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Euthanasie

L'« aide à mourir », le legs du président aux Français

<< De la « mort heureuse » à l'« aide active à mourir »  

6 juillet 2026. Emmanuel Macron se félicite de faire entrer dans le droit français l'« aide active à mourir » qu'il a qualifiée de « loi de fraternité ». Il veut en faire, avec l'inscription dans la Constitution du « droit à l'avortement », le marqueur de sa présidence. En dépit ou à cause de l'immense portée éthique de cette loi, le recours à un référendum a été écarté. La loi sera adoptée le 15 juillet par les députés...

En France, une première loi sur la fin de vie avait été adoptée à l’unanimité en avril 2005 par l’Assemblée nationale à l'initiative du député et médecin Jean Leonetti. Cette loi proscrit « l’obstination déraisonnable » du corps médical et la « prolongation artificielle de la vie » du patient ; elle autorise l’arrêt d’un traitement sur avis collégial, si ce traitement relève de « l’obstination déraisonnable » ; elle impose le respect des volontés du patient quant à l’arrêt d’un traitement.

Puis la loi dite Claeys-Leonetti, votée le 2 février 2016, a autorisé la « sédation profonde et continue » jusqu'au décès pour les patients dont le pronostic vital est engagé à court terme afin de leur éviter une agonie douloureuse (source).

Jusqu’à ce jour, la société française s’est accommodée de ces dispositions. Si elles sont encore mal appliquées, cela n’a rien à voir avec la loi mais relève de l’effondrement du système de santé et de la pénurie de soins palliatifs, un enjeu politique d’une autre ampleur.

Des soins palliatifs à l'« aide active à mourir »

Là-dessus, élu à la présidence de la République l'année suivante et réélu en 2022, Emmanuel Macron a souhaité aligner la France sur les pays les plus avancés en la matière...

La Premier ministre Elisabeth Borne devant la Convention citoyenne sur la fin de vie (2023)Il a réuni une convention citoyenne sur la fin de vie avec 184 citoyens engagés sur le sujet et tirés au sort.

La convention a convenu que la loi Clayes-Leonetti pourrait très largement suffire. Elle déclare dans son rapport final d'avril 2023 : « Bien mise en œuvre, la loi Claeys-Leonetti actuelle pourrait suffire. En théorie, cette loi couvre la grande majorité des situations rencontrées. Pour autant, le refus d’une légalisation de l’aide active à mourir n’exclut pas la reconnaissance de situations exceptionnelles » (source).

Pour une frange de la classe politique, il est donc devenu urgent de légiférer pour remédier à ces situations exceptionnelles et très médiatisées, quitte pour cela à tordre le serment d'Hippocrate prêté par tous les futurs médecins : « Je ferai tout pour soulager les souffrances.  Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément (...) » (source).

C'est ainsi que le président Macron a pressé le Parlement d’aller beaucoup plus loin en autorisant l'« aide active à mourir » (suicide assisté et euthanasie) à l'imitation de ce qui se fait au Canada, aux Pays-Bas ou en Belgique :
• L’assistance au suicide correspond selon un avis du Comité consultatif national d’éthique « au fait de donner les moyens à une personne de mettre fin à ses jours en absorbant ou s’injectant un produit létal ».
• L’euthanasie désigne selon la même instance « l’acte d’un tiers qui met délibérément fin à la vie d’une personne dans l’intention de mettre un terme à une situation jugée insupportable ».

Contesté par le Sénat, le texte a été adopté définitivement le 15 juillet 2026, au lendemain de la Fête nationale et avant la clôture de la session parlementaire.

Proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (extrait)

Voici la « clé de voûte » de la future loi, rejetée par le Sénat et en voie d’être rétablie par l’Assemblée nationale :
Art. L. 1111-12-1. – I. – Le droit à l’aide à mourir consiste à autoriser et à accompagner une personne qui en a exprimé la demande à recourir à une substance létale, dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 1111-12-2 à L. 1111-12-7, afin qu’elle se l’administre ou, lorsqu’elle n’est pas physiquement en mesure d’y procéder, se la fasse administrer par un médecin ou par un infirmier.
Cet article ouvre la possibilité d'« euthanasier » une personne qui en ferait la demande, sous réserve qu'elle réponde aux conditions énoncées dans l'Article 4 du projet de loi (source).

