Être chrétien au Moyen Âge - Une immersion dans la vie quotidienne de nos aïeux - Herodote.net

Être chrétien au Moyen Âge

Une immersion dans la vie quotidienne de nos aïeux

18 janvier 2019 : très documenté, mais simple et pédagogique, Être chrétien au Moyen Âge (Jean Verdon, Perrin) nous transporte du haut au bas Moyen Âge pour nous montrer ce que signifiait « être chrétien » à cette époque et ce que cela induisait. Petite compilation croquée de vie chrétienne, anecdotes croustillantes à l’appui…

<em>Être chrétien au Moyen Âge</em>

Au Moyen Âge, comme de nos jours, nul ne pouvait être chrétien sans avoir reçu le baptême.  Jean Verdon, grand historien médiéviste, montre ici très clairement tous les aspects pratiques et même théologiques qui président au sacrement et qui en font la condition sine qua non pour être sauvé : sans baptême, pas de salut ! « D’où la terrible angoisse des parents, explique l’auteur, qui craignent de voir mourir leur enfant – et les morts à la naissance sont alors fréquentes – avant qu’il soit baptisé. »

Il en résulte certaines pratiques étonnantes. Celle du miracle à répit par exemple : l’enfant, grâce à l’intervention de la Vierge Marie ou d’un saint, ressuscite le temps de recevoir le sacrement, ce qui lui permet d’aller au paradis. « Saint Augustin, écrit l’universitaire, rapporte déjà qu’une femme d’Afrique obtient de saint Étienne que son petit enfant ressuscite de façon à pouvoir être baptisé avant de mourir. Mais, poursuit Jean Verdon, c’est seulement après le XIVe siècle que des sanctuaires sont spécialisés dans ce genre de miracles ».

Le baptême est alors si essentiel que même la théologie médiévale la plus rigoureuse, en l’occurrence celle de saint Thomas d’Aquin, accordait « en cas de nécessité » la possibilité à un laïc – même non baptisé ! – de baptiser quelqu’un d’autre. Pour Thomas d’Aquin (cité par Jean Verdon), « l’homme qui baptise apporte [alors] son ministère extérieur ; mais c’est le Christ qui baptise intérieurement, lui qui peut se servir de tout homme pour tout ce qu’il voudra ».

Tout concourt à l’éducation chrétienne de nos aïeux. Même le théâtre ! Eh oui, Jean Verdon montre comment celui-ci « participe à la formation religieuse des gens du Moyen Âge ». Aux Xe et XIe siècles, le « drame liturgique », issu de l’office lui-même, dramatise les offices de Pâques et de Noël. Les scènes se déroulent dans des lieux matérialisés, « la crypte devenant tombeau ou l’autel crèche ».

Dans la seconde partie du XIIe siècle et au XIIIe, le drame semi-liturgique voit le triomphe de la langue vulgaire : « la mise en scène devenue complexe, explique le médiéviste, appelle l’intervention de professionnels et quitte le chœur ou la nef ». La Résurrection reste l’élément essentiel qu’il convient de dramatiser. À la fin du Moyen Âge, les « mystères » (tels qu’on les appelle), ont la faveur du public. Bref, toutes les occasions sont bonnes pour instruire les spectateurs et ceux-ci, note Jean Verdon, « y trouvent un enseignement en matière de foi et de morale ».

Une vie rythmée par la liturgie

Le rythme de la vie épouse alors le rythme de la liturgie : le cycle du temps de nos ancêtres était celui de « l’année liturgique ». Et quand vient le temps du Carême qui prépare à Pâques, on jeûne. C’est la règle. Et pourtant Jean Verdon, sans doute pour s’amuser, cite Le Mesnagier de Paris. Dans ce livre manuscrit rédigé au XIVᵉ siècle, l’auteur, – il est vrai, un bourgeois parisien – écrit à l'intention de sa jeune épouse pour lui faire connaître la façon de tenir sa maison et de faire la cuisine. Ce livre, note l’historien, « fournit des menus [de Carême] comme celui-ci :

