Premières crises au Proche-Orient

Mésopotamie : l'empire d'Ur

En 2220 av. J.-C., l’empire d’Akkad a un siècle d’existence et est toujours rayonnant sous le règne de Naram-Sin. Cependant, l’empire n’a jamais réussi à se concilier les populations qu’il domine : à la mort de Naram-Sin en -2218, son fils Shar-kali-Sharri doit comme ses prédécesseurs combattre sur tous les fronts.

Au nord-ouest, un nouveau peuple sémitique, les Amorrites, tente de pénétrer en Mésopotamie. Au nord-est, des barbares du Zagros, les Gutis, attaquent en masse. Au sud-est, le gouverneur élamite de Suse, Puzur-Inshushinak, en profite pour prendre son indépendance.

La Basse Mésopotamie réunifiée

Contrairement à ses prédécesseurs, Shar-Kali-Sharri ne parvient pas à rétablir l’ordre et ploie peu à peu sous le nombre. Les Gutis s’avancent jusqu’au pays de Sumer, où ils s’emparent de certaines villes tandis que les autres prennent leur indépendance. A la mort de Shar-Kali-Sharri en -2193, l’empire est réduit à la région d’Akkad et la Basse Mésopotamie entre dans une période très obscure.

C’est l’Elam qui profite le plus des événements à cette époque : sous l’impulsion de Puzur-Inshushinak, il connaît un véritable renouveau artistique et voit même l’apparition d’une nouvelle écriture élamite. Cependant, l’Elam finit par être confronté lui aussi aux attaques des Gutis qui stoppent net son expansion.

À Akkad, les derniers rois s’éteignent en 2154 av. J.-C. : la ville elle-même finira par disparaître sans laisser de trace. C’est du pays de Sumer que viendra le renouveau : la ville de Lagash retrouve une certaine puissance sous le règne de Gudea, de 2141 à 2122 av. J.-C..

Cependant, elle doit composer avec les prétentions d’autres cités, notamment Uruk : vers -2120, le roi d’Uruk Utu-Hegal remporte des succès décisifs et parvient à chasser les Gutis de Basse Mésopotamie, s’assurant une position dominante dans le pays. Le royaume d’Uruk inclut notamment la ville d’Ur : Utu-Hegal y place son frère Ur-Nammu au poste de gouverneur, mais 8 ans plus tard celui-ci s’empare du pouvoir par un coup d’état et fonde la 3e dynastie d’Ur qui restera célèbre.

Ur-Nammu poursuit l’œuvre de Utu-Hegal et parvient à contrôler l’ensemble de la Basse Mésopotamie, avec Ur pour capitale. Il remet en valeur les terres agricoles après des décennies de chaos, fait rédiger le plus ancien texte de lois qui nous soit parvenu, et fait reconstruire de nombreux temples dans le pays.

Il fait notamment ériger à Ur la 1ère ziggurat, temple à degrés qui deviendra le type d’édifice le plus caractéristique de la Mésopotamie. La nouvelle prospérité économique de Sumer permet enfin la reprise du commerce maritime avec les pays lointains.

Ur-Nammu meurt au combat en 2094 av. J.-C. et son fils Shulgi monte sur le trône. Son règne dure 48 ans et marque l’apogée du royaume d’Ur : il mène de nombreuses campagnes victorieuses vers le Zagros à l’est, notamment contre les Elamites, et y établit tout un ensemble de marches militaires chargées de contenir les attaques. Il réorganise de fond en comble l’administration de l’empire, et semble même avoir tenté d’ériger une nouvelle capitale plus centrale près de Nippur. La centralisation et la bureaucratisation atteignent des sommets.

Des ziggurats sont élevées dans tout le pays. Comme Naram-Sin, Shulgi s’élève au rang de divinité. Le sumérien redevient la langue administrative et littéraire, mais l’empire d’Akkad a laissé des traces profondes : même à Sumer la majorité de la population parle maintenant l’akkadien, et le sumérien continue de perdre du terrain.

Shulgi meurt en -2047 et ses successeurs vont tenter tant bien que mal de conserver son héritage. L’empire d’Ur va durer ainsi environ un siècle. Après lui, le peuple sumérien disparaîtra définitivement, mais la prestigieuse culture sumérienne lui survivra longtemps au sein des peuples qui lui succèderont.


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Égypte : le Moyen Empire

L'auteur : Vincent Boqueho

Vincent Boqueho est astrophysicien et professeur de physique en classes préparatoires à Nice. Féru d'Histoire longue, il a publié un essai percutant sur l’influence du climat : Les civilisations à l’épreuve du climat (éditions Dunod, avril 2012, 186 pages, 18 euros).

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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