ») en abandonnant la fabrication à des sous-traitants. Cela lui valut d’être élu par la presse économique enthousiaste « manager de l’année »… En conséquence de quoi, il ne fallut que quelques années à son entreprise, leader mondial dans les composants électroniques, pour sombrer et se faire racheter par le Finlandais Nokia !

Cette contre-performance ne modifia pas d’un iota les orientations officielles. Les gouvernements et nos distingués économistes ne se soucièrent pas des coups de boutoir infligés par les exportateurs allemands à nos industriels à partir des années 2000, considérant que c’était le prix à payer pour une « concurrence libre et non faussée » dans le cadre de la zone euro. Ils laissèrent l’industrie se désagréger et les champions français disparaître ou se faire racheter à l’image d’Alcatel, Lafarge, Péchiney, Technip, etc.   

Dans les dix dernières années, le phénomène s’est accéléré et s’est étendu à l’agriculture. Il n’est que de parcourir les allées d’un supermarché pour constater la part très majoritaire des fruits, légumes, œufs, volailles, mouton, etc. d’origine étrangère.

Un crédit illimité

Par ailleurs, en 2002, sitôt après l’arrivée de l’euro, l’État français a vu la dette publique dépasser le seuil de 60% du PIB, le seuil au-dessus duquel les experts commencent à s’inquiéter. Depuis lors, la dette publique, autrement dit le surplus de dépenses de l’État, de la santé et des collectivités, n’a plus cessé de croître jusqu’à atteindre aujourd’hui 120% du PIB [5].

La concomitance de la monnaie unique, du déficit commercial et de l'envol de la dette n’est pas une coïncidence de mon avis comme de celui de quelques éminents économistes, tel Joseph Stiglitz.

En effet, l’industrie et l’agriculture françaises se sont bien portées aussi longtemps que la France conservait sa souveraineté monétaire. Avec la disparition de la monnaie nationale, elles n’ont plus bénéficié de protection naturelle face au rouleau-compresseur allemand. Il leur eut alors fallu une protection politique mais celle-ci n’est pas venue, les gouvernants français, tous bords confondus, n’ayant rien de plus pressé que de « fonder les États-Unis d’Europe » et donc de n’entraver en rien les institutions européennes, y compris lorsqu’elles outrepassent leurs prérogatives [6].

Le résultat, si l’on s’en tient aux chiffres officiels, atteste d’un retard relatif de la France. Selon le FMI, en effet, le PIB réel par habitant entre 1999 et 2025, autrement dit la richesse moyenne disponible par habitant, a progressé de 24,2% en France contre 29,2% en Allemagne et 43,8% aux États-Unis.

Mais le plus surprenant est ailleurs, dans le fait que la modeste amélioration du niveau de vie des Français depuis vingt-cinq ans est toute entière due au crédit que veulent bien nous accorder les créanciers étrangers.

La courbe ci-dessous, jamais encore publiée, le démontre [7]. Depuis 2002, année après année, l’augmentation de la dette publique est supérieure à l’augmentation du PIB. L’écart s’est même amplifié comme jamais en 2024 et 2025, preuve que la paralysie de l’État consécutive à la folle dissolution de l’Assemblée législative à l’été 2024 n’a rien arrangé.

Augmentation de la dette publique et du PIB de la France année après annnée de 1999 à 2025 (source: INSEE, graphique conçu avec le concours de Chatgpt)

Nous relevons trois exceptions dans la courbe ci-dessus :

• 2021-2022-2023 : l’augmentation du PIB nominal est supérieure à l’augmentation de la dette publique. Sans doute un rattrapage après la mise à l’arrêt de l’économie pendant l’épidémie de covid, doublé d’une reprise de l’inflation sous l’effet des sanctions contre la Russie.
• 2018-2019 : le PIB augmente légèrement plus vite que la dette publique. On peut y voir l’effet des efforts de réindustrialisation et de maîtrise de la dépense publique au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron.
• 2006-2007 : cette exception-ci, due au ministre de l’Économie Thierry Breton, est plus intéressante. Elle s’explique par une maîtrise accrue des finances publiques et surtout par des cessions d’actifs avec la vente des sociétés concessionnaires d'autoroutes (APRR, ASF, SANEF) ainsi que de titres Alstom et Aéroports de Paris. Malheureusement, on ne peut vendre qu’une fois les « bijoux de famille ». Les cessions d’actifs peuvent servir pour un dépannage momentané mais ne changent pas la tendance de fond ainsi qu’on le voit ici.

Ces exceptions mises à part, on constate que depuis un quart de siècle, les Français vivent à crédit et se reposent sur la bienveillance des créanciers étrangers à l’égard de la « Grande Nation » pour préserver autant que faire se peut leur douceur de vivre. La dette a permis jusqu’ici de sauver les apparences en préservant la croissance du PIB :
• Chaque perte d’emploi dans la production de richesses concrètes (industrie, agriculture) est aussitôt compensée par la création d’emplois administratifs ou autres.
• Faute de perspectives dans l’industrie, les milieux d’affaires se satisfont quant à eux des marchés publics [8]. Ils ont au moins l’avantage d’être sans risque et de ne pas nécessiter d’efforts dans l’innovation : voirie, « transition énergétique », logements sociaux à destination des nouveaux migrants, etc.

