L'Histoire en quatrième

Les Temps modernes (1598 - 1789), survol général

En une centaine d'années seulement, au XVIe siècle, l'Europe a vécu de foudroyants bouleversements : la diffusion du livre imprimé et de la lecture, l'apparition d'un nouvel ensemble de religions d'obédience chrétienne, le protestantisme et, plus fort que tout, la découverte et la conquête d'un Nouveau Monde: le continent américain.

Au commencement...

L'Europe, rassasiée de nouveautés, doit désormais digérer celles-ci. Certains pays y réussissent avec éclat, telles la Hollande et l'Angleterre, d'autres échouent, tels l'Espagne et le Portugal, qui étaient pourtant tôt partis dans la conquête de nouvelles routes maritimes. L'Allemagne et l'Italie, divisées et impuissantes, restent sur le bord du chemin.

A l'extrémité orientale du continent, le grand-duché de Moscovie se libère de l'oppression mongole. Après bien des tourments et des guerres civiles, il donne naissance à l'empire de Russie. Des tsars ou empereurs autoritaires et sans scrupules, Pierre 1er le Grand et Catherine II, tentent de moderniser leur pays mais n'y arrivent qu'à moitié.

La France, bénéficiant d'une monarchie forte et respectée, rayonne avec éclat sur tout ce beau monde.

Nouvelles guerres religieuses

La crise de la chrétienté catholique avait conduit au XVIe siècle à l'émergence de religions dissidentes: les luthériens (disciples de Martin Luther) en Allemagne du nord et en Scandinavie, les calvinistes (disciples de Jean Calvin) aux Pays-Bas, les anglicans en Angleterre...

Dans le Saint Empire romain germanique, l'opposition entre les grands seigneurs luthériens et l'empereur catholique ne fait que croître.

En 1618 éclate une guerre en Bohême (aujourd'hui la République tchèque). Elle oppose les Tchèques protestants aux troupes de l'empereur. Les Tchèques obtiennent le soutien de seigneurs allemands et bientôt le conflit s'étend à tout l'empire.

Les puissances voisines en profitent. C'est ainsi que la Suède intervient aux côtés des protestants, de même que la France, bien que cette dernière soit catholique!

Le cardinal Richelieu, ministre du roi Louis XIII, veut avant tout affaiblir la dynastie des Habsbourg, qui règne à Vienne sur l'archiduché d'Autriche et à Madrid sur le royaume d'Espagne. Depuis Charles Quint, les Habsbourg sont régulièrement élus empereur du Saint empire romain germanique.

Après quelques moments difficiles, la France remporte une victoire décisive sur les Espagnols à Rocroi, dans les Ardennes. Le vainqueur est un jeune homme de 22 ans, le duc d'Enghien, futur prince de Condé.

La victoire de Rocroi survient juste après la mort de Louis XIII et de Richelieu. Le nouveau roi, Louis XIV, n'a que 5 ans. Sa mère, Anne d'Autriche, assure la régence avec l'aide du cardinal Mazarin.

Comme à chaque fois que le royaume connaît une régence, les grands seigneurs et les bourgeois essaient d'en profiter pour abaisser la monarchie et s'offrir quelques privilèges (au nom de l'intérêt général, cela va sans dire!).

Cette fois, Anne d'Autriche et Mazarin doivent affronter deux révoltes successives, joliment nommées Fronde parlementaire (révolte du Parlement, autrement dit des représentants de la grande bourgeoisie) et Fronde nobiliaire (révolte de la noblesse).

Ils s'en tirent plutôt bien. Le jeune roi, qui avait du fuir la capitale, regagne son palais du Louvre et Mazarin peut enfin s'occuper des affaires extérieures. L'habile cardinal négocie les traités de Westphalie qui mettent fin en 1648 à la guerre de Trente Ans, cette affreuse guerre qui a ravagé l'Allemagne.

À la suite des traités de Westphalie, l'empereur n'a plus qu'un pouvoir symbolique en-dehors de ses domaines héréditaires. Et tous les seigneurs allemands, grands ou petits, deviennent quasiment indépendants. L'Allemagne se trouve divisée en... 350 États. Autant dire qu'elle est pour longtemps réduite à l'impuissance politique et ne risque pas de gêner ses voisins. C'est un grand succès posthume pour Richelieu.

