Germinal

Un feuilleton télé dans l'air du temps

Fallait-il faire une nouvelle version de Germinal  ? Après les films d'Yves Allégret (1962) et Claude Berry (1993, avec Depardieu et Renaud), que pouvaient apporter les six épisodes diffusés sur France 2 ? A l'heure où le public, adultes comme plus jeunes, peine à retourner au cinéma tant il est absorbé par les séries américaines proposées en ligne, on peut se demander si le vieux Émile Zola peut bien encore séduire.

Les premières minutes n'augurent rien de bon : alors que l'on attendait de savoir comment serait traitée la magnifique scène d'ouverture du roman, l'arrivée d'Étienne Lantier est repoussée 10 minutes plus tard, le temps de présenter l'essentiel des personnages.

Etienne Lantier, image tirée de la série Germinal de David Hourrègue, 2021

Plutôt que de se concentrer sur les mineurs, comme l'avait fait Zola, les scénaristes ont de suite inséré dans la narration des scènes de la vie quotidienne des bourgeois, les Grégoire, actionnaires de la mine. Il en découle des va-et-vient entre les deux milieux qui, s'ils permettent de jouer sur le contraste des conditions de vie des familles, risquent de perdre le spectateur et de ne pas l'attacher suffisamment à la famille des mineurs, les Maheu.

Mais finalement, porté par le souffle de l'histoire imaginée par Zola, on se laisse conduire du côté des corons à la découverte de personnages attachants qui, heureusement, ne sont pas traités comme des stéréotypes mais sont montrés avec leurs qualités et leurs faiblesses.

Rasseneur, image tirée de la série Germinal de David Hourrègue, 2021

On s'étonnera cependant du choix d'un comédien noir à la carrure impressionnante pour jouer le rôle de Rasseneur décrit, chez Zola, comme un « gros homme débonnaire, rasé, l’air d’un cabaretier flamand ». Le réalisateur, David Hourrègue explique ce parti-pris : « J’assume les anachronismes quand ils servent l’universalité du propos et permettent de faire comprendre que "Germinal" concerne toute la France d’aujourd’hui ». Curieuse pensée très dans l'air du temps : serions-nous aujourd'hui trop étroits d'esprit pour concevoir la portée universelle de cette histoire de la France du XIXe siècle, en l'absence d'un représentant de nos minorités ? Qu'en sera-t-il des prochaines adaptations de La Princesse de Clèves ?

Mais soit ! Acceptons ces anachronismes qui transforment la jeune Catherine en ado trop gâtée lorsqu'elle lance à ses parents : « J'en ai marre, c'est une blague, j'me casse ! » ou encore les injures qui fusent entre les mineurs qui se traitent de « cons » et de « débiles ». On préférait les « Salaud ! Cochon ! Espèce de mufle ! » qui fleurissaient dans la version initiale, mais il faut bien se mettre dans l'air du temps...

La Maheude, Image tirée du film Germinal, 2021

Si  l'on oublie aussi certains choix comme une musique rock'n roll si présente qu'elle en devient pénible, cette série est plutôt une réussite. Il est vrai qu'avec l'oeuvre de Zola, ses créateurs avaient sous la main un scénario admirable, associant dialogues ciselés et descriptions psychologiques, scènes intimes et mouvements de foule, le tout avec un suspense s'amplifiant dans un beau crescendo.

N'oublions pas bien sûr le travail sur les costumes et les décors mêlant sites naturels et reconstitutions. On s'y croirait ! Les comédiens vivent pleinement leur rôle, en particulier « la Maheude » Alix Poisson qui parvient à nous faire oublier l'admirable Miou-Miou choisie par Claude Berry. 

Alors, si cette nouvelle version n'incitera peut-être pas les plus jeunes à lire Zola, reconnaissons qu'elle a le mérite de faire redécouvrir l'oeuvre au plus grand monde avec efficacité.

Isabelle Grégor

Affiche de la série Germinal de David Hourrègue, 2021

Publié ou mis à jour le : 2021-12-07 17:43:17

 
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