Premières crises au Proche-Orient

Mésopotamie : l’essor des Amorrites

Vers 2000 av. J.-C., la Mésopotamie antique va connaître sa plus grande mutation en raison de l’arrivée d’un nouveau peuple sémitique : les Amorrites.

Un nouvel ordre se substitue aux anciennes cités-États

Venus de Syrie, les Amorrites avaient déjà contribué à l’affaiblissement de l’empire d’Akkad, sans doute poussés par l’assèchement de leur région d’origine. L’empire d’Ur doit lui aussi faire face à leur avancée, ce qui pousse Shulgi à ériger une muraille au nord-ouest.

Le contrôle des marches militaires de l’empire à l’est demande aussi un effort permanent, notamment face à la menace élamite, et les gouverneurs militaires prennent de plus en plus d’autonomie vers -2030. Sous le règne d’Ibbi-Sîn, l’empire d’Ur éclate sous cette double pression élamite et amorrite.

Les Amorrites s’installent massivement jusqu’au cœur du pays de Sumer, et plusieurs gouverneurs proclament leur indépendance dans un contexte de famines. Ce sont les Elamites, regroupés en un vaste royaume, qui donnent le coup de grâce en 2004 av. J.-C., en s’emparant de la ville d’Ur et en emmenant Ibbi-Sîn en exil.

Cet événement aura un impact psychologique considérable, et de nombreuses lamentations sur la chute des anciennes cités seront rédigées par la suite. En effet, cela marque la fin de l’ordre ancien : en terme de peuplement d’abord, les années 2400 à 2000 voient survenir une lente mutation qui amène à l’extinction complète des Sumériens. À partir de -2000, les Amorrites dominent politiquement, mais ils adoptent rapidement l’akkadien, qui continue ainsi son essor et devient la langue des échanges dans tout le Proche-Orient.

La fin de l’empire d’Ur et les famines associées poussent aussi à l’émigration : ainsi le mythe hébreu du voyage d’Abraham depuis Ur jusqu’en Canaan trouve sans doute certaines racines à cette époque.

Enfin, les villes anciennes comme Ur, Uruk, Nippur, Lagash ou Kish s’effacent au profit de nouvelles cités. C’est la ville d’Isin qui émerge en premier des ruines de l’empire d’Ur : son roi Ishbi-Erra, jadis simple gouverneur, parvient à chasser les Elamites du pays et à obtenir une certaine hégémonie sur la Basse Mésopotamie. Un peu plus tard, c’est la ville de Larsa, dirigée par des Amorrites, qui commence à prendre son essor.

Au prix de conflits incessants, elle parvient à grignoter peu à peu du terrain face à Isin, notamment sous l’impulsion de son roi Gungunnum à partir de 1930 av. J.-C.. Celui-ci réussit même à briser la puissance de l’Elam grâce à un raid sur Suse. Les conflits entre Larsa et Isin se poursuivent pendant plus d’un siècle, et les frontières de ces 2 royaumes ne cessent de fluctuer.

C’est un peu plus tard, vers 1830 av. J.-C., que les cités situées plus au nord prennent leur essor sous l’impulsion des Amorrites. Les principales sont Babylone, Eshnunna, Ekallatum et Mari. Eshnunna s’avère dans un premier temps la plus menaçante, mais les rapports de force vont rapidement changer. Pendant ce temps, l’Elam retrouve tout son éclat et s’impose comme la principale puissance dans la région.

Enfin en pays amorrite, au cœur de l’actuelle Syrie, 2 puissants royaumes émergent : le royaume de Yamkhad avec pour capitale Alep, et le royaume de Qatna. Notons qu’Alep restera une ville importante jusqu’à aujourd’hui, ce qui en fait la plus vieille grande ville du Monde actuel.

En 1810 av. J.-C., l’influence diplomatique du Moyen Empire égyptien parvenait jusqu’à Qatna, qui constituait donc un pivot entre les influences égyptienne et akkadienne. En cette époque de pleine mutation et sous l’impulsion des Amorrites, la Mésopotamie va bientôt se structurer en 2 ensembles qui perdureront jusqu’à la fin de la haute antiquité : l’Assyrie, et la Babylonie. La 2e grande partie de l’Histoire de cette civilisation est en train de s’ouvrir.


L'auteur : Vincent Boqueho

Vincent Boqueho est astrophysicien et professeur de physique en classes préparatoires à Nice. Féru d'Histoire longue, il a publié un essai percutant sur l’influence du climat : Les civilisations à l’épreuve du climat (éditions Dunod, avril 2012, 186 pages, 18 euros).

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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