Ce morcellement politique ne va pas empêcher les Allemands de développer leur industrie, leur commerce et surtout leurs arts. Au siècle suivant, le XVIIIe, l'Allemagne et l'Autriche donnent naissance aux plus grands chefs-d'oeuvre de la musique, avec des génies tels que Bach, Mozart, Haydn, Beethoven...

Ces musiciens bénéficient du mécénat des princes allemands, qui tous entretiennent autour d'eux une petite cour où l'on parle français et où l'on se pique d'art, de poésie et de philosophie.

Un Roi-Soleil pour la France

Ayant vaincu l'Espagne, la France peut lui offrir son amitié. Celle-ci se traduit par un mariage entre le jeune roi Louis XIV et sa cousine, l'infante Marie-Thérèse, aimable moyen de rapprocher les peuples!

La cour du roi de France, sous Louis XIII et Richelieu puis sous la régence d'Anne d'Autriche et Mazarin, devient le centre de la vie politique et culturelle du pays.

Richelieu stimule les arts et les lettres car il y voit le moyen de glorifier la monarchie. Il fonde l'Académie française. Le dramaturge Corneille inaugure une longue série d'hommes (et de femmes) de lettres de génie.

Louis XIV, âgé de 22 ans à la mort de son ministre Mazarin, décide de diriger désormais en personne son gouvernement. Travailleur, consciencieux, sachant bien s'entourer, respectueux des lois fondamentales du royaume et des préceptes de la religion chrétienne, il devient le paradigme (modèle) du monarque absolu.

Le roi anime les conseils spécialisés qui administrent l'État. Les affaires principales se traitent au conseil d'En-Haut. Le conseil des Finances gère le budget, le conseil des Dépêches les affaires de police et le conseil des Parties les affaires de justice.

Comme ses prédécesseurs du Moyen Âge, le roi a soin de choisir ses ministres et ses conseillers dans la bourgeoisie plutôt que dans la grande noblesse. Ces hommes, comme Colbert, Louvois et Le Tellier, Vauban... lui doivent leur pouvoir et leur richesse. Ils lui sont dévoués et le protègent contre les rébellions nobiliaires.

Comme ses prédécesseurs, le roi doit par ailleurs respecter les coutumes et les pouvoirs provinciaux assis sur la tradition. Il n'a rien d'un dictateur moderne...

Et s'il doit un jour, en 1685, révoquer l'Édit de tolérance signé à Nantes par son grand-père Henri IV, c'est qu'il y est poussé par son opinion publique, qui ne supporte pas que la minorité protestante bénéficie de droits particuliers.

Louis XIV partage les vues de Richelieu et Mazarin sur la France. Comme eux, il encourage les artistes et les hommes de lettres.

Pour offrir à sa dynastie un rayonnement international à la mesure de sa puissance et de sa richesse (et pour échapper aux Parisiens, qui ont si souvent tendance à se soulever), il abandonne le palais du Louvre, à Paris, et s'installe en 1682 à Versailles, au milieu d'une forêt giboyeuse, à 20 kilomètres de la capitale.

Le palais et son parc, oeuvre des architectes Le Vau et Mansart ainsi que du jardinier Le Nôtre, inaugurent un style classique, fondé sur la ligne droite, l'équilibre des volumes et la symétrie, avec des réminiscences de l'Antiquité. Ce style est à l'opposé du style baroque qui s'épanouit à Vienne.

La cour, soit plusieurs milliers de personnes, y entoure le roi dans le respect d'une stricte étiquette. Mais celle-ci n'exclut pas les fêtes de toutes sortes avec ballets, théâtre, feux d'artifice, jeux de hasard et festins.

La langue française, comme l'étiquette de la cour, l'architecture de Versailles et l'ordonnancement de ses jardins, subit l'influence du classicisme. Elle est purifiée et enrichie. Elle atteint des sommets d'élégance et de clarté dans les oeuvres de La Fontaine, Molière, Racine... comme dans les lettres de Mme de Sévigné. Dans les salons, les personnes distinguées cultivent l'art de la conversation avec une finesse qui ne survivra pas à la Révolution.

