18 mai 2025. Napoléon a trouvé son historien en la personne de Jean Tulard. Au fil d'une bibliographie colossale, il a exploré ce personnage et son temps sous toutes les facettes. Dans un nouvel essai, Napoléon, vérités et légendes (Perrin, mars 2025, 14€), il répond avec la sagacité qu'on lui connaît aux questions et aux préjugés qui entourent l'Empereur. À la sortie de cet ouvrage, il s'est entretenu avec Herodote.net sur la popularité persistante de Napoléon, deux siècles après sa mort...
Jean Tulard, de l'Institut, s'entretient avec Herodote.net
Herodote.net : Napoléon demeure un personnage très populaire. À quoi tient son succès ?
Jean Tulard : À un destin hors normes. À l’inverse d’Alexandre ou de César, issus de grandes lignées, Napoléon naît dans une famille corse de très petite noblesse et la Corse est alors sous la dépendance de la France.
En 1811, 42 ans plus tard, il règne sur un empire qui englobe la plus grande partie de l’Europe. Bruxelles, Amsterdam, Hambourg, Genève, Turin, Florence, Rome et par la suite Barcelone, sont des villes françaises. Napoléon est roi d’Italie et Protecteur de la Confédération du Rhin qui regroupe la plus grande partie de l’Allemagne et le duché de Varsovie.
Son frère Joseph est roi d’Espagne et Murat souverain de Naples. Un maréchal français règne à Stockholm. Napoléon est marié à la fille de l’empereur d’Autriche et allié au tsar Alexandre. Seules lui échappent les îles : l’Angleterre, la Sicile et la Sardaigne.
Sa chute est non moins spectaculaire. Il meurt en 1821, prisonnier sur une île perdue de l’Atlantique, comparé à Prométhée enchaîné sur son rocher.
Les femmes nécessaires à la légende sont présentes : la sensuelle Joséphine, l’extravagante Pauline, la douce Marie Walewska et l’infidèle Marie-Louise. Et comme dans toute tragédie, il faut compter avec deux traîtres : Fouché et Talleyrand, « le vice appuyé sur le bras du crime, » dira Chateaubriand.

Faut-il interpréter ce succès comme une imposture au regard de ses méfaits supposés et du caractère dictatorial de son règne ?
On a voulu comparer Napoléon aux dictateurs sanguinaires du XXe siècle et particulièrement à Hitler. On sait que ce dernier, dans Paris occupé, s’était rendu aux Invalides devant le tombeau de Napoléon. Ce n’était nullement un hommage mais une revanche. Après Iéna et la prise de Berlin, Napoléon s’était déjà rendu à sur le tombeau de Frédéric II pour célébrer sa victoire. Hitler « lui rend la pareille ». Il ne fait aucune référence à Napoléon dans Mein Kampf. Quant à Staline, il n’évoque Napoléon que lors de l’invasion de la Russie par les Allemands.
Le Consulat et l’Empire ne connaissent pas de doctrine raciste et si la question de l’esclavage revient dans l’actualité, c’est pour des motifs purement économiques. Napoléon lui-même avait été un grand lecteur de Rousseau et de l’abbé Raynal.
Il n’y a pas de répression sanguinaire à l’exception d’une part de la déportation des Jacobins – la « guillotine sèche » - après l’explosion de la machine infernale, d’autre part de l’exécution du duc d’Enghien.
Napoléon n’est pas non plus un « fauteur de guerre » : celle-ci lui est déclarée en 1805, 1806 et 1809. En revanche, son intervention en Espagne est une faute qui le perdra.
Du point de vue de l’Histoire, peut-on placer Napoléon dans la catégorie des bâtisseurs d’empire au même niveau qu’Alexandre, César, Charlemagne ou le Premier Empereur chinois ?
Napoléon a fondé un empire centralisé différent de ceux qui l’avaient précédé. Tout part de Paris et de Napoléon lui-même pour atteindre les coins les plus reculés de l’Europe : construction de routes (référence à Rome), division en préfectures, sous-préfectures, mairies, droit uniforme (introduction partout du Code civil (comme jadis le droit romain), langue souvent commune (le français est la langue la plus parlée de l’Europe). Si l’Empereur lui-même n’a pu maintenir son pouvoir, les structures sont souvent restées.

Napoléon révèle-t-il un génie d’exception ou bien, plus simplement, une singulière capacité à mobiliser les talents et les passions de ses fidèles ?
Le génie de Napoléon est incontestable : énorme puissance de travail (quatre heures de sommeil lui suffisent et il peut dormir à n’importe quel moment, n’importe où), clarté d’esprit et sens de l’autorité. Mais il a été assisté aussi d’excellents ministres (Chaptal, Portalis).
En revanche, aucun de ses maréchaux (Davout excepté) n’a eu son génie militaire. Laissés à eux-mêmes, notamment en Espagne, ils se révèlent souvent médiocres. Sur la fin de l’Empire, Napoléon lui-même s’épuise. À Waterloo, il n’est que l’ombre du vainqueur d’Austerlitz.
Appelé à clore la Révolution et sauver le pays au bord de l’éclatement, serait-il avant toute chose le produit de son époque ?
On retrouve pour clore la Révolution française le même cas de figure que pour la Révolution anglaise : un général victorieux (Monk pour l’Angleterre). On le pressentait dès 1789 et La Fayette, Dumouriez et Pichegru pensèrent être le nouveau Monk. Mais ils sont venus trop tôt et ce sera Bonaparte.
En définitive, derrière la propagande, ne pourrions-nous voir dans la geste napoléonienne une leçon d’Histoire sur les ressorts qui meuvent les hommes ?
La leçon à tirer de la geste napoléonienne, c’est l’apparition d’un « sauveur » lorsque la France est au bord de l’abîme. Napoléon se place dans la lignée de ces sauveurs, de Jeanne d’Arc à de Gaulle.














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Voir les 6 commentaires sur cet article
plumplum (11-11-2025 17:59:06)
Croyez moi ou pas mai au déjeuner ce midi je pérorais avec ma fille et je concluait que Napoleone à l'égal d'Alexandre (pour l'occident) était un génie. Partout il s'aoccypeit des affaires fe la... Lire la suite
Naboléon (17-08-2025 14:30:10)
Au delà de l’épopée, les français sont immensément reconnaissants à Napoléon d’avoir mis fin à la révolution. Restaurer l’ordre à l’intérieur et mettre le désordre à l’extérieu... Lire la suite
kari32 (18-05-2025 21:36:58)
Make *** Great Again.
Bicorne, tricorne, képi ou casquette à deux dollars...
Gare aux sauveurs dangereux qui cochent nombre des cases du fascisme.