Le kiosque de l'Histoire, anciennes parutions

Sciences Humaines Histoire

Bimestriel, N° 1, Novembre-Décembre 2012, 12€

Bimestriel, N° 1, Novembre-Décembre 2012, 12€

 La rédaction de l'excellent mensuel Sciences Humaines inaugure ses hors-série Histoire avec La guerre des origines à nos jours. C'est une somme très complète et instructive sur les avatars de la guerre au fil des millénaires, des guerres primitives à coup de bâton ou de pierres aux guerres asymétriques d'aujourd'hui : bombardiers contre kalachnikov artisanales.

L'anthropologue Lawrence H. Keeley apporte un premier démenti à une idée convenue selon laquelle les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique auraient ignoré la guerre. Bien au contraire, les études de squelettes prouveraient qu'ils se battaient beaucoup et avec violence. À  ce propos, le savant souligne que les armes primitives peuvent s'avérer beaucoup plus meurtrières que les armes sophistiquées des champs de bataille, pour la bonne raison que les hommes arrivent plus ou moins à se protéger de ces dernières tandis qu'il est impossible de se protéger d'un agresseur impulsif armé d'une mâchette (on l'a encore vu lors du génocide du Rwanda).

Avec les cités sumériennes, 3000 ans av. J.-C., on entre dans un domaine plus familier, la guerre comme instrument de domination et de conquête. Moins connu des Occidentaux est son pendant chinois. À l'époque des Royaumes combattants (481 à 222 av. J.-C.), très similaire à notre Âge féodal, la Chine connaît paradoxalement une floraison intellectuelle et philosophique sans égale dans toute son Histoire. Comme si la division du pays en entités rivales stimulait la créativité de chacun (c'est une observation troublante que l'on peut faire aussi avec l'Allemagne morcelée des traités de Westphalie...). De cette époque date la publication d'un célébrissime traité de stratégie : L'Art de la guerre, par Sun Zi.

La Grèce et Rome nous apportent des modèles très différents mais qui vont aboutir à l'unification du monde méditerranéen, tout comme l'art chinois de la guerre a conduit à  l'unification de la Chine sous l'autorité d'un Empereur. Jules César, général et écrivain, est le grand stratège de cette Antiquité occidentale.

L'historien Philippe Contamine rappelle, à propos du Moyen Âge, que la guerre est dans l'ordre des choses. Elle est omniprésente comme l'attestent les fortifications de toutes sortes mais elle est aussi encadrée par un ensemble de codes, notamment religieux, de sorte que l'on ne peut parler d'anarchie. 

Un détour chez les Mongols, les Japonais et les Aztèques apporte une autre vision de la guerre. En Occident, tout change à la Renaissance, en Italie, avec le bouleversement des codes politiques et militaires. La guerre se fait plus violente, rapide et meurtrière. Marignan (1515), bataille la plus meurtrière depuis l'Antiquité, marque un tournant en l'espèce.

L'avènement des grands États modernes amène aussi les grandes guerres de masse. Elles culminent avec les guerres de la Révolution et de l'Empire. Le général prussien Karl von Clausewitz (1780-1831) va s'en faire le théoricien avec le traité : De la guerre.

La guerre de Sécession (1860-1865) inaugure les guerres totales, conduites jusqu'à l'extermination de l'adversaire. Ce hors-série de Sciences Humaines se conclut sur les guerres irrégulières avec un entretien avec le spécialiste en stratégie Gérard Chaliand.

André Larané


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