Au siècle suivant, toutes les cours du continent européen (à l'exception, comme d'habitude, de la cour anglaise) voudront imiter le modèle français du Roi-Soleil (surnom que se donne Louis XIV!). On construit à Vienne un palais à l'imitation de Versailles. C'est Schonbrünn et toutes les personnes cultivées se piquent de parler français.

Vers 1680, le roi atteint sa plus grande gloire. Tout paraît lui sourire. L'efficace contrôleur général des finances Colbert meurt en 1681 après 20 ans de loyaux services. Sa relève est assurée.

La discrète reine Marie-Thérèse meurt peu après et le roi, veuf, se marie en secret avec une ancienne maîtresse, Madame de Maintenon, une femme intelligente et pieuse.

Les nuages s'accumulent sur le royaume. Querelles religieuses entre partisans du pape et gallicans, entre jésuites et jansénistes (ou partisans de Jansénius) etc.

Le plus grave est l'expulsion des protestants en 1685. Environ 300.000 d'entre eux, entreprenants et instruits, s'installent en Angleterre, à Berlin (comme les ancêtres d'Oskar Lafontaine, un homme politique allemand) et même en Afrique du sud (comme les ancêtres de Frederick Deklercq - ou Leclerc -, un homme politique sud-africain).

Les guerres qu'affectionne tant le Roi-Soleil ne se terminent plus par de faciles victoires.

Après avoir ajouté à la France la Franche-Comté, l'Alsace, l'Artois, le Roussillon et quelques autres provinces de moindre importance (c'est à peu près la France d'aujourd'hui), le roi doit faire face à des coalitions de plus en plus importantes.

En 1700, le roi d'Espagne, mort sans fils, désigne le petit-fils de Louis XIV, le jeune duc d'Anjou pour lui succéder. Aussitôt, les autres puissances s'inquiètent de la rupture du sacro-saint équilibre européen: il ne s'agit pas qu'un pays devienne trop puissant par rapport aux autres.

La France usée par le long règne de Louis XIV est bientôt entraînée dans une interminable guerre de Succession d'Espagne entrecoupée d'épidémies et de famines. Elle se termine sans vainqueurs et sans vaincus peu avant la mort du vieux roi.

La France des Lumières

Quand Louis XIV s'éteint le 1er septembre 1715, à près de 77 ans - et après 72 ans de règne! -, il n'a pour lui succéder qu'un arrière-petit-fils de 5 ans, Louis XV! Le duc Philippe d'Orléans exerce la régence. C'est sous son règne et en son honneur qu'est fondée en Louisiane la Nouvelle-Orléans.

Profitant de la faiblesse du régent, les nobles prennent leur revanche sur les bourgeois en occupant les meilleures places dans les conseils qui entourent le gouvernement.

Par la suite, au cours du XVIIIe siècle et jusqu'en 1789, à la veille de la Révolution française, la noblesse va tout faire pour restaurer ses anciens privilèges et même en inventer de nouveaux.

Cette réaction nobiliaire soulève un puissant ressentiment chez les paysans, auxquels les hobereaux (surnom méprisant qui désigne un oiseau de proie et que l'on donne aux petits seigneurs de village) réclament de vieux droits seigneuriaux, chez les bourgeois empêchés de se faire anoblir et chez les soldats ambitieux empêchés de devenir officier, les grades supérieurs étant désormais réservés aux nobles.

A la mort du Régent, en 1723, le jeune Louis XV assume le gouvernement avec l'aide du cardinal Dubois puis du sage cardinal Fleury.

Son règne, jusqu'à sa mort en 1774, est marqué par quelques guerres qui n'affectent pas le territoire national. C'est la guerre de Succession de Pologne puis la guerre de Succession d'Autriche, enfin la guerre de Sept Ans, catastrophique avec la perte de la Nouvelle-France (le Canada français) et des Indes, à l'exception de cinq comptoirs.

