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Rudolf Noureev (1938 - 1993)

Danser pour être libre


Comment Rudi, un petit garçon tatare tombé amoureux de la danse, a-t-il réussi à construire un destin hors du commun et devenir Rudolf Noureev, l’une des personnalités les plus douées mais aussi les plus énigmatiques de son temps ?

Pour comprendre cet homme lumineux mais insupportable, d’un talent exceptionnel mais totalement fantasque, un détour s'impose à travers le parcours et la personnalité de celui qui se cachait derrière le masque du Tsar de la danse.

Rudolf Noureev dans « Hamlet », 1964, DR.

L'enfant du train

Il fait un froid glacial en cette fin d'hiver 1938, du côté du lac Baïkal, et le train qui emporte Farida Nureyeva vers son mari n'est guère chauffé. Drôle d'endroit pour accoucher ! C'est pourtant là, dans le Transsibérien, que Rudolf Noureev va se faire remarquer pour la première fois en venant au monde le 17 mars. Plus tard il aimera voir dans cette apparition peu banale le symbole caché du nomadisme incontrôlable qui marquera toute son existence.

Noureev en famille, DR.En attendant, le voilà enfin installé au chaud avec ses trois sœurs dans la maison de Vladivostok où vit son père Hamet, militaire chargé de l'enseignement de l'histoire du pays et de la bonne parole communiste.

C'est un homme rude au physique trapu et aux yeux bridés, héritage de ses ancêtres, les guerriers musulmans tatars.

Noureev et sa mère, DR.   Très vite, après avoir emmené sa famille à Moscou, il doit l'abandonner pour intégrer l'Armée rouge et défendre le pays contre le Reich. Les années difficiles commencent pour Farida qui préfère revenir sur ses terres natales, du côté des monts Oural. La situation n'y est pourtant guère réjouissante : elle peine à nourrir ses enfants qui sont traités de clochards par leurs camarades de classe.

Rudolf, en particulier, est l'objet de moqueries dues non à sa belle réussite en cours mais à son caractère solitaire et renfrogné. Pour oublier son surnom d'Adolf, le jeune garçon s'isole encore plus, ne trouvant de réconfort que dans la musique déversée par le poste de radio de sa mère.

Et puis un jour, c'est le choc : à son école est organisée une démonstration de danses folkloriques. Quelle révélation ! Quel plaisir d'aller dans les hôpitaux faire quelques pas pour soulager les soldats blessés ! Farida a bien compris que son Rudik n'aime rien tant que la musique, et elle va remuer ciel et terre pour emmener toute sa petite famille à l'opéra de sa ville, Oufa.

Qu'importe qu'elle n'ait pu payer qu'une seule place ! Dans la cohue, tous parviennent à se glisser à l'intérieur de la salle pour vivre un moment qui marquera à vie le petit passionné : « J'étais possédé. J'étais appelé. En voyant les danseurs, ce soir-là, défier la gravité et s'envoler, j'ai alors eu la certitude absolue que j'étais né pour devenir danseur ». Désormais, rien ne peut l'arrêter.

Rideau du Kirov (Théâtre Imperial Mariinsky), Saint-Pétersbourg, avant 1914.

À nous deux, le Kirov !

Pourtant, un obstacle majeur vient vite doucher son enthousiasme. Pas question en effet pour son père, de retour du front, que Rudolf devienne autre chose que médecin ou artilleur. Les coups tombent lorsque le garçon refuse d'aller à la chasse, occupation pourtant bien plus virile et honorable que de faire des pirouettes sur le parquet !

Noureev adolescent, DR.Ravalant ses pleurs, Rudik apprend à mentir, à dissimuler ses sentiments. Mais il ne peut cacher sa passion à Anna Oudeltsova, musicienne et ancienne danseuse qui va accepter de lui donner des leçons gratuites.

Très vite, il devient indispensable à la troupe de l'opéra d'Oufa où on finit par lui proposer un poste de danseur titulaire. Et puis quoi encore ! Il refuse, certain d'être destiné à entrer dans l'école de ballet de Léningrad (Saint-Pétersbourg aujourd'hui) même s'il commence à se faire vieux, du haut de ses 15 ans.

Il est sur le bon chemin puisqu'il a rejoint Moscou avec ses camarades d'Oufa et peut enfin admirer les danseurs du Bolchoï, à défaut d'être à leur place. Mais comme la bourse qui doit lui ouvrir les portes du Kirov de Léningrad (aujourd'hui théâtre Mariinski) tarde à venir, il décide de se rendre sur place en août 1955. Après trois jours d'un voyage en train cauchemardesque, le voici qui se précipite enfin à l'école du Kirov.

Portes fermées ! Le jeune ambitieux avait oublié que les danseurs aussi partent en vacances... Doté d’une obstination sans faille, il parvient à décrocher une audition mais l'accueil est plus que froid : « Jeune homme, ou bien vous deviendrez un brillant danseur ou bien vous serez un parfait raté ». On veut bien cependant lui donner sa chance, chance qu'il va s'empresser de saisir à pleines mains.

Première représentation du ballet de Tchaïkovski, « La Belle au bois dormant », au Théâtre Mariinsky le 15 janvier 1890.

Le vilain petit canard

« N'oublie pas que tu es ici par bonté et grâce à la charité de l'école ». Cette remarque de « Tête au Carré », de son vrai nom Chelkov, directeur de l'école, ne sera en effet pas oubliée par Noureev. Très vite, il se fait remarquer non seulement par ses cheveux trop longs et trop bruns mais surtout par son esprit rebelle qui le pousse à sortir du rang, sur et hors scène. N'a-t-il pas, une nuit, fait évacuer son dortoir pour pouvoir écouter seul de la musique ?

« Le gredin attardé » finit par être expédié devant Alexandre Pouchkine, ce professeur qui peut se targuer d'avoir été pendant 28 ans premier danseur au Kirov. Cet excellent pédagogue, d'une grande douceur, encourage le jeune homme à développer son talent en restant lui-même, c’est-à-dire exigeant, méfiant et sauvage.

Grâce à cette alliance des contraires, il devient vite le meilleur élève de l'école et se voit logiquement choisi pour la représenter au concours international de Moscou. (...)

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Publié ou mis à jour le : 2017-08-27 19:28:37

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Voir les 7 commentaires sur cet article

Schluck (14-11-201717:44:26)

Bonjour.
Dans  Rudi, we love you ! , vous voudrez bien remplacer les « sauts » d’humeur par des « sautes » d’humeur ; merci pour ce très beau texte.

Claudine (11-09-201717:04:59)

Merci pour ces moments de grâce incomparable !

Erik (29-08-201707:39:54)

Je dois avouer n'avoir pas compris le rapport avec l'épisode cubain de la baie des Cochons?...

jean (28-08-201712:47:35)

le plus triste c est la fin de sa vie, se sachant condamne il est seul, peu entoure , malgré ses excès , il était un génie hors du commun, c était un homme brillant, fascinant, cet article est un bel hommage. ce qui est triste c est que cette épidémie dans ces années la a fait disparaitre de grands talents, des personnalités qui n existent plus, c est la fin d un mythe , comme celle des grands stars d hollywod , elisabeth taylor était la dernière d entre elles au cinema

GOS (27-08-201717:49:34)

Merci de corriger d'urgence:
" Noureev ne s'en ait jamais caché" sic!!

GOS (27-08-201717:33:11)

Bel article. Corrigez vite la grosse bourde sur le transistor de sa mère pendant la guerre, sur lequel il découvre la musique:le transistor fut inventé en 1947 aux USA, et commercialisé au début des années 50...


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