1793-1795

Les guerres de Vendée

Le dimanche 10 mars 1793, à Paris, l'assemblée de la Convention recourt à la levée en masse autoritaire de 300 000 hommes pour faire face au retour en force des armées européennes coalisées contre la France révolutionnaire. Il s'ensuit dès le lendemain des soulèvements dans beaucoup de campagnes, où les paysans, jusque-là indifférents à l'agitation parisienne, ne supportent pas qu'on leur demande de verser leur sang pour une cause qu'ils exècrent.

Dans l'ouest de la France, ces soulèvements débouchent sur un conflit d'une particulière violence, avec un total d'environ deux cent mille tués et disparus en deux ans de guerres. Le conflit fait plus de cent mille victimes dans le seul département de la Vendée qui comptait 800 000 habitants en 1792 (note). Il meurtrit aussi les régions voisines, Bretagne, Maine, Basse-Normandie, Anjou, où les insurgés prennent le nom de « Chouans ». À Nantes, sur ordre du représentant en mission Carrier, deux mille malheureux sont noyés dans des gabarres coulées au milieu de la Loire, qualifiée pour le coup de « baignoire nationale » !

Par leur férocité, les « guerres de Vendée » n'auront guère à envier aux guerres étrangères de la Révolution...

Les paysans contre la Convention

Le jour même de la réquisition, le 10 mars 1793, les paysans, échaudés par l'exécution du roi Louis XVI et les mesures antireligieuses des révolutionnaires parisiens, assaillent les autorités municipales.

Spontanée, la rébellion couvre les Mauges, le Choletais, le bocage vendéen, le marais de Challans et le pays de Retz (toute une région du sud de la Loire qui prendra bientôt le nom de Vendée militaire).

C'est le début des guerres de Vendée. Mais les paysans et leurs chefs manquent d'expérience militaire. Ils vont quérir en complément des chefs plus expérimentés : d'Elbée, lieutenant de cavalerie, Charette, ancien officier de marine, Bonchamps, d'Autichamp, Lescure, Sapinaud, Talmond... Ces aristocrates se montrent au départ assez réticents à prendre la tête d'une armée de paysans mais ils ne tardent pas à faire la preuve de leur sincérité militante.

Le plus hardi de ces nobles est le jeune Henri du Vergier, comte de la Roche jaquelein (20 ans). Ce sous-lieutenant de cavalerie, issu d'une famille de haute noblesse, avertit ceux qui viennent le solliciter : « Allons chercher l'ennemi : si je recule, tuez-moi ; si j'avance, suivez-moi ; si je meurs, vengez-moi ».

Armés de faux et de fourches, résolus et enthousiastes, les insurgés chassent les « Bleus » (les soldats de la République étaient ainsi nommés en raison de leur uniforme) et rétablissent le culte catholique dans leurs villages.

Dans les villes de la région, à Beaupréau, à Vihiers, à Cholet le 17 mars, Chemillé le 11 avril, Bressuire le 12 mai, Thouars le 5, Fontenay le 25, Saumur le 9 juin, les insurgés trouvent les fusils et les canons qui leur manquent.

Prenant de l'assurance, ils constituent une « armée catholique et royale » avec environ 40 000 hommes indisciplinés et sans expérience militaire à l'exception d'une dizaine de milliers d'anciens soldats. La plupart ne se privent pas de rentrer chez eux quand cela leur chante ou sitôt que le danger est passé. Cette armée va néanmoins aller de succès en succès jusqu'à conquérir Angers le 18 juin. Face à elle, les 40 000 à 70 000 Bleus n'ont dans l'ensemble guère plus d'expérience militaire. Ce sont pour la plupart des volontaires issus des différentes régions du pays.

Le 1er août, un décret de la Convention ordonne la destruction et l'incendie de la Vendée en état d'insurrection. La mise en oeuvre de ce plan est confiée au général François Westermann.

La Convention décrète...

Article premier :
le ministre de la guerre donnera sur-le-champ les ordres nécessaire pour que la garnison de Mayence soit transportée en poste dans la Vendée ; Il sera envoyé par le ministre de la guerre des matières combustibles de toute espèce, pour incendier les bois, les taillis et les genêts... Les femmes, les enfants et les vieillards, seront conduits dans l'intérieur ; il sera pourvu à leur subsistance et à leur sûreté, avec tous les égards dus à l'humanité... Les biens des rebelles de la Vendée sont déclarés appartenir à la république.
(Extrait du décret de la convention nationale du 1er août 1793, A.D.V., 52J4).

Le 14 août, l'« armée catholique et royale » défait les républicains dans la plaine de Luçon et menace de marcher sur Paris.

Prenant la mesure du péril, la Convention envoie en Vendée 100 000 hommes, dont les invincibles « Mayençais », des soldats d'élite qui ont capitulé avec honneur à Mayence, sur le Rhin. Ils sont placés sous les ordres de Kléber et Haxo. Du 19 au 22 septembre, les royalistes remportent encore cinq victoires en cinq jours et mettent les républicains en déroute. Mais leurs chefs commencent à se disputer et éprouvent à Cholet leur premier revers grave...

Ultimes soubresauts

Avec la chute de Robespierre et la fin de la menace extérieure, le gouvernement révolutionnaire se fait plus conciliant.

Lazare Hoche (25 ans) prend le commandement de l'armée républicaine de Vendée. Le général proscrit sévèrement les pillages et les vengeances. Il ordonne à ses troupes d'observer strictement les stipulations de la Jaunaye concernant la liberté religieuse, ce qui lui vaudra d'être surnommé le « pacificateur de la Vendée ».

Les paysans, constatant que le culte catholique n'est plus menacé, n'ont en général plus envie de se battre... Mais un ancien chef vendéen, le baron François Charette de la Contrie, projette pour des raisons mal élucidées de rallumer les hostilités. Les Anglais, engagés dans une guerre inexpiable avec le gouvernement de Paris, condescendent à lui apporter leur soutien. La tentative de débarquement, sur la presqu'île de Quiberon, se solde par un cruel échec. Charette se retrouve isolé dans le bocage avec une poignée de partisans.

Un peu plus tard, un autre chef vendéen, Stofflet, rentre en guerre en janvier 1796 sur ordre des princes émigrés. Mais il est capturé et fusillé à Angers le 25 février 1796. Quant à Charette, traqué comme une bête, il est pris le 23 mars à la Chaboterie de Saint-Sulpice-le-Verdon et fusillé le 29 mars 1796.

Les combats sont finis mais le souvenir des atrocités va alimenter les rancoeurs et les conspirations chez de nombreux Vendéens et Chouans. Le plus célèbre de ces derniers, Georges Cadoudal, entrera bien plus tard dans un ultime complot royaliste.


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La Révolution française
Publié ou mis à jour le : 2023-02-10 16:56:11
Gilbert 85 (28-01-2023 20:25:17)

La guerre de Vendée fut une guerre de religion (catholiques / athées ) , une guerre civile (français / français) , et une guerre politique ( royalistes /républicains ) . Le parallèle avec la "c... Lire la suite

Louis (01-07-2012 18:26:38)

Sur le sujet, les meilleurs travaux sont indéniablement ceux de Monsieur Reynald Seycher.
A lire et relire absolument!

Louis

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