Sous le règne de Louis XV, la France s'agrandit de la Lorraine et de la Corse. Avec Louis XVI, à l'initiative de quelques jeunes nobles idéalistes comme le marquis de La Fayette, la France soutient la lutte des Treize Colonies anglaises d'Amérique du nord jusqu'à leur indépendance en 1783 sous le nom d'États-Unis d'Amérique! C'est une grande victoire sur l'ennemi héréditaire, l'Angleterre.

Au XVIIIe siècle, sous les règnes de Louis XV et Louis XVI, la France se refait une santé et oublie la tristesse des dernières années du Roi-Soleil, avec son cortège de guerres, d'épidémies et de disettes. Sa population s'accroît fortement, passant de 16 à 28 millions d'habitants en un peu moin d'un siècle.

Dans ses campagnes, des propriétaires éclairés mettent en oeuvre des méthodes modernes de culture comme en Angleterre, supprimant les jachères périodiques au profit de plantes fourragères.

Dans les villes et les ports, les initiatives de Colbert commencent à porter leurs fruits et des bourgeois entreprenants multiplient les manufactures (on dirait aujourd'hui usines). C'est au XVIIIe siècle qu'est fondée par exemple la Compagnie de Saint-Gobain, l'une des grandes entreprises françaises d'aujourd'hui.

Sous le règne de Louis XV comme sous celui de son successeur, le malheureux Louis XVI, la vie culturelle et artistique est plus active que jamais à Versailles, à Paris et dans les capitales provinciales. Ces dernières s'ornent de beaux monuments : le Capitole à Toulouse, la place Stanislas à Nancy, le Triangle à Bordeaux...

Les idées généreuses du «siècle des Lumières» - ainsi les contemporains appellent-ils le XVIIIe siècle - influent sur les décisions du gouvernement lui-même. C'est ainsi que le roi Louis XVI abolit la torture et instaure l'égalité de droits entre les protestants et les catholiques.

Turgot, brillant contrôleur général des finances, prend de nombreuses mesures destinées à faciliter la circulation des marchandises, le travail des paysans...

Il tente aussi d'établir un impôt équitable qui frappe les privilégiés comme les gens modestes. Mais il se heurte à l'opposition des premiers et le roi Louis XVI est obligé de le renvoyer.

Dans les années qui précèdent la date fatidique de 1789, début de la Révolution française, la noblesse et la haute bourgeoisie, intellectuels compris, se crispent sur leurs privilèges.

Elles empêchent les réformes de bon sens qui auraient permis d'établir un minimum d'équité entre tous les citoyens et d'encourager les gens à l'esprit entreprenant, comme en Angleterre.

Le gouvernement est tiraillé entre les gaspillages de la cour et la difficulté de faire accepter de nouveaux impôts aux privilégiés. Pour éviter la banqueroute, le roi se résout à convoquer l'assemblée des états généraux pour lui demander de l'autoriser à lever de nouveaux impôts. Par cette décision, il va changer la face du monde.

Révolution en Angleterre

La monarchie anglaise, au XVIe siècle, sous les règnes de Henri VIII et de sa fille Elizabeth 1ère, a semblé s'engager, comme la France, dans la voie de l'absolutisme. Peut-être lui a-t-il manqué la légitimité religieuse pour réussir?

Bien que chef de l'Église anglicane depuis la rupture avec le pape en 1534, le roi d'Angleterre n'a pas le prestige que confère à son homologue français le sacre de Reims et le souvenir de Saint-Louis.

Quand la reine Elizabeth 1ère meurt en 1603, c'est au roi d'Écosse, fils de sa cousine et rivale Marie Stuart, que revient le trône d'Angleterre. Avec Jacques 1er Stuart, les deux royaumes rivaux de Grande-Bretagne sont désormais unis pour le meilleur et le pire.

Les tentatives de Jacques 1er et de son fils et successeur Charles 1er pour renforcer leur pouvoir échouent pitoyablement d'autant que ces rois ont pour conseillers des hommes médiocres comme le duc de Buckhingham, auquel on prête une relation amoureuse avec la reine de France, Anne d'Autriche !