La nouvelle loi résoudra-t-elle les « cas exceptionnels » non couverts par la loi Claeys-Leonetti ? Même pas. Ainsi, le cas très médiatisé de Vincent Humbert, devenu tétraplégique, aveugle et muet après un accident, ne serait toujours pas couvert par la nouvelle loi. Pareil pour les patients atteints d'un cancer en phase avancée, les victimes de la maladie de Charcot, les personnes qui souffrent d'un trouble psychiatrique grave, les malades d'Alzheimer, voire les patients atteints d'insuffisance rénale en phase avancée (source).

Reste une différence capitale entre la loi Clayes-Leonetti, qui autorise la sédation profonde et continue, et la loi Macron : celle-ci lève l'interdit de tuer adressé au corps médical depuis la nuit des temps. « Nous sommes des milliers de personnes handicapées à alerter : l’aide à mourir nous menace directement, dit Charlotte de Vilmorin, tétraplégique de naissance et cofondatrice des entreprises Wheeliz. On doit se battre pour réussir à survivre. Rendez-vous compte de l’absurdité d’un monde dans lequel la mort va être plus accessible que la santé ? » (source)

Les opposants au projet de loi, à l'image de Marie de Hennezel, psychologue et auteure de La mort intime, mettent en avant la fragilité des digues juridiques une fois qu’aura été levé l’interdit de donner la mort. Ils craignent que l'« aide active à mourir » (l'euthanasie) conduise à délaisser les soins palliatifs. Elle sera un prétexte tout trouvé pour alléger les dépenses de santé dans une France surendettée, avec un système de soins en voie d'effondrement.

On imagine déjà les cas de conscience du corps soignant dans les hôpitaux où, d'un côté, dans les unités de suicidologie, ils devront détourner des patients de la tentation de mettre fin à leurs jours et d'un autre côté, dans les unités d'euthanasie, ils devront s'appliquer à tuer des patients las de la vie.

L'« aide active à mourir », par sa portée anthropologique majeure, engage tous les citoyens. Elle eût donc mérité d'être soumise à référendum. Quel qu'eut été son résultat à l'issue d'un grand débat démocratique et contradictoire, nul doute que chacun se serait incliné devant la vox populi.

Hélas, pour éviter au président de la République un débat qui eût pu le mettre dans l'embarras, le Conseil Constitutionnel a considéré que ce projet de loi n'entrait pas dans le cadre de l'article 11 de la Constitution, lequel réserve le référendum aux textes « portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation... »  À quelques semaines d'intervalle, les mêmes « Sages »  n'ont pas considéré nécessaire de consulter le Peuple sur l'octroi d'un statut d'autonomie à la Corse, en rupture avec le principe pluriséculaire d'une République « une et indivisible ». Demandons-nous donc ce qui peut encore justifier un référendum aux yeux des magistrats présumés garantir le droit.

André Larané
<< De la « mort heureuse » à l'« aide active à mourir »  
Publié ou mis à jour le : 2026-07-20 00:33:11
Alex Rolet (17-07-2026 07:04:44)

Voir "femina accabadora" en Sardaigne.

clairette (13-07-2026 09:33:43)

Bonjour, Je trouve l'article plutôt informatif et pas nécessairement partisan (sauf pour la partie referendum). En revanche je suis absolument consternée par un grand nombre de commentaires qui mÃ... Lire la suite

Alban (12-07-2026 19:37:05)

Quand j'ai vu sur Mediapart ce titre : Pétition contre la loi « permis de tuer » : récit d’une mobilisation citoyenne devenue politique, j'ai un instant cru que l'extrême-gauche se mobilisait c... Lire la suite

Xadda33 (12-07-2026 18:51:56)

Votre article me paraît refléter une opinion toute personnelle. Qu'a-t-elle à voir avec un site dédiée aux amoureux de l'histoire ? À chacun d'évaluer son degré de souffrance dans le cas d'un... Lire la suite

Daniel (12-07-2026 16:04:35)

Comment pourrait-on alimenter un site d'analyse historique sans aucun recours à la sphère politique ? Il est bien dommage que la souscription 2026 soit la dernière pour M. siga. En seconde remarqu... Lire la suite

GODET JL (12-07-2026 15:46:11)

Cette loi, si elle est définitivement adoptée, le sera au détriment des plus faibles socialement et psychologiquement et, dans ses objectifs, elle interroge lourdement la notion de progrès.

siga (12-07-2026 13:57:14)

Et après vous dites que vous ne faites pas de la politique.
C'est ma dernière souscription. Dommage.