Première assiette : pommes cuites ; grosses figues de Provence rôties et feuilles de laurier par-dessus ; le cresson et le soret au vinaigre (peut-être du hareng saur, NDLR) ; pois coulés ; anguilles salées ; harengs blancs garnis de friture de mer et d’eau douce.
Deuxième assiette : carpes ; brochets ; soles ; rougets ; saumons ; anguilles et une arbolastre (omelette aux fines herbes et fromage, NDLR).
Troisième assiette : pimpernaux rôtis (anguilles, NDLR) ; merlans frits ; marsouin poudré à l’eau et fromenté ; crêpes et pâtés norrois.
Issue : Figues et raisins ; hypocras (une ancienne boisson à base de vin, sucrée au miel et aromatisée, NDLR) et gaufres.
 »

Mais cet exemple pittoresque et piquant est l’exception qui confirme la règle. Car « cette règle du jeûne [en certaines occasions et à certaines périodes de l’année] semble généralement suivie, même par les troupes en campagne », rappelle Jean Verdon.

L’intimité conjugale n’échappe pas non plus au « régime » qu’essaient de promouvoir clercs et prédicateurs. Certaines périodes sont plus propices que d’autres à l’acte conjugal et l’Église essaie d’éduquer ses fidèles à une chasteté authentique. Déjà, au Ve siècle, saint Césaire, évêque d’Arles et fort influent, s’adressait ainsi à son auditoire composé essentiellement de paysans : « (…) comme vous le savez parfaitement, aucune terre fréquemment ensemencée en une seule année ne peut produire une récolte normale. Ce qu’on ne veut pas dans son champ, pourquoi donc le ferait-on dans son corps ? » (sermon 44 cité par Jean Verdon). Comme quoi, les tenants de l’écologie intégrale d’aujourd’hui n’ont pas inventé la pluie !

Si l’Église ne souhaite pas frustrer l’élan de la nature humaine, il arrive souvent qu’elle soit exigeante. Question de priorité ! Le dominicain Thomas d’Aquin, tout en reconnaissant que « Dieu, pour pousser l’homme à l’acte qui pourvoit aux déficiences de l’espèce, joignit le plaisir à l’union, note cependant que « dans le mariage, l’union des âmes est plus importante que l’union des corps, parce qu’elle la précède ».

Jean Verdon évoque, textes historiographiques à l’appui et en partant des travaux de son confrère Jacques Le Goff, l’exemple éloquent du saint roi Louis IX. Non seulement celui-ci « observe à la lettre » les prescriptions de l’Église même les plus rigoureuses (notamment pendant les périodes de pénitence comme le Carême) mais, selon l’historien, il en fait « plus » qu’il n’est exigé « ajoutant des jours de continence à ceux que [l’Église] fixe » ! Cela n’empêchera pas le saint monarque de concevoir onze enfants avec son épouse Marguerite. « Peut-être plus, ajoute Jean Verdon, les enfants morts en bas âge ne laissant pas toujours de trace. »

Alors, Louis IX, un personnage austère ? Que nenni ! Pour preuve, l’anecdote truculente narrée par un intime du roi, Joinville, et que rapporte Jean Verdon : Blanche de Castille surveillait l’intimité conjugale de son fils ; pour y échapper lorsqu’il s’éprenait de Marguerite, Louis IX demandait simplement à ses huissiers de frapper aux portes de la chambre pour le prévenir à temps. Lorsque la reine-mère encombrante arrivait bien décidée à faire cesser leurs ébats, les deux époux avaient déjà retrouvé leur chambre respective…

Le livre de Jean Verdon n’est pas une compilation d’anecdotes sur la manière dont les gens vivaient leur foi au millénaire moyenâgeux. C’est plutôt un livre sérieux mais si rempli d’exemples concrets que chacun pourra mieux se rendre compte de l’importance et de l’étendue de la foi à cette époque. Une autre époque, en somme, mais qui a préparé la nôtre et dont ce livre permet de retrouver l’ADN : l’Évangile et la foi chrétienne.

Joseph Vallançon

 

Publié ou mis à jour le : 2019-01-19 15:45:00

 
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