Le roi est chassé de Londres par une révolte de parlementaires et de nobles conduite par Oliver Cromwell. Il se réfugie chez les Écossais mais ceux-ci le livrent à Cromwell qui le fait décapiter en 1649. C'est une première dans l'Histoire des monarchies occidentales!

La même année, en France, Mazarin et Anne d'Autriche mettent fin à la Fronde nobiliaire et restaurent la monarchie dans la plénitude de ses attributions.

Cromwell instaure sa dictature sous le couvert de la République (baptisée Commonwealth en anglais) mais son régime ne dure qu'une dizaine d'années avant que les Anglais ne restaurent la monarchie.

Le nouveau roi, Charles II, fils du malheureux Charles 1er, doit faire face à la détermination des parlementaires qui siègent aux Communes.

Cette assemblée est ainsi nommée parce qu'elle représente les communes anglaises, un peu comme les états généraux en France. Instruite par l'exemple de Charles 1er, elle n'est plus disposée à laisser le roi agir à sa guise.

De grands penseurs comme John Locke et Thomas Hobbes apportent leur caution aux parlementaires. Ils publient des ouvrages qui mettent en cause l'autoritarisme et la monarchie de droit divin.

Le roi est obligé de concéder en 1679 au Parlement à majorité puritaine et anticatholique l'Habeas corpus (en latin, «que tu aies le corps»). Ce texte très important exige que tout prisonnier soit déféré sans attendre devant un juge. C'en est fini des arrestations arbitraires.

Malheureusement, quand meurt Charles II en 1685, c'est son frère Jacques II qui lui succède.

Ce dernier croit encore possible de restaurer en Angleterre une monarchie absolue comme en France, avec en prime le catholicisme!

En 1688, le roi a un fils, ce qui l'encourage dans ses projets et inquiète d'autant plus ses sujets.

Ces derniers font alors appel au stathouder (ou gouverneur) de Hollande, Guillaume III de Nassau-Orange.

Ce fervent protestant est le petit-fils de Charles 1er et l'époux de Mary, fille aînée de Jacques II. Il ne se fait pas prier pour débarquer en Angleterre avec une armée. Jacques II, abandonné, s'enfuit auprès de Louis XIV.

Guillaume et Mary sont élevés de concert à la royauté par le Parlement. Le 13 février 1689, le nouveau roi, Guillaume III, accorde aux parlementaires le Bill of Rights (en français, Déclaration des Droits).

Ce texte marque la naissance de la démocratie moderne car il limite sévèrement le pouvoir du roi et donne aux représentants élus des Communes un droit de regard sur les nouvelles lois et le gouvernement du pays.

C'est ainsi que les Anglais ont fait, sans effusion de sang, une «heureuse et glorieuse révolution» selon leurs propres termes.

L'élévation à la royauté de Guillaume III d'Orange inaugure une nouvelle période de frictions et de guerres avec la France. Elle ne se terminera qu'avec la défaite de Napoléon 1er en 1815 et son exil sur l'île de Sainte-Hélène !

L'Angleterre, devenue une grande puissance maritime par la volonté d'Elizabeth 1ère et du dictateur Oliver Cromwell, évince la France de presque toutes ses colonies d'outre-mer.

L'Angleterre vit par ailleurs une grande révolution industrielle. Dès le XVIIe siècles, les propriétaires fonciers, les riches landlords, chassent les paysans de leurs terres et clôturent celles-ci pour élever à grande échelle des moutons.

Ces «enclosures» (en français, clôtures) assurent aux propriétaires de très gros revenus qu'ils réinvestissent dans l'industrie, notamment dans l'industrie de la laine et du tissage.

D'un autre côté, les paysans chassés des terres rejoignent les faubourgs des nouvelles villes industrielles et réduits à la misère, se louent pour une bouchée de pain dans les usines qui se montent un peu partout.

Grâce à leur suprématie maritime, les Anglais font venir du coton des Indes ou d'Amérique pour fabriquer leurs tissus. Ils expédient et vendent ceux-ci dans le monde entier.

