Le monde au Moyen Âge (622-1453)

Vincent raconte le renouveau de l'Iran (821-1037)

Le renouveau de l'Iran (821-1037)

En 861, l’affaiblissement des califes abbassides provoque la montée en puissance des marges du califat : après s’être intéressés à l’Egypte dans le précédent épisode, on va maintenant se focaliser sur l’Iran.

Depuis l’an 821, l’Iran est gouverné par une dynastie d’émirs d’origine perse, les Tahirides. Ils demeurent fidèles au calife, mais contribuent déjà à redonner de la vigueur à la langue persane aux dépens de l’arabe. Ça permet d’entretenir un fort sentiment d’identité en Iran, qui conserve en mémoire la gloire des empires perses pré-islamiques. C’est aussi ce qui explique la vigueur du chiisme dans la région, qui permet de se démarquer du sunnisme officiel.

Dès l’an 864, une dynastie chiite prend son indépendance au sud de la Caspienne : les Alavides. Au même moment, un homme originaire du Sistan nommé as-Saffar parvient à fédérer de nombreuses milices qui lui permettent d’entrer dans Kaboul en 871, puis Nichapour 2 ans plus tard, ce qui provoque la chute des Tahirides. La nouvelle dynastie des Saffarides, centrée sur Zarandj, est la première à se détacher complètement du califat, mais elle va s’avérer éphémère. En Asie Centrale, une autre dynastie d’origine perse, les Samanides, entreprend d’amorcer sa propre expansion aux dépens des Saffarides. Centrée sur la ville de Boukhara, elle parvient à s’emparer du Khorasan en 900, puis du Sistan en 911, et peut ainsi se détacher à son tour de l’autorité des Abbassides.

L’époque samanide voit un retour de la culture iranienne sur le devant de la scène, notamment dans le domaine de la littérature et de l’architecture. Si la langue arabe est activement combattue, les Samanides  contribuent à étendre l’islam sunnite vers l’Afghanistan et l’Asie Centrale, surtout aux dépens du bouddhisme qui était alors dominant dans la région. Le contrôle de la route de la soie enrichit considérablement l’émirat : la porcelaine et la soie de Chine pénètrent le monde arabo-musulman par ce biais, que ce soit par voie terrestre ou maritime.

L’Iran des Samanides ne présente pas un peuplement homogène : les villes de Boukhara et de Samarcande forment un creuset entre les peuples turcs au nord de tradition nomade, et les peuples iraniens au sud. Ces derniers sont eux-mêmes divisés en plusieurs langues : outre les Perses qui sont majoritaires, on trouve des Sogdiens et des Tadjiks en Asie Centrale, des Pachtounes en Afghanistan, des Baloutches plus au sud. Plus à l’ouest vivent divers autres peuples iraniens, dont les plus nombreux sont les Kurdes qui sont apparentés aux anciens Mèdes de l’Antiquité.

En 932, ces derniers se rebellent à leur tour contre l’autorité des Abbassides : une dynastie kurde chiite, les Bouyides, parvient à étendre son emprise jusqu’au Fars, puis s’empare de Bagdad en 945, obtenant ainsi le contrôle sur l’Irak. A compter de cette date, le calife abbasside perd toute forme d’autorité temporelle, mais il subsiste en tant que chef spirituel des sunnites. Les Bouyides contribuent à apaiser l’agitation chiite, récurrente dans le sud de l’Irak depuis la mort d’Ali. Finalement, ce sont surtout les Samanides qui contribuent à entretenir l’autorité spirituelle des califes abbassides.

Pour les Bouyides comme pour les Samanides, le principal danger va venir des peuples turcs d’Asie Centrale. En 934, un khan de la dynastie des Qarakhanides se convertit à l’islam sunnite, fondant un premier sultanat. Contrairement aux émirs qui sont censés agir pour le compte du calife, le sultan affiche d’emblée son indépendance vis-à-vis du califat tout en reconnaissant le calife en tant que chef spirituel.

La puissance de l’émirat samanide repose de plus en plus sur des régiments d’esclaves turcs qui exercent une influence croissante sur la succession des émirs. En 983, les Bouyides en profitent pour progresser vers l’est ; puis en 992, ce sont les Qarakhanides qui s’emparent de Boukhara. A Ghazni en Afghanistan, un militaire turc en profite pour imposer son autorité aux dépens des Samanides, posant les bases de l’empire ghaznévide. C’est son successeur Mahmoud qui porte cet empire à son apogée : il parvient à stopper la progression des Qarakhanides en 997, regagne du terrain sur les Bouyides, puis étend son emprise jusqu’au nord de l’Inde d’où il retire un énorme butin.

L’empire ghaznévide favorise les influences mutuelles entre les cultures indienne et iranienne. Pour contrer la menace des Qarakhanides, il choisit de s’appuyer sur une tribu turque fuyant le sultanat et dirigée par un certain Seldjouk. C’est le point de départ de la dynastie des Seldjoukides qui va bientôt tout balayer jusqu’aux portes de Constantinople.

Vincent Boqueho
Publié ou mis à jour le : 2022-10-25 12:30:13

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