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Lincoln

Le sauveur des États-Unis


Nous avons lu pour vous Lincoln, le sauveur des États-Unis, par Bernard Vincent (L'Archipel, février 2009, 380 pages, 22€). Professeur émérite à l'Université d'Orléans, l'auteur est un spécialiste reconnu des États-Unis.

Lincoln

Tandis que les Américains, à commencer par le président Obama, célèbrent avec ferveur le bicentenaire de Lincoln, il n'y a - aussi surprenant que cela paraisse - qu'une biographie disponible en langue française sur ce héros mythique de l'histoire des États-Unis !

Il s'agit au demeurant d'une excellente biographie, par Bernard Vincent. Dans un langage attrayant et accessible à tous les publics, c'est un condensé de toutes les connaissances sur le parcours hors-norme d'un fils de bûcheron illettré devenu par ses seules vertus avocat autodidacte, représentant de l'Illinois à Washington, candidat du parti républicain, enfin 16e président des États-Unis, au moment où la question de l'esclavage (l'«institution particulière») se posait avec le plus d'acuité.

Élu le 8 novembre 1860, à 51 ans, c'est un avocat sans fortune qui entre à la Maison Blanche, plus jeune que tous les présidents qui l'ont précédé, le premier à être né à l'ouest des Appalaches, dans une cabane de rondins du Kentucky.

Il sera aussi le premier à être assassiné, et cette mort tragique dissipera toutes les haines qui s'étaient accumulées autour de sa personne, après quatre ans d'une épouvantable guerre civile que Lincoln avait conduite pour le compte de l'Union, avec énergie et détermination. Mais elle libèrera aussi la fureur vengeresse de tous les abolitionnistes radicaux que Lincoln, jusque-là, tenait en laisse et rendra d'autant plus lente et difficile la reconstruction du Sud.

Le biographe rappelle la position médiane de Lincoln sur l'esclavage. Il le rejette moralement de toutes ses tripes mais, à la différence des abolitionnistes radicaux, veut éviter toute mesure autoritaire et précipitée qui romprait le lien fédéral. Après son élection de novembre 1860, il se dépense sans compter pour rassurer les États esclavagistes du sud et c'est à regret qu'il les voit entrer en rébellion.

Lincoln privé-public

Bernard Vincent expose avec clarté et sympathie le parcours et la personnalité atypique de Lincoln. Grand et maigre, plutôt laid et ignorant des bonnes manières, ancien bûcheron habitué au travail physique, il séduit immanquablement par sa franchise, son honnêteté et son intelligence supérieure ceux qui l'approchent. Avocat laborieux, ses clients l'appellent «honest Abe» (l'honnête Abraham). Candidat à la présidence, ses partisans lui donnent le surnom de «Rail-splitter» (le Fendeur de traverses).

Lui-même ne garde pas rancune des injures et des moqueries qui lui sont adressées, et pardonne aisément à ses adversaires. Ces derniers, y compris les plus grands, lui manifestent une loyauté sans faille dès lors qu'il les a battus sur les tribunes et dans les urnes. C'est le cas du sénateur démocrate Stephen Douglas qu'il affronte aux sénatoriales dans l'Illinois et aux présidentielles en 1860 : les deux hommes seront ensuite solidaires jusqu'au bout dans la guerre. C'est le cas également du sénateur républicain William Seward auquel il enlève l'investiture du parti en 1860 et qu'il intègre dans son cabinet en qualité de Secrétaire d'État (le démocrate Barack Obama va agir de façon similaire avec Hillary Clinton en 2009 !).

Notons une vie familiale tissée de noir plus que de rose. Lincoln lutte contre un naturel mélancolique et porté à la tristesse en usant de son art de conteur. Dans les soirées, il n'a pas son pareil pour raconter des histoires drôles et salaces et est le premier à en rire ! Il se marie sur le tard avec la fille d'un propriétaire aisé du Kentucky, propriétaire d'esclaves qui plus est.

Mary Todd, sa femme, est comme lui de tempérament mélancolique et lunatique. Elle est aussi sujette à de brusques accès de colère. Mais elle sait recevoir et possède de l'ambition pour deux. Très tôt, elle a perçu le potentiel de son mari et va s'attacher à le faire fructifier. Quand Abraham, informé de sa victoire aux présidentielles de 1860, rentre chez lui et aperçoit son épouse, il lui lance : «Mary, Mary, nous sommes élus» ! C'est avec Mary, avide de grandes soirées et de belles toilettes, que sera employée pour la première fois l'expression de «First Lady».

Hélas, le ménage a quatre garçons mais seul l'aîné, Robert, atteindra l'âge adulte. Abraham aura la douleur de voir mourir deux d'entre eux. Le dernier, Tad, son préféré, mourra de maladie peu après lui, à 18 ans. Quand à Mary, dont la santé mentale avait été très tôt altérée par les drames familiaux, elle devra être internée à la demande de son propre fils une dizaine d'années après la mort de son mari.

Anecdote relevée par Bernard Vincent : le 19 octobre 1860, peu avant le grand jour, Lincoln reçoit une lettre d'une admiratrice de onze ans, Grace Bedell, qui l'encourage à se laisser pousser la barbe : «Vous seriez beaucoup plus beau, car votre visage est si maigre !» Ainsi fera-t-il et c'est ce visage que retiendra la postérité.

André Larané.

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