A la fin du XVIIIe siècle, l'invention de la machine à vapeur par James Watt donne un coup de fouet à l'industriel naissante. Les machines à vapeur remplacent avantageusement les moulins à vent ou à eau pour actionner les bielles et les pistons dans les usines.

Mais ces machines ont besoin de combustible pour fonctionner. Le bois ne suffit pas aux besoins. Les Anglais se mettent à exploiter les gisements de charbon dont est doté leur pays.

Cette révolution industrielle s'accompagne d'un développement du capitalisme et des sociétés par actions. La Bourse de Londres devient le haut lieu de la finance mondiale.

En 1776, un sage théoricien écossais, Adam Smith, publie un livre à succès où il décrit les nouvelles règles de l'économie, fondées sur la liberté des échanges : Recherches sur la nature et les causes de la Richesse des Nations.

La même année éclate un coup de tonnerre de l'autre côté de l'Atlantique. Le 4 juillet 1776, des colons d'origine anglaise proclament unilatéralement l'indépendance des Treize colonies anglaises.

Dans le prolongement des principes mis en oeuvre près d'un siècle plus tôt à Londres, ils revendiquent le droit de gérer eux-mêmes leurs affaires.

Les Français, enthousiastes ou intéressés, sautent sur l'occasion pour affaiblir l'Angleterre. Le roi Louis XVI soutient les insurgés américains jusqu'à ce que Londres reconnaisse leur indépendance effective, par le traité de Versailles de 1783.

Ainsi naissent les États-Unis d'Amérique. La jeune république est la fille de la Glorieuse Révolution anglaise de 1689.

Celle-ci a aussi de lointaines répercussions en France où les hommes de lettres, qui se qualifient de «philosophes», se laissent séduire par la pensée anglaise, dans les domaines politiques et économiques.

Chacun à leur manière, Montesquieu, Diderot, d'Alembert, Voltaire et Rousseau critiquent la monarchie absolue de droit divin mise en place par Richelieu 150 ans plus tôt.

L'entourage du roi se montre lui-même ouvert aux idées nouvelle de démocratie et de progrès.

C'est le cas de Madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV, qui protège les auteurs de L'Encyclopédie, un grand ouvrage qui critique l'absolutisme, l'arbitraire et une certaine intolérance du clergé catholique.

À la veille de la Révolution, le très noble duc Philippe d'Orléans en vient à financer lui-même les écrivains qui critiquent son cousin, le roi Louis XVI! Il en sera mal récompensé par les révolutionnaires car ceux-ci le feront plus tard guillotiner.

Course aux épices et au sucre

L'indépendance des Provinces-Unies, ou Pays-Bas, en 1579, a consacré le triomphe des marchands et des entrepreneurs hollandais. Ces protestants austères voient dans la richesse le signe d'une faveur divine sous réserve que cette richesse soit obtenue par un travail honnête.

Les Hollandais s'intéressent au commerce des épices bien davantage qu'à la colonisation de l'Amérique. Ils arment de nombreux vaisseaux qui vont chercher les précieuses marchandises aux Indes orientales (l'Inde actuelle et l'Indonésie).

Les Hollandais créent à Amsterdam la première bourse des valeurs, c'est-à-dire un endroit où l'on vend et l'on achète les titres de propriété des entreprises (les actions).

La Bourse permet aux épargnants de placer leurs économies dans les activités les plus prometteuses et d'en tirer de copieux bénéfices (à condition de faire des achats judicieux). Grâce à l'épargne, les entreprises peuvent de leur côté investir et croître.

Les Provinces-Unies donnent l'image d'une insolente prospérité dont attestent leurs peintres: Rembrandt, Vermeer de Delft...

Elles font preuve aussi d'une tolérance inédite en matière d'opinion et se montrent accueillantes aux personnes persécutées. Le philosophe Spinoza, issu d'une famille juive du Portugal, et le philosophe français Descartes y travaillent dans d'assez bonnes conditions.

Les Provinces-Unies suscitent la jalousie de leurs voisins. L'Angleterre décide de se lancer dans le grand commerce maritime à leur imitation.