Nous arrivons au terme du processus comme en témoignent la baisse du niveau de vie des classes populaires, l’effondrement des services publics, la dégradation des locaux scolaires, la baisse des dons aux Resto du Cœur, la froide colère des derniers paysans, etc. Les manifestations de Novembre et les coups de pouce du gouvernement n’y changeront rien.

Le diagnostic étant établi, on peut souhaiter – c’est mon cas – que les citoyens se donnent des chefs déterminés à restaurer la nation dans le cadre d’une communauté d’États forts et souverains qui regardent ensemble dans la même direction (l'Europe du traité de Rome et non celle de Maastricht et Lisbonne).

André Larané

[1] En 2025 déjà, le PIB français n'avait modestement progressé que de 0,8% en volume tandis que le pouvoir d’achat du revenu disponible brut par unité de consommation avait reculé de 0,7%. Source INSEE : Produit Intérieur Brut (PIB) et grands agrégats économiques en 2025


[2] La récession de 1993, la première depuis 1945, tire son origine de la mise en oeuvre du projet de monnaie unique, conformément au traité de Maastricht de 1992. La Deutsche Bank avait dû élever ses taux d'intérêt pour encaisser le choc de la réunification des deux Allemagnes. Comme le Système monétaire européen (SME) avait lié la monnaie française au mark allemand, la Banque de France fut obligée d'élever également ses taux d'intérêt pour éviter des sorties de capitaux et il s'en était suivi cette récession, avec une poussée du chômage et des salaires et des revenus qui ne suivent plus l'augmentation des prix. Source : Banque de France.



[4] L’objectif du gouvernement socialiste d’amener 80% de chaque classe d’âge au niveau du baccalauréat s’est pleinement réalisé. Résultat : en 2023, les universités généralistes ont délivré cent mille masters dans les disciplines à « col blanc » (droit, sciences politiques, lettres, sciences humaines, gestion…) cependant que les organismes de la métallurgie ont formé 25.000 soudeurs, chaudronniers et techniciens en maintenance industrielle, ce qui ne couvre même pas la moitié des besoins.


[5] Il n’y a guère que les États-Unis qui dépassent la France par l’ampleur relative de leur dette, la différence étant qu’ils disposent d’une monnaie de réserve, le dollar, qui n’a rien à craindre de ses créanciers et que leur PIB et le pouvoir d’achat moyen de ses habitants continue de croître à bonne allure. Parmi les pays comparables à la France, l'Italie a aussi une dette publique très élevée de l'ordre de 140% du PIB en 2025. Mais cette dette était déjà de 109% du PIB en 2000 quand celle de la France n'était que de 59% du PIB. La dette italienne a relativement moins progressé et surtout, ces dernières années, elle augmente bien moins vite que le PIB lui-même.  


[6] Inscrit à l'article 5, paragraphe 3, du Traité sur l’Union européenne (TUE), le principe de subsidiarité énonce : « Dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, l'Union intervient seulement si, et dans la mesure où, les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être atteints de manière suffisante par les États membres, tant au niveau central qu'au niveau régional et local, mais peuvent l'être mieux, en raison des dimensions ou des effets de l'action envisagée, au niveau de l'Union. » Très bien. Mais la Commission a dénaturé ce principe en estimant de son propre chef qu'elle était plus qualifiée que quiconque pour traiter de toutes les questions, jusqu'à la taille des bananes, l'arrachage des haies, les pailles à boire ou la protection du loup. Il ne s'est trouvé aucun élu ou gouvernant pour exiger que ce pouvoir d'appréciation soit confié à une autorité indépendante et démocratique, par exemple le Conseil européen des chefs d'État et de gouvernement.



[8] Voir à ce propos l’essai décapant de l’historien Pierre Vermeren : Le grand dérèglement (Odile, Jacob, septembre 2026, 23,90€).

Publié ou mis à jour le : 2026-11-01 22:01:26
mrs.bcd@gmail.com (01-11-2026 19:42:44)

Macron , le champion final, oui; mais de quoi?: 45 ans de socialisme.

GEGE (01-11-2026 18:03:17)

Une analyse pointue et pertinente;une dégringolade notamment de l'économie française avec un impact social grave.Nos hommes politiques ont très souvent une vision à court terme et boiteuse pour l... Lire la suite

Christian Tremblay (01-11-2026 15:44:57)

Je partage l'essentiel de votre analyse, sauf sur deux points qui mériterait d'être approndis. 1) Quand Emmanuel Macron lance l'idée de la "startup nation", hormis l'emprunt à l'anglais que l'on ... Lire la suite

Yves Montenay (01-11-2026 15:40:04)

Vous avez tout à fait raison de rappeler la décision purement idéologiques des 35 heures, qui appelait mathématiquement une dévaluation. Cela qu’il y ait ou non des embauches supplémentaires, ... Lire la suite

Belpaire (01-11-2026 14:43:15)

C'est parfaitement et chronologiquement argumenté!! Hélas!

andrzejewski nicole (01-11-2026 12:23:11)

merci pour cette synthèse

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