Jean-Pol (12-07-2026 12:29:00)

En tant que Belge je trouve regrettable que des Français soient dans l’obligation de venir en Belgique pour une mort assistée. Pour les réfractaires en France, je rappelle que la Belgique n’est... Lire la suite

Philippe (30-06-2026 12:16:13)

On a cessé de parler d' "euthanasie" parce que la paronomase avec "État nazi" était trop évidente.

agr (30-06-2026 11:08:47)

Bonjour et merci pour cette analyse et cet appel. A titre personnel, ce témoignage. Mon frère ainé est passé par une longue période de douleurs (post-opératoires, suite à un accident cardiaq... Lire la suite

PAB (30-06-2026 09:45:46)

Incroyable "proposition" de loi qui est portée par l'exécutif qui est un véritable tissu de mensonges, poussé par le Grand Orient de France, les mutuelles...Sachant qu'en pleine canicule, un dépu... Lire la suite

Coche (26-06-2026 12:20:43)

Emmanuel Macron veut faire entrer dans le droit français l'« aide active à mourir » qu'il a qualifiée de « loi de fraternité ». Effarant qu'un Président de la République veuille faire de l'Â... Lire la suite

corbineau (22-06-2026 19:42:15)

Tout ça est très bien et on a notre bonne conscience pour nous qui ne sommes pas concernés ou concernés de manière acceptable. Pour une fois pensons à ceux qui souffrent pour de vrai et commenÃ... Lire la suite

Benoit (16-06-2026 07:07:24)

La loi Leonetti est mal appliquée et l'offre en soins palliatifs ne progresse que très lentement, bien moins vite que les besoins. Une vingtaine de departements n'en ont aucune. Pour ceux qui ont ... Lire la suite

Philippe (15-06-2026 17:31:29)

Trop de vieux parce que pas assez d'enfants ... Pendant ce temps-là on compte en France : 16,6 millions de chats, 9,9 millions de chiens et 7.5 millions d'enfants de moins de 10 ans. "Mit der Dummh... Lire la suite

coche (14-06-2026 18:27:23)

L' aide à mourir, la mort douce, le suicide assisté, tous ces mots peuvent attendrir comme effrayer. S'il s'agit de réinitialiser la peine de mort, pourquoi ne pas attribuer une mort douce à un as... Lire la suite

Bertrand (14-06-2026 18:15:23)

L'appauvrissemenr continu du pays depuis 50 ans et le déséquilibre des comptes sociaux qui en résulte ne pouvaient aboutir qu'à cela. Pour rendre la potion acceptable, il fallait au préalable tra... Lire la suite

Jacques Groleau (14-06-2026 18:14:36)

Curieusement, ni M Larané, ni aucun des commentateurs, ne font allusion à l'eugénisme du IIIème Reich : prémonitoire, pourtant ! Mais évidemment "politiquement incorrect" !

Paul42 (14-06-2026 15:02:14)

Me concernant, car nous sommes tous éminemment concernés par cette question, je n'oublie pas que de toute façon je suis mortel. J'aime la vie mais pas à n'importe quel prix et notamment au prix d... Lire la suite

Chaktori (14-06-2026 12:16:09)

Ce projet sur l'euthanasie ainsi que l'avortement dans la constitution font partie d'un projet eugéniste. Une fois l'avortement dans la constitution, il est possible aux gouvernants de contrôler le ... Lire la suite

Orante (14-10-2022 16:51:59)

Plus je connais les hommes et plus j'aime les bêtes ...

pmlg (13-10-2022 13:37:30)

@ chris 34 La douleur « deshumanisante » ? Ce n'est par la douleur qui est deshumanisante, c'est l'incompétence de ceux qui doivent la prendre en charge et notamment de ceux qui n'ont d'autre solu... Lire la suite

pmlg (13-10-2022 13:28:38)

@ Edzodu : oui Je crois que vous revez un peu ! Il ne faut pas tout mélanger. La question de la fin de vie et la « solution euthanasique » [... une autre expression a eu cours au siècle dernier !]... Lire la suite

chris 34 (12-10-2022 17:10:39)

Le suicide assisté me semble une bonne alternative en veillant à l'interdiction de toute rémunération. Cependant ,si la lutte contre toute douleur déshumanisante était la règle ,ce serait suffi... Lire la suite

Edzodu (12-10-2022 13:29:11)

Nous sommes confrontés, aujourd'hui en France à une contradiction, qui ne dit pas son nom. Obtenir d'une part le maintien ou l'augmentation des naissances et éviter que des femmes victimes d'abus s... Lire la suite

jmpoux (12-10-2022 12:15:01)

Bonjour, Soleil vert est avant tout un roman de science-fiction de Harry Harrison publié aux États-Unis en 1966 puis traduit en français par Emmanuel de Morati et publié en 1974 aux Presses de la... Lire la suite

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