La reine Elizabeth 1ère encourage les entreprises de ses marins et corsaires, Francis Drake ou encore Sir Walter Raleigh. Ces derniers attaquent les convois espagnols chargés d'or. Ils fondent aussi des colonies en Amérique du Nord, comme la Virginie, ainsi nommée en l'honneur de la «reine vierge», Elizabeth 1ère (celle-ci ne s'était jamais mariée et était supposée vierge).

Au milieu du XVIIe siècle, en 1651, le dictateur Oliver Cromwell édicte un premier «Acte de navigation» par lequel il oblige les marchandises anglaises (laine...) à n'être exportées que par des navires battant pavillon anglais.

Cette loi encourage les Anglais à investir dans la marine marchande. Et bientôt leurs navires concurrencent les Hollandais partout dans le monde (sauf dans l'actuelle Indonésie).

À la fin du XVIIe siècle, les Provinces-Uniescommencent à décliner et comme elles sont menacées d'invasion par les armées du roi de France, Louis XIV, elles doivent s'allier à leur principal concurrent : l'Angleterre!

La France, principale puissance européenne, ne reste pas indifférente au commerce maritime. Les première explorations, entamées sous les règnes de François 1er et Henri II, ont été interrompues par les guerres de religion.

Henri IV et ses successeurs s'y remettent. Sous le règne de Louis XIII, Samuel de Champlain fonde Montréal. Sous Louis XIV, Cavelier de la Salle découvre le Mississipi.

Le ministre Richelieu organise la colonisation de la Nouvelle-France (le Canada actuel) d'une façon très administrative : les paysans sont ainsi placés sous l'autorité d'un seigneur, comme en France!

Les Français colonisent aussi les petites Antilles: la Martinique et la Guadeloupe, ainsi que les îles des Mascareignes (La Réunion et Maurice). A Madagascar, ils fondent Fort-Dauphin.

Grâce à la traite d'esclaves africains qui leur fournit une main-d'oeuvre bon marché, les planteurs peuvent exporter du sucre de canne en Europe. La traite et le commerce du sucre font la fortune des grands ports de la façade atlantique Bordeaux et Nantes.

Au XVIIIe siècle, le commerce du sucre et des épices prend de l'ampleur, de même que celui du chocolat, du café et du tabac.

Le cardinal Fleury, ministre du roi Louis XV, arrière-petit-fils et successeur de Louis XIV, donne une grande impulsion à la construction de navires. La France est fière en particulier de sa marine de guerre, la «Royale».

Dupleix, un jeune marchand audacieux, se lie avec les princes hindous, aux Indes. Il jette les bases d'un véritable empire colonial français dans ce sous-continent. Mais les Anglais ne veulent pas lui laisser ce plaisir.

Le gouvernement de Londres soutient activement ses marchands dans leur combat contre Dupleix. Ce dernier est abandonné par le roi Louis XV qui ne comprend pas l'importance de l'enjeu et a d'autres soucis sur le continent européen.

À la faveur de la guerre de Sept Ans et du traité de Paris qui y met fin en 1763, les Anglais chassent leurs rivaux du Canada (la Nouvelle-France devient colonie anglaise) et des Indes (à l'exception de cinq comptoirs aux noms charmants: Chandernagor, Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon.

La France prend sa revanche sous le règne de Louis XVI, vingt ans plus tard, en aidant les Insurgents des Treize Colonies anglaises d'Amérique du Nord à prendre leur indépendance. Le traité de Versailles de 1783 consacre la naissance des États-Unis d'Amérique, un pays à jamais ami de la France, à laquelle il doit sa naissance.

En définitive, pour parler le langage du sport, c'est l'Angleterre qui remporte la troisième et dernière manche... Vingt ans plus tard, en 1803, Napoléon 1er, qui a besoin d'argent pour faire la guerre sur le continent européen, vend la Louisiane aux États-Unis d'Amérique. Quelques mois plus tôt, il a fait perdre à la France la prospère colonie de Saint-Domingue (Haïti).

L'Angleterre est désormais le fer de lance de la pénétration européenne dans le reste du monde. Au siècle suivant, elle imposera sa loi sur la plus grande partie de la planète.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2020-05-02 16:11:15

 
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