Brésil

Un pays en attente d'avenir

Avec près de 210 millions d'habitants en 2018, sur 8,5 millions de km2, le Brésil représente assez exactement la moitié de l'Amérique du Sud. Son produit intérieur brut de plus de 2300 milliards de dollars le hisse désormais au sixième rang parmi les puissances économiques mondiales, juste derrière la France.

Mais après plusieurs années de croissance euphorique à plus de 7% par an, le Brésil a vu sa croissance se tasser à nouveau très brutalement dans la deuxième décennie du XXIe siècle.

Alban Dignat

Diversité des hommes, unité politique

Drapeau du BrésilLe Brésil se distingue du reste du continent par sa langue, le portugais, qui vient de ce qu'il a été découvert par le Portugais Cabral et colonisé par Lisbonne au début du XVIe siècle. Il s'en distingue aussi par son unité politique.

Les colons ont résisté aux ingérences française (Villegaignon) et hollandaise (Jean-Maurice de Nassau) aux XVIe et XVIIe siècle. Lors des luttes pour l'indépendance, au XIXe siècle, à la différence de leurs voisins hispaniques, ils ont maintenu leur unité avec souplesse, d'abord sous l'autorité d'un empereur puis sous la forme d'une République fédérative.

Les Indiens ou Amérindiens, premiers habitants du pays, sont aujourd'hui très minoritaires. Le reste de la population se partage par moitié entre les descendants des Européens (Portugais, mais aussi colons allemands dans le sud, italiens autour de Sao Paolo...) et les métis et Noirs.

Les Noirs descendent des esclaves importés pour la plupart des établissements portugais d'Angola et du golfe de Guinée pour travailler dans les plantations sucrières du Nord-Est.

La religion catholique, imprégnée de réminiscences de cultes africains, a été longtemps avec la langue l'autre facteur d'unité du Brésil, premier pays catholique du monde. Mais elle est depuis la fin du XXe siècle battue en brèche par les confessions évangéliques importées des États-Unis et ne réunit plus que les trois cinquièmes de la population. Rio a même élu en 2016 un maire évangélique... Il s'ensuit l'émergence d'un nouvel ordre moral, très puritain, à l'opposé de la joie exubérante du carnaval.

L'avenir se fait attendre

« Le Brésil est un pays d’avenir et qui le restera » aurait dit Georges Clemenceau ! Cette formule garde sa pertinence malgré les experts de la banque Goldman Sachs qui le classent parmi les quatre ou cinq pays émergents du XXIe siècle sous l'acronyme de BRIC(S) : Brésil Russie Inde Chine (South Africa).

Le pays continue de fonder son développement sur l'exportation des ressources de l'agriculture, des forêts et du sous-sol. Son développement est rythmé par les cycles liés à ces ressources : hier, bois rouge (en portugais : « pau-brasil », d'où son nom), sucre, café, hévéa, or ; aujourd'hui soja, viande, pétrole et minerais.

Plutôt que d'améliorer l'exploitation des terres déjà défrichées, au rendement extrêmement médiocre, le gouvernement brésilien préfère étendre les défrichements. Encore aujourd'hui, une loi pernicieuse livre de vastes pans de forêt primaire aux défricheurs sous réserve qu'ils n'abritent plus d'Amérindiens, ce qui a pour effet d'encourager les trafiquants à massacrer ceux-ci ! 

Dans la première décennie du XXIe siècle, l'explosion du cours des matières premières sous l'effet de la demande chinoise a permis au Brésil d'afficher des taux de croissance mirifiques.

L'État a redistribué généreusement vers les classes populaires les revenus tirés de ses exportations, arrachant à l'extrême pauvreté des dizaines de millions de Brésiliens. Cette politique sociale a été mise en oeuvre par le président Luiz Inácio Lula da Silva (Lula), de 2003 à 2011. Cet ancien ouvrier et syndicaliste à la bouille chaleureuse, président du Parti des Travailleurs, y a gagné une immense popularité.

Mais à la fin de ce énième cycle de croissance, « quand la bise fut venue » avec le ralentissement de la demande chinoise, le pays, faute d'avoir réinvesti ses excédents commerciaux dans l'industrie, s'est retrouvé prisonnier de ses handicaps structurels et renvoyé à ses démons.

Son système de formation demeure médiocre. La bureaucratie, le népotisme et la corruption pèsent toujours sur l'État. Les inégalités sociales sont explosives. La population, toutes catégories sociales confondues, se voue à la consommation et s'endette outre-mesure pour cela (28% du revenu disponible, record mondial en 2010).

Il y a plus grave. La sécurité civile est inexistante et la police souvent corrompue et de mèche avec les gangs. Les bidonvilles ou favelas des grandes agglomérations sont sous la coupe des armées privées des traficants de drogue. Dans l'arrière-pays, ce sont les grands propriétaires qui imposent leur loi à coup d'exécutions sommaires. Le Brésil tient de ce fait le record mondial des homicides par armes à feu (plus de 40 000 meurtres par an).

La capitale futuriste Brasilia, les Jeux Olympiques à Rio en 2016 et la samba ne sauraient faire oublier ces handicaps récurrents, que l'on retrouve dans plusieurs autres pays latino-américains et qui obèrent l'avenir. En dépit de son immense popularité dans les classes ouvrières, l'ancien président Lula a été incarcéré en avril 2018 sous l'inculpation de corruption (et libéré en mars 2021 par la cour de cassation qui a invoqué une erreur de procédure). Sa dauphine Dilma Rousseff, élue en octobre 2010, a été elle-même destituée le 31 août 2016, pour maquillage de comptes publics.

L''État s'est beaucoup affaibli du fait de la mise en oeuvre des principes néolibéraux (abolition des barrières douanières, privatisation de tout ce qui peut l'être, réduction des dépenses publiques). L'incendie du Musée national de Rio le 2 septembre 2018, pour absence d'entretien par manque de fonds publics, en offre une lamentable illustration. 


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• 28 octobre 2018 : Jair Bolsonaro président !
Publié ou mis à jour le : 2021-06-22 14:54:53

 
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