Patrick Boucheron, universitaire spécialiste de la Renaissance urbaine en Italie, a été élu à ce titre au Collège de France en 2015. Un an plus tard, il se fit connaître du grand public avec l’Histoire mondiale de la France (Seuil, 2016). Cet ouvrage collectif rassemble en huit cents pages les contributions de cent vingt-deux historiens. En sa qualité de directeur de publication, Patrick Boucheron y a contribué par l’introduction et un article sur l’ordonnance de Villers-Cotterêts.
Là-dessus, il s’est fait apprécier comme vulgarisateur de l’Histoire dans les médias audiovisuels, en concurrence avec Stéphane Bern, Lorant Deutsch ou encore Franck Ferrand.
Dans le portrait que lui a consacré Le Figaro en janvier 2025, l'historien Jean-Marie Le Gall regrettait qu’il n’ait pas écrit « des livres de fond, comme jadis Braudel, Duby, Le Roy Ladurie » pour se hisser au niveau des grands historiens. Il semble que Patrick Boucheron ait reçu le message. À 60 ans, il vient donc de publier Peste noire (Seuil, « L’univers historique », 560 p., 27 €).
L’historienne Marie Dejoux écrit dans Le Monde des Livres (30 janvier 2026) : « Écrit dans un style très littéraire – parfois ardu –, Peste noire est aussi un manifeste. »
Nicolas Todd s’est étonné quant à lui que l’historien se soit engagé sur ce sujet sans avoir « jusqu’ici manifesté un grand intérêt ni pour la vie matérielle ni pour les sciences de la nature ».
Chargé de recherche au CNRS et spécialiste de biodémographie humaine, il a décrypté l’ouvrage avec l’œil du scientifique et tiré de sa lecture une note (très) critique. Il s’est ainsi désolé de relever nombre d’erreurs et de contresens derrière un langage volontairement abscons qui masque l’absence de maîtrise du sujet par l’auteur.
Significative est l'absence de glossaire des termes techniques. « L’auteur de Peste noire est-il si à l’aise qu’il ne puisse concevoir qu’une partie importante de son lectorat eût apprécié un tel glossaire ? Certaines formulations trahissent pourtant une connaissance hésitante et suggèrent donc l’explication inverse : si la biologie est traversée en hâte, c’est qu’il serait imprudent de s’y arrêter, » suggère Nicolas Todd. Par exemple, « Page 62, l’expression ‘code génétique’ est utilisée au sens de matériel génétique. Pour apprécier la signification de cette imprécision, il faut imaginer un élève du conservatoire qui parlerait de solfège au lieu de partition. « J’ai oublié mes solfèges à la maison », dirait Boucheron... »
Pour qui souhaiterait une vision complète de Yersinia pestis, le mieux est sans doute d'en revenir au grand ouvrage qui fait encore référence sur le sujet, un demi-siècle après sa publication, celui du médecin et historien Jean-Noël Biraben : Les hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens (Paris-La Haye, Mouton, 1975)...
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Alain (20-04-2026 17:09:41)
Comme Jeanclement (20-04-2026 09:00:22) a visiblement un niveau de compréhension qui lui permet 1° d’avoir un avis averti et argumenté sur le positionnement politique de Patrick Boucheron 2° de ... Lire la suite
Jeanclement (20-04-2026 09:00:22)
depuis "l'histoire mondiale de la France" puis de différents prises de position jusqu'à la cérémonie des JO, j'ai compris que j'avais affaire, non à un vrai historien, mais à un militant de gauc... Lire la suite
Minuit (20-04-2026 00:47:34)
"Là-dessus, il s’est fait apprécier comme vulgarisateur de l’Histoire dans les médias audiovisuels, en concurrence avec Stéphane Bern, Lorant Deutsch ou encore Franck Ferrand". Je n'ai pas lu... Lire la suite